CLEMENTI
servir de Mécène. Ce fut dans le Dorsetshire, où était située l'habitation de ce protecteur, que Cleraenti perfectionna son goût et son doigté par la lecture et la méditation des ouvrages de Haendel, de Bach et de Scarlatti. Ce fut là qu'il se mit en état d’écrire son œuvre deuxième, devenue le type de toutes les sonates pour piano, et dont tous les artistes, entre autres Charles-Emmanuel Bach, parlèrent dans les termes de la plus vive admiration.
Beckford ne s’était pas trompé en présageant la prochaine illustration de son jeune protégé. Le succès de l’œuvre deuxième appela bientôt Clementi à Londres où il contracta un engagement pour tenir le piano à l’Opéra. Dans l’exercice de son emploi, il entendait presque journellement les meilleurs virtuoses de l’Italie. Sous cette influence, le style de ses compositions s’agrandit, et ses qualités d’exécutant acquirent une plus haute perfection. Sa réputation passa bientôt le détroit et ilia suivit. A Paris, où il se rendit en 1780, Clementi excita l’enthousiasme du public et mérita d’ôtre complimenté par la reine. A cette époque se place la composition des œuvres cinquième et sixième, ainsi qu’une nouvelle édition de l’œuvre première augmentée d’une fugue. D’autres applaudissements, d’autres succès attendaient notre artiste en Allemagne. Parti pour Vienne au commencement de 1781, il s’arrêta à Strasbourg où l’accueillit avec beaucoup de considération le prince de Deux-Ponts, à Munich où il reçut le même accueil de l’électeur de Bavière, et arriva enfin dans la capitale de l’Autriche. Clementi se lia dans cette ville avec Haydn, Mozart et les autres musiciens illustres qui s’y trouvaient. Le suffrage de l’empereur Joseph 11 ne lui manqua pas non plus. Artaria, le célèbre éditeur de musique, publia les œuvres septième, neuvième et dixième du pianiste romain. L’œuvre huitième fut gravée à Lyon ; l’œuvre onzième parut en Angleterre, au retour de l’artiste. Dans les derniers mois de 1783, il eut pour élève Jean-Baptiste Cramer.
Après un second voyage en France fait l’année suivante, Clementi revenu à Londres en 1783 y resta sans interruption jusqu’en 1802. Livré aux soins du professorat dans un pays assez riche pour payer les gloires étrangères, Clementi n’en composa pas moins, au milieu des fatigues de l’enseignement, une série d’œuvres qui vont de la quinzième à la quarantième, ainsi que son Introduction à l’art de jouer du piano. La fortune qu’il s’était faite par ses leçons ayant été compromise dans la faillite de la maison Longman et Brodcrip, il monta un établissement pour la fabrication des pianos et le commerce de la musique. Cette combinaison releva en peu de temps la’position
financière de l’artiste qui donnait tous scs soins au perfectionnement des instruments fabriqués dans sa maison.
Dans l’automne de 1802, repris par l’humeur voyageuse, Clementi parcourut encore l’Europe, visitant Paris, Dresde, Vienne, Berlin et poussant jusqu’à Saint-Pétersbourg. Dans le cours de ces pérégrinations, il perdit sa première femme qu’il avait épousée à Berlin. Sur ces entrefaites, la mort de son frère et des affaires de famille l’appelèrent à Home, sa ville natale. Il ne revit l’Angleterre qu’en 1810, et durant cette absence de huit ans, il n’avait composé qu’une seule sonate (œuvre quarante et unième). A partir de ce moment jusqu’à sa mort (10 mars 1832), la vie de Clementi s’écoula heureuse et tranquille, au milieu de la considération de tous les artistes, au sein du bien-être que donne la fortune, et des joies domestiques qu’il avait retrouvées dans une seconde union.
Les œuvres de Clementi se composent de sonates au nombre de cent six. On ne saurait trop louer leur élégance et leurs qualités de style. Comme pianiste, tous ses contemporains l’ont proclamé incomparable. Son Introduction à l'art de jouer du piano est un livre excellent qui a obtenu douze éditions en Angleterre, sans parler de celles qu’on en a faites en France et en Allemagne. Ses symphonies exécutées à Londres par la société philharmonique, ont été fort applaudies alors ; elles n’auraient aujourd’hui aucun succès. Ajoutons que les amateurs lui doivent la belle collection de pièces d’orgue et de clavecin publiée à Londres en 4 vol. in-folio.
Ses principaux élèves ont été John Field, Cramer et Kalkbrenner.
Il n’y a dans la musique de Muzio Clementi aucune passion, aucun de ces sentiments heurtés et violents qu’on rencontre dans les sonates de Beethoven et de Weber. Elle n’est pas vague et voluptueuse comme celles de Mendelssohn et de Chopin. Elle n’est pas non plus aride et austère comme celle de Cramer, de Kalkbrenner. Elle n’a pas le brio, l’imprévu des fantaisies de Schuloff, de Goria, de Ravina, de Prudent; elle ne saurait être comparée aux excentricités de mécanisme et d’harmonie de Listz, ni aux magistrales virtuosités de Thalberg. Non, ce n’est rien de tout cela ; et cependant c’est de la bonne musique, de l’excellente musique, mélodieuse, harmonieuse, écrite avec la plus grande pureté. On peut la comparer à la conversation douce, modérée, spirituelle et gracieuse de jeunes filles bien élevées ; ramage agréable qui n’exclut pas les qualités solides de l’esprit et du cœur.
L’audition des sonates de Clementi repose les oreilles du fracas des morceaux à effet, et apaise le système nerveux surexcité par les émo-
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lions de la musique dramatique. Elles conviennent merveilleusement aux jeunes personnes chez lesquelles elles forment et développent le mécanisme des doigts, tout en proposant à leur imagination des motifs élégants et gracieux.
L’opinion que nous émettons ici est aussi celle d’un professeur bien expérimenté et qui joint à une connaissance approfondie de la musique et de l'instrument qu'il enseigne avec un grand succès celle beaucoup plus rare de ce qui convient à l'enfance et à la jeunesse. Dans un opuscule ayant pour titre : de f Enseignement du pian o, Conseils aux jeunes professeurs , M. Félix Le Gouppey s’exprime ainsi : « Clementi est un des meilleurs auteurs que l'on puisse étudier pendant 1a première période de l'enseignement du piano. Tout semble prévu dans les œuvres de ce maître pour faire acquérir aux élèves un mécanisme correct, une accentuation franche et naturelle, un style simple et beaucoup de sûreté dans la mesure. »
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L’École napolitaine qui a produit tant de grands musiciens pendant le dix-huitième siècle, est encore celle à laquelle on doit Zingarelli. Certes, dans la liste glorieuse où se lisent les noms des Jomelli, des Piccinni, des Guglielmi, des Sacchini, des Paisiello et des Cimarosa, l’auteur de Roméo et Juliette ne saurait revendiquer le premier rang. Cependant, s’il a moins d’idées et moins de force dramatique que plusieurs des illustres compositeurs que nous venons de citer, il est bien de leur lignée, au moins dans ses meilleurs ouvrages, par la délicatesse de la mélodie et l’art de traiter convenablement les voix. Ajoutons qu’il leur ressemble encore par son extrême facilité. Malheureusement cette facilité dégénéra trop souvent en négligence et enfanta plus de productions médiocres que de chefsd’œuvre.
Nicolas-Antoine Zingarelli naquit à Naples le 4 avril 1752. Il perdit
à l'âge de sept ans son père qui était professeur de chant et entra au Conservatoire de. Loreto , où il étudia d’abord le violon. Il eut Fenaroli pour maître d'accompagnement et de contre- point. Ce professeur allait habituellement passer scs vacances d'automne à Ottojano, petite localité située à onze milles de Naples. On raconte que son élève parcourut plusieurs fois cette distance à pied pour lui porter des fugues et des contre-points à corriger. A sa sortie du Conservatoire, Zingarelli put s'initier à la tradition de Durante par les leçons que lui donna l’abbé Speranza, un des meilleurs élèves du célèbre compositeur. Son premier essai dramatique fut un intermède : I r/uatlro pazzi (les quatre fous), exécuté par les élèves du Conservatoire, et applaudi par les professeurs. Mais, comme la plupart des artistes pauvres, le jeune homme, avant d’arriver à la scène, dut, pour se créer des ressources, recourir à l'enseignement. Pendant plusieurs années, il vécut dans la maison de riches particuliers où il était attaché comme professeur de violon. Plus tard , il donna des leçons d’accompagnement à la duchesse de Castelpagano et se fit de celte dame une protectrice dont le crédit lui fut fort utile. Ce fut chez elle qu’il écrivit en 1779 une grande cantate intitulée Pimmalione, qui n’a point été exécutée. Zingarelli était arrivé à l’âge de vingt-neuf ans quand il lui fut donné de débuter au théâtre San Carlo par son Montesuma (13 août 1781). La chute de cet opéra n ota rien à la conGance que la duchesse de Castelpagano avait dans l’avenir réservé à son protégé. Le musicien qui venait d’échouer à Naples obtint d'elle des lettres de recommandation pour plusieurs femmes appartenant à la haute société de Milan. Il alla dans cette ville écrire YAlcinda qui fut jouée avec succès pendant le carnaval de 1783. La même année, il donna au même théâtre 11 T elemacco. Cet ouvrage réussit également, ce qui engagea le compositeur à travailler presque exclusivement pour le public milanais pendant de longues années. C’est à peine si de temps à autre il donne un opéra à Venise, à Rome ou à Turin. Milan a ses préférences. C est à Milan qu’il écrit Ifi/jenia in Aulide (1787), la Morte di Cesare (I i 9 1 ), et en 1796 son plus bel ouvrage, Romeo e Giuletta , interprété avec talent par M“* Grassini, le célèbre chanteur Crescentini et Bianchi. Il y a là un duo superbe : Dunque mio ben pour soprano et contralto. Quant à la mélodie si connue : Ombra adorata, as/)etta, que Bonaparte ne pouvait entendre sans émotion, elle a été attribuée sans preuve suffisante à Crescentini, comme si Zingarelli n était pas bien plus capable d'avoir eu cette belle inspiration que le célèbre sopraniste. Ce qui fit croire à une certaine coterie