AUX CITOYENS ÉLECTEURS DE PARIS
Chers concitoyens,
Un grand nombre d'entre vous, à plusieurs reprises, a bien voulu m'engager à me porter candidat aux prochaines élections politiques. Je cède à des instances qui m'honorent.
Vous savez qui je suis, puisque vous avez songé à moi; mais je suis inconnu au plus grand nombre des électeurs de Paris. Je dois donc, sans détour, leur dire ce qu'ils ont aussi le droit de savoir.
Ma famille a dû quelque renom au commerce, aux armes, à la politique; mon grand-pcre, le général Rouyer, représentant du peuple et ministre de la marine, est mort dans l'exil sous la restauration.
A la révolution de juillet 1830, j'étais bien jeune encore; mais, à mesure que j'ai senti battre plus vivement mon cœur, je me suis animé de l'amour delà patrie et de mes semblables. J'ai voyagé par toute l'Europe pour éclairer mon esprit, et tout ce que j'ai vu des autres pays m'a fortifié dans mon attachement pour le nôtre. J'ai toujours voulu le voir heureux, grand, glorieux. J'ai passé plusieurs années en Afrique, pendant lesquelles j'ai fait huit campagnes. OlHcier d'ordonnance du maréchal gouverneur, je me suis associé aux fatigues et aux périls de nos soldats : j'ai passé par les Portes de Fer, et c'est après ma dernière campagne dans rOuarensenis que j'ai recula croix d'honneur.
La grande victoire de Février ne pouvaitpas me trouver indifférent; je me suis immédiatement consacré au service de la République. Déjà chef dft)ataillon, j'ai été chargé, par M. le maire du premier arrondissement, de l'organisation des deux premiers bataillons de la garde nationale mobile.
Le suffrage de mes camarades du 2" bataillon m'a maintenu le commandement ; je serai toujours prêt à le conduire partout où l'exigeront l'ordre public, le maintien t'e nos institutions républicaines et la défense de la patrie. Si j'étais appelé par vos suffrages à siéger dans l'Assemblée Nationale, je voudrais surtout maintenir notre belle France au premier rang qui lui appartient en Europe; je voudrais qu'elle eût une constitution forte, une organisation pleinement démocratique, des représentants qui fussent sans cesse les organes des besoins de nos frères, un pouvoir législatif qui satisfît sans hésiter à tous leurs légitimes intérêts, un pouvoir exécutif, fidèle interprète des lois, et digne représentant du pays en face de l'étranger, des ministres réellement responsables, des adminis trateurs éclairés, bienveillants et fermes; jiartout, enfin, dans tous les rangs des serviteurs de la République, la probité la plus rigoureuse et le dévouement le plus absolu à leurs devoirs.
Je uc puis ici vous donner qu'un aperçu de mes désirs civiques; mais un seul mol suflit pour vous dire que j'entends vivre et mourir pour la sainte cause de la République.
JUSTIMEN CLARY,
Cominaiidanf du 2*" bataillon de la Garde mobile.
l'ans, — Imprimerie Lacrampe et Fertiaui, rue Damiette, 2.
PROFESSIOIV DE FOI
DO qiOYEN
LUCIEN DEFOURNOUX
(DE GROCQ).
MES CHERS CONCITOYENS
Mon seul titre à vos suffrages, c'est mon désir de faire le bien, l'intention de rendre à ma patrie le rang qui lui convient dans le monde, et de détruire ces préjugé^ funestes, ces défiances injustes qui divisent encore ses nombreux enfants.
Il y a dix-huit cents ans déjà, le Christ mourant nous légua ces trois mots : Liberté, Egalité, Fraternité.
Ces trois mots sont arrivés jusqu'à nous, obscurcis par les passions haineuses, dénaturés par les interprétations astucieuses de tous les oppresseurs : sachons les comprendre avec la connaissance exacte de nos droits, mais aussi de nos devoirs; expliquons-les avec l'intelligence de notre cœur, et nous serons véritablement libres, égaux et frères.
Je veux toutes les libertés ; sans liberté, nous verrons bientôt paraître la domination des nouveaux mangeurs du budget, de ces intrigants faciles à reconnaître à la violence de leur langage, à l'exaltation de leurs doctrines; je veux une République formidable contre les ennemis du dehors, mais abritant sous son aile ceux de ses enfants surpris j^ar l'orage des révolutions. Je repousse de toutes les forces de mon àme les doctrinaires absolus, toujours prêts à supprimer la liberté sous Je prétexte spécieux du salut public.
Je ne reconnais pa§ de classes supérieures; nous sommes égaux devant la loi, soyons-le tous devant l'opinion, devant l'impôt. Je demande la justice gratuite pour les indigents, l'instruction gratuite, le concours sérieux pour obtenir un emploi quelconque, je demande l'association du capital et du travail, la révision de l'octroi ; je demande qu,e l'on prélève les impôts, non sur les revenus apparents, mais sur les revenus réels de chaque citoyen.
Le jour même du combat, la population parisienne nous a donné le sublime exemple d'un peuple généreux dans la victoire, pas un mot de haine, pas un cri de vengeance. Ne parlons donc pas de v^<incus, supprimons les préjugés quj nous divisent, soyons frèrie^, désormais le peuple, ce sera tout le monde, riclies et pauvres, puvriefs du Imyml manuel, ouvriers de l'intelligence.
Lucien DEFOURNOUX ( De Crocq ).
AUX ELECTEURS
DU