‹ Les musardises, 1887-1893Chapitre 38 sur 67 · LES BARQUES ATTACHÉES · texte numérisé non relu

LES BARQUES ATTACHÉES

Acceptez ces ondes plates !

Le long de vos ventres ronds Repliez, comme des pattes.

Vos avirons !

Faites comme les poètes :

Dans le banal clapotis Trouvez les flots des tempêtes En plus petits!

Sur l'eau verte où des bicoques Mirent leurs toits renversés, Vous poussant un peu des coques.

Barques, dansez,

En rêvant aux villes claires Des pays orientaux Qui, de près, sont des misères I En rêvant aux

Archipels blonds et fertiles Qui, si vous en approchez, Vous paraîtront moins des îles Que des rochers!

n2 LES MUSARDISES.

Sachez la vertu d'un câble, Et que tout l'or du lointain Est dans ce chanvre implacable Qui vous retient!

On fait dans le creux d'une anse Les voyages les plus beaux Pendant qu'on tire en silence Sur ses anneaux 1

Alors, pourquoi le voyage?

Mon Dieu, si c'est pour laisser Un sillage, — tout sillage Doit s'efiEacerl

C'est pourquoi, dansez sur place!

On voit au loin Saint-Malo...

Le soir vient... la brise est lasse.- Dansez sur l'eau !

Bords de la Rauce, 1892.

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