DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Lorsque je commençai d'écrire la dissertation placée en tèle de ce volume, je crus pouvoir l'appeler Préface d'une Histoire des écoles italiennes, car j'avais alors l'ambitieuse envie d'essayer ce grand travail. Mais, lorsqu'au milieu des graves préoccupations de cette époque , je me vis en face d'un ouvrage de si longue haleine, qui exigerait plusieurs années d'études, de recherches patientes, de longs voyages, et, en tout cas, de parfaite liberté d'esprit, je sentis mieux l'insuffisance de mes forces, et, perdant courage, j'ajournai à d'autres temps, s'ils arrivent jamais pour moi, l'essai de cette vaste entreprise,
L'idée me vint alors d'utiliser au moins les souvenirs d'un récent vcyage pour tracer une Revue des principaux Musées d'Italie. C'était m'acheminer à mon but par un détour, et commencer l'étude des Écoles, sinon leur histoire; c'était aussi, du moins j'en ai l'espoir et la croyance, faire un travail utile à ceux qui vont visi-
Vj PRÉFACE.
ter Tltalie, à ceux qui en sont revenus, à ceux mème|î qui se résignent à n'y aller jamais, pourvu que leur dé- 1 sir, leur satisfaction ou leurs regrets aient pour cause commune le goût des arts.
Il y a , dans cette contrée célèbre, une foule de j grandes œuvres, dues à de grands génies, dont tout le monde parle, mais le plus souvent sans les bien connaître. Les uns savent les auteurs, et non leurs ouvrages; d'autres, les ouvrages, et non leurs auteurs;! d'autres enfin, qui connaissent les auteurs et les ou-j vrages, ignorent où vécurent les uns, où sont aujour-i d'hui les autres. Pour ceux-là, qui n'ont point vu et quij ne verront pas l'Italie, il peut être intéressant de trouver quelques notions fidèles et suffisantes, réunies dansl un ordre qui rend toute recherche facile. Les voyageurs revenus d'Italie auront le moyen de ranimer des souvenirs dont l'impression générale dure toujours sans doute, mais dont les détails s'effacent assez vite, de les classer méthodiquement, de les retrouver au besoin et à chaque occasion, de comparer enfin leurs opinions et leurs sentiments à ceux d'un autre voyageur.
Quant aux personnes, artistes ou amateurs, qui se disposent à passer les Alpes, je crois leur offrir quelque utilité , et pouvoir leur promettre quelque service. Le plus grand nombre des galeries italiennes, celle duj palais Pitti , à Florence, celle du Vatican, à Rome I celle degli Sludi , à Naples, n'ont pas le moindre catalogue , le moindre livret. Un pauvre étranger erre dan,'! ces salles à l'aventure et sans direction , perd son temp>
PRÉFACE. Vij
aux petites choses, manque les grandes, et, s'il n'a par avance des connaissances bien sûres, bien positives, voit quelquefois tout sans rien comprendre et sans rien retenir. Aucun des Guides imprimés dont les voyageurs munissent leur poche ne remédie à cet inconvénient, pas plus qu'un cicérone de place. Ils ne sont bons l'un et l'autre que pour indiquer à quelle porte il faut frapper; une fois dedans, leur office cesse. Les indications qu'on trouve dans ces Guides, souvent inexactes, toujours incomplètes, sont d'ailleurs sèches, décharnées, sans plan, sans ordre, sans liaison, partant, sans véritable utilité.
J'ai tâché de remplir une place vide. Malheureusement mon travail sera incomplet, même par les matières, et je voulais joindre le mot de principaux à côté de celui de Musées, pour en indiquer les lacunes dans son titre même. Je n'ai pas vu l'Italie tout entière, Turin, par exemple, qui a sa Reale Galleria , et je n'ai point parlé de ce que je n'ai point vu. On trouvera donc seulement ici Milan, Parme, Bologne, Florence, Rome, Naples, Venise, les lieux où va tout le monde , et dans l'ordre où se fait d'habitude le voyage. Mais ce sont bien les Musées principaux, ceux des villes où, depuis la Renaissance, les arts furent le plus et le mieux cultivés, des villes que l'on peut appeler les capitales des Écoles. Aucun grand nom , aucun grand ouvrage ne sera donc passé sous silence, et l'on dira du moins de ce petit livre, en attendant que d'autres le refassent avec plus d étendue et d'autorité : cela vaut mieux que rien.