Les musées d'Espagne, d'Angleterre et de Belgique
Si le volume publié Tannée dernière sous le titre de Musées d'ilalie^ avec une introduction sur les Origines traditionnelles de la peinture moderne^ se recommandait , suivant son titre, par quelque utilité comme guide et mémento des artistes et des voyageurs ; s'il pouvait même servir aux recherches des amis de l'art qui se résignent à en étudier les monuments sans quitter leur pays , celui-ci peut prétendre au moins à la même recommandation. L'Espagne , par exemple, n'avait jamais été, comme l'Italie, le but ordinaire des voyages, et, depuis quelques années , une curiosité bien légitime conduit d'assez nombreux visiteurs dans cette contrée abandonnée jusqu'alors et restée presque inconnue ; d'une autre part, ses musées sont tout
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récents, mêmecelui de Madrid, le plus riche du monde^ et nulle publication n'avait encore révélé l'existence des trésors que cachaient , depuis trois siècles , les résidences et les monastères de fondation royale : double motif pour rendre plus opportun et plus utile un livre qui se propose d'être aussi, à l'égard des musées d'Espagne, guide et mémento. Des observations analogues s'appliquent aux collections d'art que possèdent les deux autres contrées qui touchent de plus près à notre France , l'Angleterre et la Belgique. J'ai donc l'espoir qu'en faveur de son utilité, ce petit volume ne sera pas accueilli avec moins de bienveillance que le précédent ; et, prêt à entreprendre un nouveau pèlerinage d'amateur , qui sera dirigé cette fois en Allemagne, vers les grandes collections de Munich, de Vienne , de Dresde et de Berlin^ j'essayerai plus tard de compléter la revue des principaux musées de l'Europe.
Si l'on s'étonnait de trouver dans ce volume deux chapitres sur l'Alhambra et l'abbaye de Westminster, je prierais de remarquer que , pour l'architecture et la statuaire , ces monuments célèbres sont deux véritables musées. Les chapitres qui leur sont consacrés ont d'ailleurs l'avantage de couper par d'autres matières l'iné-
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vitable monotonie des descriptions de tableaux.
J.-J. Rousseau a dit, sans paradoxe, qu'on décrivait mieux les beautés de la nature pendant son sommeil de l'hiver qu'à son réveil du printemps , et qu'on chantait mieux la liberté sous les verrous qu'en plein air. Cela signifie que le désir ou le regret sont plus puissants que la réalité sur notre imagination. Il est heureux pour les voyageurs qu'un phénomène analogue se passe dans leur esprit, et que le souvenir entretienne pour eux cette réalité. Bien rarement, en effet, peuventils, dans les lieux mêmes qu'ils visitent, et sous l'impression qu'ils ressentent, raconter leurs aventures, ou fixer leurs idées, leurs opinions, leurs jugements. C'est aprè^ le mouvement du voyage, dans le repos du retour, que le souvenir leur rend, avec plus de force peut-être et plus de clarté, tous les objets qu'ils ont vus , toutes les sensations qu'ils ont éprouvées. Quelquefois, lorsqu'un voyage succède rapidement à l'autre , il faut, par un double effort , se re~ présenter dans le pays où l'on arrive le pays qu'on a quitté , et retrouver les impres!>ions
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passées parmi les iaipressions nouvelles. Ainsi, naguère , c'était sous le ciel gris de la brumeuse Angleterre que j'essayais d'indiquer à d'autres voyageurs le chemin des musées de la chaude et lumineuse Italie; ensuite , tout au rebours, ce fut sous le soleil ardent de l'Espagne que je tentai de me faire introducteur*dans les musées de l'humide Belgique; puis enfin, c'est de retour au milieu des agitations de la vie parisienne, que j'ai dû redemander au calme de la mémoire la vue claire et distincte des chefsd'œuvre sans nombre amoncelés dans les galeries de Madrid. Si le travail devient ainsi plus difficile, que l'indulgence d\î lecteur devienne aussi plus grande et se mesure sur cette difficulté.