LA PREMIÈRE
Déjà l'œil charmant s'entr'ouvrait Comme s'entr'ouvre une pervenche ; Et du talon fin à la hanche La ligne onduleuse courait.
Pâle aux musiques de l'orchestre Qu'apportaient les vents attiédis.
Emerveillant le paradis Qui n'était alors que terrestre,
Eve s'épanouit, semblant Sous lès branches, nue et pudique, Un tel chef-d'œuvre doux et blanc Que le lys murmura : « J'abdique !
Dieu, riant dans sa barbe, dit :
(' Tu feras le bonheur de l'homme. »
Or, c'est elle qui le perdit
En lui faisant croquer la pomme.
A qui serait-il donc prudent D'ofFrir le cœur et la chaumière?
La première perdit .\dam :
Et c'est Dieu qui fit la première!
Oh ! les yeux, les beaux yeux des femmes !
Que de choses nous y voyons !
C'est de la lumière des âmes
Que nous croyons faits leurs rayons.
Nous croyons lire en leurs prunelles Des perversités, des candeurs; Et nous n^ettons du rêve en elles, Nous fiant à leurs profondeurs;
Mais le trouble des yeux, leur vague.
Et leurs calmes de soirs d'été, Leurs bleus changeants comme la vague.
Leur douce et vivante clarté,
SOUVENIRS DE VACANCES. gi
La lumière exquise filtrée Entre les cils frangés, — tout ça N'est rien qu'un peu d'humeur vitrée Qu'un peu de soleil nuança.
Les yeux sont des petites llaqucs Reflétant du ciel sans savoir ; Pas plus que s'ils étaient opaques Les pensers ne peuvent s'y voir;
Et, tout simplement, quand se lève Leur regard profond et câlin, S'ils nous paraissent pleins de rêve.
C'est qu'ils ont un beau cristallin.