‹ Les musardises, 1887-1893Chapitre 14 sur 67 · LES PAPILLONS · texte numérisé non relu

LES PAPILLONS

En Mai, quand les brises roucoulent.

Quand fleurissent toutes les fleurs, Les papillons sont grands buveurs :

Les petits papillons se soûlent.

Souvent, au crépuscule gris,

A l'heure où le couchant se dore,

On en voit balocher encore :

C'est tout simplement qu'ils sont gris.

Le regard les suit et s'étonne De les voir, dans le jour tombant, S'en aller d'un vol titubant, D'un vol qui zigzague et festonne.

Les pauvrets se sont attardés A boire dans toutes les roses; Pour chasser les ennuis moroses Ils se sont un peu pochardés.

Au sortir de leur chrysalide Faisant dehors leurs premiers pas,.

Pour les parfums n'avaient-il pas Encor la tête assez solide?

Avaient-ils des chagrins d'amour.

Ces papillons? Voulaient-ils boire Pour se consoler d'un déboire?

Mon Dieu, ça se voit chaque jouri

Ou par des amis en goguette Se laissèrent-ils emmener De fleur en fleur biberonner, Comme de guinguette en guinguette?

Eux, les élégants papillons, Si corrects près des marguerites.

Ils sont, en regagnant leurs gîtes, Dépoudrés de leurs vermillons 1

Et gris à rouler sous les roses.

Lorsqu'il leur faut rentrer chez eux, Ils s'en reviennent deux par deux...

Et voilà qu'ils disent des choses!...

Ils se détaillent leurs amours.

Se vantent de leurs prétentaines, Mettent de travers leurs antennes.

S'attendrissent, font des discours;

Eux, les doux frôleurs de corolles.

Les petits Platons de l'air pur, Amis des lys et de l'azur.

Ils racontent des gaudrioles!

Quand les nectars et les rayons Ont troublé leur âme sensible, Il n'y a rien de plus terrible Que l'ivresse des papillons !

SOUVEMRS VE VACANCES.

Dons Juans récitant leurs listes, Ils révèlent soudain aux fleurs Quelles âmes d'écornifleurs Ils cachaient, ces idéalistes !

lîattant des ailes de pastel.

Chacun, avant la nuit, aspire Un dernier lys avec sa spire, Ainsi que l'on hume un cocktail !

Les roses ayant une essence Qui grise mieux que le trois-six, Ce qu'au huisson dit le Tircis Est de la plus rare indécence.

Les Machaons sont déchaînés.

Et les hautaines Atalantes

^c fuient qu'avec des ailes lentes

Qui semblent leur dire : « ^ enez ! »

Le Mars, gai comme un soir de solde.

Dit au Tabac (VEspagne : u Ohé ! »

Le Daplinis change de Chloé.

Le Tristan se trompe d'Ysolde.

A demain matin les pardons !

Il faudra qu'on s'y reconnaisse.

Mais, ce soir, plus d'une Vanesse Pour les phlox trahit les chardons.

Un obscur papillon d'avoine Tutoie un lilas de jardin.

Le papillon du chou, soudain.

Appelle : a Mon chou ! » la pivoine.

Le désordre règne. Il n'y a Plus de lois ni de protocoles.

h'Argiis parle argot. « Tu me colles! » Dit VArgynne au pétunia.

Le Demi-Deuil n'est plus sévère.

Et : « Ma primevère n'est pas Grande », dit le Sylvain tout bas, « Mais je bois dans ma primevère ! »

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