‹ Les musardises, 1887-1893Chapitre 16 sur 67 · LES COCHONS ROSES · texte numérisé non relu

LES COCHONS ROSES

Le jour s'annonce à l'Orient De pourpre se coloriant; Le doigt du matin souriant

Ouvre les roses; Et sous la garde d'un gamin Qui tient une gaule à la main, On voit passer sur le chemin

Les cochons roses.

Le rose rare au ton charmant Qu'à l'horizon, en ce moment.

Là-bas, au fond du firmament.

On voit s'étendre.

Ne réjouit pas tant les yeux.

N'est pas si frais et si joyeux Que celui des cochons soyeux

D'un rose tendre.

Le zéphyr, ce doux maraudeur, Porte plus d'un parfum rôdeur, Et. dans la matinale odeur

Des églantines.

Les petits cochons transportés Ont d'exquises vivacités Et d'insouciantes gaîtés

Presque enfantines.

Heureux, poussant de petits cris.

Ils vont par les sentiers fleuris, Et ce sont des jeux et des ris

Remplis de grâces; Ils vont, et tous ces corps charnus Sont si roses qu'ils semblent nus, Comme ceux d'amours ingénus

Aux formes grasses.

Des points noirs dans ce rose clair Semblant des truffes dans leur chair Leur donnent vaguement un air De galantine.

8o LES MUSARDISES.

Et leur petit trottinement A cette graisse, incessamment, Communique un tremblotement De gélatine.

Le long du ruisseau floflottant Ils suivent, tout en ronflotant, La blouse au large dos flottant

De toile bleue; Ils trottent, les petits cochons.

Les gorets gras et folichons Remuant les tire-bouchons

Que fait leur queue.

Et quand les champs sans papillons Exhaleront de leurs sillons Les plaintes douces des grillons

Toujours pareilles, Les cochons, rentrant au bercail, Dcfderont sous le portail, Agitant le double éventail

De leurs oreilles.

SOUVENIRS DE VACANCES. 8l

Puis, cfuand, là-bas, à l'Occident,

Croulera le soleil ardent,

A l'heure où le soir descendant

Touche les roses, Paisiblement couchés en rond, Près de l'auge peinte en marron.

Bien repus, ils s'endormiront.

Les cochons roses.

Page 1