CONSTABLE
P/fulo Gii'iiudon.
La Baie de Weymoulh.
femme est moins apprêtée, plus naturelle, assise, vêtue d'une robe blanche à ceinture rouge, et tenant une écharpe de gaze noire qu'elle déploie sur ses genoux. L'œuvre est intéressante, il faut le dire, autrement que par sa taille et sa solennité, elle est caractéristique de l'Angleterre et de Lawrence, très fraîche de couleurs, suffisamment explicite du caractère des modèles. Malheureusement, Lawrence n'est pas un grand peintre, ne remplace pas ici Hogarth, Reynolds et Gainsborough. Sa manière est mince, creuse, l'enveloppe de l'air manque, et ce grand tableau est tout proche parent des estampes anglaises en couleurs où l'on voit aussi des habits rouges et des robes
"^ blanches. Si nous n'avons pas un grand portraitiste, nous avons un grand paysagiste : John Constable (1776- 1837), Constable qui eut, nous dit un catalogue du Louvre, une médaille d'or au Salon de 1824 à
Bonington. Le Parc de Versailles. Paris. On Sait en
effet que Constable fit un séjour à Paris et quelle influence il exerça sur l'école française de paysage de 1830. Il devait aider à un retour vers la vérité des choses, car jamais carrière d'artiste n'eut un développement plus logique, une unité plus grande.
C'est encore à Londres, comme pour les autres artistes de l'école anglaise, que l'on peut connaître, dans son ensemble, l'œuvre de Constable. Toutefois, le Louvre permet de l'aborder et de la pressentir. Le Cottage est une oasis d'arbres, un décor de bonheur, avec sa maisonnette, son champ et sa barrière. L' Arc-en-ciel est un tripotis de couleurs mises juste à leur place, un effet vite et bien saisi, un paysage mouillé d'où pointe le clocher de Salisbury. L'espace où se dresse le Moulin est vaste, aéré, délicieux, avec son grand ciel qui court au-dessus de la terre brune, des arbres, de la charrue, de la maison. La vue de Hampslead-Heath ne vaut pas seulement parce que ce fut là, tout près de Londres, qu'habita le peintre, mais parce
que cette simple esquisse est expressive au possible de la beauté des collines, des mouvements souples du terrain, de la vaste étendue.
Enfin, la Baie de Weijmoulh est certainement un des plus beaux tableaux de Gonstable, avec l'arrivée de mer sur le sable, la basse colline, la femme et l'enfant qui cherchent leur pâture de coquillages, le ciel tout gonflé de pluie et la grandiose tristesse de l'atmosphère. Rarement, on a exprimé avec un sentiment aussi vrai et aussi tragique ces soirs lugubres sur la mer et la grève où des formes humaines, perdues dans l'immensité, sous la menace du mauvais temps, errent sur le sable avant de regagner l'abri de leur cabane. Les vagues déferlent, une lueur blêmit encore l'horizon, la plage va être envahie par la marée montante, le ciel roule des nuages épais
BOMNGTON.
Photo Giraudon.
François Ier et la Duchesse d'Etampes.
et noirs, aussi menaçants que la mer. C'est la désolation du vent et de la tempête prochaine, ressentie et exprimée par un grand artiste.
Turner n'a pas au Louvre la même bonne fortune que Constable. Le musée possède deux tableaux à son nom, et encore sont-ils souvent contestés. Ce sont deux toiles peintes dans sa manière, à la fois brillante et brumeuse : une Marine et une Vue du Pont- Neuf, celle-ci, toutefois, d'un effet assez féerique : la lumière dorée, nuancée, lointaine, donne aux choses des formes d'apparitions. Ce n'est pas assez, toutefois, pour connaître le grand magicien resplendissant et mystérieux de la National Gallery.
Il n'y a plus à nommer ici que Mulready (1786-1863), avec Y Abreuvoir, qui est un tableau de genre à rapprocher de celui de Morland, et Bonington (1801-1828), qui fut l'ami de Delacroix et de Géricault, et qui joua un rôle, comme Constable, dans les rapports de l'école anglaise et de l'école française. Il ne put donner la mesure de son talent, puisqu'il mourut en pleine jeunesse, et son œuvre se compose surtout d'études et d'essais. La Vue de Venise est sèche, la Vieille Gouvernante est de peinture pénible. Mais son Parc de Versailles est fait de vigoureuses et justes indications, sa Vue des côtes normandes est jolie, claire, blonde, avec son grand ciel d'un
Bonington.
Mazarin et Anne d'Autriche.
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