‹ Les musées d'Europe. La peinture au Louvre;Chapitre 16 sur 35 · RMENT ET SES ENFANTS · texte numérisé non relu

RMENT ET SES ENFANTS

l'observation comique et acerbe. Admirez la profondeur d'attention de V Homme taillant sa plume, la face de béatitude violente du Fumeur, la gesticulation de ['Intérieur de cabaret, et le drame de l'Opération, le patient hurlant, le chirurgien renfrogné. Toutes ces petites scènes ont la vivacité du dessin, le jaillissement d'une peinture sanguine, au service de l'humour et de l'âpreté de l'artiste.

Teniers, encore une fois, n a pas cela. Auprès de Brouwer, qui est, notez-le, un Hollandais venu à Anvers et classé dans l'école flamande, Teniers est gris, neutre, sourd, il va d'une allure calme, il est presque toujours modéré, ordonné, et peut parfois sembler banal. Il y aurait pourtant grande injustice à l'accabler par une comparaison. C'est un harmoniste du gris, c'est un artiste expert à composer un tableau, et c'est un fin réaliste, sachant donner un intérêt et un charme à la plus humble vérité.

La grande vie menée par l'Enfant prodigue est infiniment touchante. Le jeune cavalier flamand dîne avec deux femmes, à la porte d'une auberge. Il y a tout bonnement un poulet rôti sur la table, une mendiante s'approche, deux musiciens jouent du violon et de la flûte, et l'hôtesse se hâte d'écrire l'addition sur une ardoise qu elle appuie contre la palissade. Le Reniement de Saint Pierre est une réunion de buveurs et de fumeurs dans un cabaret, tous les gens occupés de ce que vient de dire un bonhomme à barbe blanche. La Tentation de Saint Antoine a la même tranquillité. De même, la Fête du Village, où le seigneur et la dame peuvent se risquer parmi des pa3'sans respectueux et fort sages : nous sommes loin de l'emportement de la Kermesse de Rubens. Mais observez que dans toutes ces toiles, il y a un sens exact de la silhouette, et la présence de l'air et de la lumière, souvent une très belle harmonie colorée comme dans la distribution de pain intitulée : Œuvres de miséricorde, ou une harmonie grise, jolie et distinguée, comme dans la Chasse an héron, où le héron et les faucons se débattent au

premier plan, pendant que les cavaliers se hâtent derrière un repli de terrain Observez aussi que presque tous les paysages ont un charme malgré qu'ils soient très sobres, très froids avec leurs eaux et leurs ciels d'étain, leurs verdures immobiles, et enfin, réjouissezvous des buveurs, des joueurs de boules, parmi lesquels il y a tant de personnages cocasses, à grosses têtes, à grands nez pointus, à longs

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Teniers.

Intérieur de cabaret.

et lourds mentons, gnomes flamands en vis-à-vis avec leurs maritornes, les uns et les autres absolument fantastiques dans la sérénité de leurs occupations, bien plus fantastiques que tous les animaux biscornus, que tous les diables effrayants comme des colimaçons, que Teniers lance dans ses sabbats paisibles et ses enfers pour effrayer et amuser les petits enfants-

Chronologiquement, c'est Franz Porbus (i 559-1627) qui doit être placé auprès de Teniers. i\lais Porbus est un dépaysé qui travailla

surtout à Paris, et dont il y a surtout à retenir, au Louvre, les deux portraits de Henri IV, en cuirasse et en pourpoint, qui sont deux bons documents historiques. Paul Bril (i 554-1662) peint des paysages aux sombres verdures. G. de Crayer (i 584-1669) dresse le cardinalinfant, Ferdinand d'Autriche, sur un immense cheval à petite tête, et met en scène un Saint Augustin en extase. Je nomme aussi Van Diependeck, Van Oost, Craesbeck, Gonzalès Coques, Boucquet, le peintre d'un robuste Porte-Etendard. Frans Snyders (i 579-1657) est un peintre de chasses, d'oiseaux, de poissonneries où s'amoncellent les huîtres, les phoques, les chiens de mer, les crabes, les congres, les raies, tout le monde ruisselant de la mer. Jean Fyt (1611-1661) est un autre spécialiste de la nature morte, fruits, gibier, ustensiles de chasse. Van der Meulen (1632-1690) fournit les illustrations d'une histoire officielle de Louis XIV : entrées à Douai, à Arras, marche de l'armée sur Tourna)^ Courtrai, prise de Valenciennes, passage du Rhin. Hu3^smans de Malines (1648-1727) velouté et dore des lisières de forêt.

Je mets à part un artiste que pourrait réclamer l'école française, Philippe de Champaigne (1602-1674), né à Bruxelles, où il fait ses premières études, mais d'une famille de Reims, et accomplissant sa carrière à Paris, peintre d'Anne d'Autriche, membre de l'Académie. Au Louvre, le Repas chez Simon et la Cène sont des œuvres compassées et banales. Le Portrait de petite fille en prière confine à l'imagerie religieuse. L'originalité de Philippe de Champaigne n'est pas là. Il est portraitiste, soucieux du caractère vrai, de la particularité du personnage : ainsi, le cardinal de Richelieu, au costume rouge largement peint, à la fine tête cavalière, et les portraits de Mansard et Perrault, de Robert Arnaud d'Andilly, du Prévôt des marchands et des Échevins de la ville de Paris, de J.-A. de Mesme, président à mortier au Parlement de Paris, et son propre portrait. Tous sont de mine grave, de costume sévère, et il est évident que Philippe de Cham-

paigne se prouve ici peintre d'observation attentive et de rétlexion profonde, mais la tendance desprit de Tartiste va nous apparaître mieux encore. En lui, le jansénisme a trouvé son peintre. Vo3'ez le portrait des deux religieuses, la mère Agnès Arnaud et la sœur Catherine de Sainte-Suzanne, fille de Philippe de Champaigne : cest la nudité monacale, le mur gris, la chaise de paille, les robes grises à croix rouge, les ph3'sionomies absentes de la vie. Toutefois, il }• a encore ici une sérénité dont on ne trouvera pas trace sur le visage d'une laïque, la lugubre Femme inconnue, aux chairs exsangues, aux larmiers gonflés, dévote fanatique visiblement prisonnière du froid délire de l'idée fixe.

Pb LIPPE DE Champaigne. Richtlisu

IJCK.

HARUES 1^".

Van Gûyen.

Marnic

L'ECOLE HOLLAMDAJSE

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