UN MOT
Au paysan de FAube.
Bon paysan, qui voulez singer Paul-Louis, celui qui ne vous connaîtrait pas vous paierait bien cher; je vous dirai que vous êtes un paysan à gants jaunes, à bottes vernies, à lorgnon; un paysan à blason et, par conséquent, un paysan aristocrate. Vous voyez que je vous connais, beau masque.
Si j'avais le temps de m'occuper davantage de vous, j'ajouterais que personne,
depuis quelques jours, n'a plus que vous fait gémir la presse et les lecteurs,
mais c'est à votre dernier écrit que je veux avoir allaire, et sur un seul point je désire vous poser des questions. A chaque ligne vous y parlez de probité, de moralité, d'Iionnêtes gens. Mauvaise tacti(iue ! car on doit se méfier de celui qui répète sans cesse : je suis honnête homme. Et je pense que vous ne faites pas
exception à la règle, car dans la composition de votre liste, vous avez, comme on dit, fardé la marchandise, vous avez pris le nom du Citoyen Millard pour faire passer les autres. Quand vous aurez résolu les questions que je vais vous poser, nous verrons si vous ne vous êtes pas un peu trompé dans votre petit calcul.
Pensez-vous que celui-là qui a une fortune qui le prémunit contre le Communisme soit un honnête homme, quand il est le fils d'un père mort en état de faillite et n'ayant payé qu'un dividende de neuf pour cent à ses créanciers ?
Pensez-vous que celui-là soit un honnête homme, qui, ayant écrit naguère que la République était une monstruosité , vient se présenter comme candidat à l'assemblée qui doit asseoir la République sur des bases éternelles?
Pensez-vous que celui-là soit un honnête homme, qui, d'une incapacité notoire, a été employé par votre coterie comme on se sert d'un locatis, et qui, alléché par l'odeur des vingt-cinq francs, veut être représentant.
Pensez-vous que celui-là point d'ambages; pensez-vous que vous puissiez
parler si haut de probité? vous, le fils d'un père qui a fait une fortune insolente aux dépens de pauvres moulons Champenois qu'il a tondus jusqu'au sang.
Je vous prie de descendre au fond de votre conscience si pure, et de vous faire, à vous-même, les réponses aux questions ci-dessus; ce sera justice.
Agréez l'expression des sentiments fraternels qui m'animent envers vous, paysan, depuis la journée du 10 courant; vous savez !