Les mystères
Nombreuses autant que diverses ont été et sont encore les religions du passé et du présent, les religions éteintes et celles encore vivantes. Mais en jetant un coup d’œil rétrospectif sur l’histoire archaïque pour la comparer avec celle d’une époque plus moderne, on constate une grande différence : c’est que l’on ne rencontre dans la première rien qui ressemble à la persécution d’une religion par une autre. On trouve que chaque culte a son propre domaine, son propre terrain sur lequel il règne. On trouve que chaque nation a sa propre religion, et que cette religion vit en bons termes avec les reli-
(1) Ce très important document est la traduction française du texte dont le sujet a été présenté verbalement par la Présidente de la S. T. au Congrès théosophique Européen de Stockholm, le 15 juin 1913; il avait déjà été dit à Londres, un mois auparavant, et l’original en est contenu dans le Thcosophist d’octobre 1913. (N. D. T.).
gions des nations voisines, si ce n’est lorsque les nations elles-mêmes se font la guerre. On voit par exemple qu’à Home on avait élevé un grand Panthéon dans lequel les Dieux de toutes les nations formant l’Empire romain trouvaient chacun leur place et étaient dûment honorés. 11 pouvait parfois exister entre les religions de la jalousie ou de l’envie, mais on était loin de l’idée qu'une religion dut s’imposer à toutes les nations. On considérait plutôt que chaque nation avait naturellement son culte particulier, et qu’ainsi les citoyens devaient adorer leur Dieu national.
En regardant ce qui se passait alors, on trouve que s’il surgissait des difficultés à propos de la religion, leur origine était plutôt politique que religieuse. Abandonner la religion d’état équivalait à trahir son pays, et c’est pourquoi on peut voir de temps en temps un homme condamné et banni pour avoir changé de religion. Mais ceci se produisait plutôt parce que cet individu avait renié sa patrie que par suite d'une idée de réprobation attachée au fait de penser par soi-même sur les questions religieuses, et il est patent que dans certaines des religions les plus anciennes, on considérait qu’en ce qui concerne l’acceptation intellectuelle de la doctrine, l’intellect pouvait se déployer à son aise, et il n’y avait pas de bornes à la carrière dans laquelle pouvait s’exercer la pensée.
D’un autre côté, à une époque comparativement moderne, on trouve que les persécutions religieuses jouent un grand rôle dans l’histoire des confessions rivales. On voit les mission-
naires faire bien des efforts, bien des tentatives pour convertir d’autres peuples à une religion qui n’est pas leur religion ancestrale, et on se demande non sans raison d’où vient, en matière de tolérance, cette différence entre le monde ancien et le monde comparativement moderne? D’où provient l’idée selon laquelle tous les peuples devraient accepter une représentation particulière de la vérité, l’idée selon laquelle ils devraient ne pas suivre la religion de leurs ancêtres, mais plutôt en embrasser une qui leur est apportée de quelque pays étranger ?
Il n'est pas moins significatif que la tendance à la persécution se trouve historiquement coïncider avec l’époque où les mystères disparurent d’Europe. C’est à l’occasion de leur disparition graduelle que nous voyons se lever le spectre de la persécution religieuse, de sorte que l’on est porté à mettre côte à côte les deux phénomènes, et à se demander s’il n’y aurait pas un rapport entre la disparition des Mystères et le commencement des persécutions?...
Lorsque nous passons à l’examen de la différence entre le culte exotérique et 1 enseignement ésotérique, lorsque nous en venons à considérer les religions du passé et à étudier les Mystères d’autrefois, nous trouvons que les cultes étaient dans le monde ancien tout aussi différents qu’ils le sont dans le monde moderne, mais nous constatons également qu’en relation avec chaque culte il existait des Mystères auxquels accédaient les individus les plus instruits de chaque religion, et dans lesquels étaient formés les Instructeurs de ces cultes. Lorsque
nous poussons plus loin nos études, nous trouvons que si dans le culte exotérigue l’exposé extérieur des doctrines religieuses différait suivant la nation, suivant le tempérament et les traditions des citoyens, le fond et l’intérieur d6 renseignement, ce par quoi l’individu devenait un homme en possession de la Gnose ou Connaissance réelle , l’enseignement qui formait le savoir mystique, celui qui remplaçait la croyance par la connaissance et permettait à l’homme de dire en toute certitude : « Je connais les choses des mondes hyperphysiques », cet enseignement là était partout unique et identique, et si les cultes extérieurs différaient, ce qui était au cœur de chacun d’eux, le culte intérieur, le fond même des Mystères était semblable pour tous. C’est ainsi qu'en passant le soir autour de quelque grande cathédrale, on peut voir la lumière briller successivement à toutes les fenêtres, et s’y montrer à chacune d’une couleur différente, de telle sorte qu’en regardant la lumière étincelant à travers les vitraux de l'une, on pourrait dire: la lumière est rouge à l’intérieur du temple, alors qu’une autre personne placée devant une fenêtre différente s’écrierait : la lumière est bleue dans le temple; un troisième individu pourrait à son tour remarquer : non, la lumière y est jaune, tandis qu'un quatrième observateur assurerait que la lumière à l’intérieur du temple est violette. C’est là ce qui se produit pour les religions exotériques du monde ; chacune a sa propre couleur, sa propre façon de présenter les vérités spirituelles, et ceux dont la vue s’arrête au culte extérieur peuvent déclarer
que les religions sont différentes les unes des autres, et que la lumière de vérité qui se fait jour à travers chacune n'offre pas un caractère d’unité et d’identité.
Mais,Théosophes,de même que si vous entrez dans la cathédrale dont je parle et que vous pénétriez dans le sanctuaire vous n’y apercevriez que de la lumière blanche, et vous vous rendriez compte que la différence de coloration est dans les vitraux et non dans la lumière, de même, en pénétrant dans le Temple des Mystères, vous verrez que la vérité est unique bien que pouvant être présentée de differentes façons, et que si les teintes qu’affectent les différents cultes sont aussi différentes que les couleurs de l’arc-en-ciel, il n’y a, à l’intérieur du Temple des Mystères, qu’une seule et même lumière, la blanche lumière de la vérité. Et c’est, je crois, grâce à cette connaissance — qui, étant une connaissance basée sur les faits ne peut varier, tandis que le langage dans lequel les faits sont exposés varie selon l’orateur — c’est grâce à la présence au cœur de toutes les religions anciennes de Mystères qui faisaient voir l’unité de la vérité et l’unité de la connaissance, c’est grâce à cela que les persécutions pour cause de croyances religieuses ne souillèrent pas le monde ancien. Les instructeurs savaient alors qu’il n’y a qu’une seule vérité, malgré que les peuples pussent différer dans leur manière de comprendre cette vérité lorsqu’elle était voilée par les formes extérieures du dogme, des cérémonies, ou des divers aspects sous lesquels elle était présentée.
On envient ainsi à penser que, si l’on désirait de nos jours persuader aux religions vivantes du monde qu’elles doivent former une fraternité et ne plus nous donner le spectacle des luttes incessantes entre confessions antagonistes, il faudrait d’abord découvrir une source commune à laquelle toutes les religions pussent rapporter leur origine, et où elles pussent toutes aussi trouver leurs instructeurs. Nous devons donc, par nos espérances, par notre travail et nos aspirations, faire en sorte que l’antique institution des Mystères puisse une fois de plus être rétablie pour illuminer et aider le monde. Nous devons essayer d’étudier et de vivre de telle sorte qu'il devienne possible de trouver des disciples qui, par l'ardeur de leurs aspirations, par la pureté de leur vie, par la profondeur de leurs connaissances fassent descendre ici-bas les grands Instructeurs d’en haut, des disciples qui puissent ainsi se montrer dignes d'être instruits par des Hommes parfaits, et faire venir parmi eux, en qualité d’instructeurs, Ceux dont les connaissances surpassent les connaissances humaines.
Réfléchissons donc à ce qu’étaient en réalité les Mystères. Considérons un instant les phases par lesquelles ils ont passé, et demandons-nous si, de nos jours, il est possible de trouver les éléments d’où sortiront des disciples dignes d’être instruits. Dans les mondes supérieurs il n’y a jamais parcimonie dans la dispensation de la vérité, ce n’est jamais d’en haut que provient l’obstacle empêchant la connaissance de se déverser sur le monde. C’est bien ici, dans notre
monde terrestre, dans l’esprit humain rebelle à la vérité qu’il trouve difficile à saisir; c’est dans la tendance moderne à faire sans cesse des objections et des questions, c’est en cela que réside la difficulté qui s’oppose à la restauration des Mystères et c'est ici bas même qu’ont été élevées les barrières qui obstruent le libre cours de la vérité.
Il ne faut pas cependant regarder ces conditions, en apparence fâcheuses, comme non prévues dans le grand Plan établi par le Roi de l’Evolution. Il n’y a rien qui soit en dehors de ce plan, et si parfois nous pensons que les choses vont mal, c’est parce que notre vue est courte, parce que nous ne sommes pas capables de voir la totalité du plan, et que nous jugeons uniquement d’après la portion que nous en apercevons. La grande évolution de l’humanité s’étend sur des milliers et des milliers d’années de notre temps mortel, chaque jour y comprenant des dizaines de milliers d’années, tandis qu’un million d’années est, pour les grandes Intelligences qui surveillent toute l’évolution, comme la durée qui, pour nous, sépare aujourd'hui d’hier; aussi, dans la mise à exécution d’un tel plan, dans le développement graduel et successif de leurs stades, il n’en est aucun qui puisse être omis, aucun qui soit mauvais ; tous ont leur place dans la longue évolution, et l’architecte qui traça le Plan sait bien quel édifice il entend élever.
Il a été nécessaire pour la croissance de l’humanité, nécessaire pour l’évolution supérieure de l’homme, qu’il y ait une période dans laquelle
notre intelligence puisse développer cet aspect inquisiteur, raisonneur, indocile, sans lequel elle n’aurait pu acquérir la connaissance de notre monde inférieur. Dans un lointain passé il était bon que les nations enfants élevassent les yeux vers les Instructeurs divins et apprissent docilement les leçons que leur donnaient ces Maîtres divins. Mais il était également bon qu’en grandissant la jeune humanité développât les pouvoirs de la virilité, ce qu’elle n’aurait pu faire si elle avait toujours été tenue en lisières par les grands Etres qui lavaient précédée. Aussi le temps arriva-t-il où les Instructeurs dirent à l’adolescente : « Allez, mon enfant, allez « dans le monde y découvrir par vous-même ce « qu’est la vérité ; développez en vous cette in- « telligence qui est un des aspects de l’Esprit « divin, et conquérez par votre seule force la « connaissance que le monde peut vous dévoi- « 1er ; c'est à vous qu’il appartient de conquérir « le monde inférieur, à vous de découvrir les lois « de la nature, à vous de trouver votre route « alors que le guide est momentanément invi- « sible ».
Mais, tout comme le père qui envoie son enfant dans le monde veille sur lui avec un tendre amour, et se tient toujours prêt à l’aider de ses conseils lorsque besoin est, de même agirent les Pères de la race, ces Frères Aînés qui avaient atteint la perfection avant que les plus jeunes eussent gravi l’échelle de l’évolution. Bien que se tenant hors de vue. Ils ont sans cesse veillé sur la jeune humanité; bien qu’invisibles pour les yeux physiques. Ils ont toujours été auprès
d'elle, tout prêts à lui porter secours, et Ils ont guidé les nations tout aussi effectivement durant les époques où Leurs formes extérieures étaient cachées, qu’ils l’avaient fait lorsqu’ils demeuraient personnellement en Atlantide dans la Cité aux Portes d’Or, ou dans la Cité blanche de Shamballa, aux débuts de notre Race Aryenne.
Mais les temps sont changés, et ce changement dans les temps a été suivi par un changement dans les méthodes. 11 a été dit, et avec raison, que l’évolution n'est pas une échelle ascendante, mais plutôt une spirale qui revient sans cesse sur elle-même en s’élevant graduellement à mesure que l'évolution progresse. C’est ainsi que le passé devient de nouveau le présent, mais un présent à un niveau supérieur à celui où se trouve la route que l’humanité a foulée dans le passé, et les temps sont proches oit les Mystères seront de nouveau restaurés sur la terre, cardes disciples se préparent aujourd’hui, et, comme le dit l’antique adage, « Lorsque le disciple est prêt , le Maître apparaît ».
Reportez-vous par la pensée à l’époque où les Mystères furent établis sur notre globe, et rendez-vous compte de ce qu’étaient leur fonction et leur travail. La religion extérieure ou exotét ique est celle qui enjoint, qui commande, celle qui dit : tu feras ceci, tu ne feras point cela. C’est cette religion extérieure qui maintient l’homme dans le droit chemin par une autorité imposée sur lui du dehors, par un code de morale, par des règles de conduite auxquelles les hommes obéissent souvent sans en comprendre la raison, et uniquement parce qu’un grand prophète a
parlé ainsi, parce qu’une Ecriture sacrée contient ces préceptes, parce qu’une Eglise a proclamé ces commandements, parce qu’une tradition a déclaré : « Tel est le chemin, suivez-le ».
C’est par une telle façon d’instruire, par un tel code moral, un tel système de lois qu’est formé l’homme de bien, celui qui qui est un digne citoyen dans l’état, l’homme qui se montre dans sa famille un mari aimant et un bon père, l’homme toujours prêt à travailler pour son pays, celui que chacun regarde comme un caractère énergique et dont on admire la noble vie. Mais la perfection ne consiste pas seulement en cela. Un sage a dit, il y a bien longtemps, que : « La loi est un maître d’école pour nous conduire en Christ)). Une heure vient en effet dans l’évolution humaine où l’œuvre de la loi extérieure est achevée parce que la loi de l’Esprit se développe intérieurement, une heure où l’homme n’est plus conduit par une contrainte extérieure mais par une autorité intérieure, où le Dieu qui parle est le seul Dieu intérieur et non plus le Dieu extérieur ; et c’est le rôle des Mystères de faire s’épanouir le Dieu intérieur et transmuer l’homme de bien en un homme parfait, en un homme chez qui le Dieu caché puisse rayonner en manifestant toute sa gloire.
C’est ainsi qu’à propos des Ecoles de Pythagore, nous pouvons lire que nombreux étaient ceux qui recevaient les enseignements extérieurs, qui apprenaient les vertus civiles et sociales, et devenaient ainsi les modèles de vertu qui faisaient la gloire de la Grèce antique. Mais ce n’était là que le parvis du temple ; c’était encore
un côté appartenant au monde extérieur et précédant le seuil des Mystères. Car nous lisons qu’il y avait d’autres Ecoles, secrètes et cachées, dans lesquelles ceux qui avaient atteint au bien pouvaient être admis, et où l’homme de bien se développait en un Dieu. C’était là le but môme des Mystères : prendre l’homme de bien qui avait dominé toutes les tentations ordinaires, qui avait atteint un point où le monde ne l’illusionnait ni ne l’attirait plus, l'homme qui avait été capable de développer en lui-même ces vertus essentielles qui sont la base sur laquelle tout le reste doit être édifié, prendre cet homme et lui faire franchir le seuil pour l’amener dans le Temple. Là on lui enseignait la façon dont le Dieu en lui pouvait épanouir ses pouvoirs, et comment ses vêtements de matière pouvaient être façonnés et transformés en des véhicules pour les forces divines, au lieu d’être pour ces forces des obstacles comme c’est le cas dans le monde pour la majorité des gens.
Dans ces Ecoles de Mystères, on enseignait tout d’abord à l'homme qu’il devait purifier les vêtements de matière dont il était revêtu, non seulement des péchés ordinaires des hommes, non seulement des passions ordinaires de l’humanité, mais qu’il avait aussi à purifier l’un après l’autre ses vêtements de matière de plus en plus subtile, et qu’il devait apprendre à se distinguer lui-même d’avec les vêtements qui les recouvraient, afin de pouvoir vivre consciemment et délibérément dans la maison de matière dont il était l’habitant et non le prisonnier. Car la plupart des hommes actuels vivent comme
des prisonniers dans la maison de chair qu’ils habitent. Ils ignorent qu’il existe une clé capable d’en ouvrir les portes ; ils ne savent pas que la clé est cachée en eux-mêmes et n’est en la possession d’aucune personne étrangère. Ils pensent que la mort détient la clé, et que c’est uniquement lorsque la mort vient apporter la clé et ouvrir la porte du corps que l’esprit peut s’élever, libre et immortel, pour connaître sa nature divine, mais ce n'est pas cela.
Dans les Mystères on enseignait au contraire que le corps n’est pas une prison. Le corps n'est qu’un lieu de séjour dont une clé peut ouvrir les portes et permettre alors d’en sortir à volonté. C’est ainsi que les disciples apprenaient d’abord comment il est possible, par la méditation intense et profonde, de faire sortir la vie hors de l'enveloppe extérieure, et de la fixer temporairement dans les vêtements intérieurs plus subtils dont se recouvre l’Esprit. Les disciples apprenaient à séparer le grossier d’avec le subtil, à évoluer les sens subtils en suivant la méthode par laquelle la nature a développé, pour nous, les sens physiques durant d’incommensurables périodes de temps. Ils apprenaient que les pouvoirs réels de la vision et de l’audition résident dans l'homme spirituel et non dans les corps dont il est revêtu, de sorte que les corps devaient se pourvoir d’organes pour servir aux pouvoirs spirituels, chaque corps n’étant en lui-même qu’un obstacle jusqu’à ce que l’Esprit en ait transmué la matière et l’ait façonnée pour ses propres fins en un instrument dont il puisse faire usage.
Ces vrais Mystères existent encore. Ils sont sous la direction de la Grande Hiérarchie Blanche, dont les membres sont les seuls Etres qui aient le droit de dire : — « Entrez ! ou — Tu n’es pas encore prêt pour entrer ! »
Jamais en vérité, la terre n’a été privée de ces Mystères véritables ; ils y ont toujours existé, parce qu’ils se trouvent entre les mains de ces Hommes parfaits qui faisaient pénétrer leurs néophytes jusqu'aux réalités des mondes supérieurs, et leur enseignaient à se familiariser consciemment et délibérément avec ces mondes de matière subtile, de la même façon que l’homme de science d’aujourd’hui commence à se familiariser avec le monde physique dans lequel nous vivons.
De nos jours encore, dans ces Mystères véritables, alors que la porte de l’initiation s’ouvre devant le néophyte qui, une fois prêt, à été conduit jusqu’à l’entrée, ce néophyte se dégage de son corps physique pour être tout d’abord initié dans son corps astral, et on met à l’épreuve son savoir sur le maniement des pouvoirs de ce monde astral ainsi que sur la façon d’en faire servir les influences au bénéfice de l’humanité. Lorsque, comme le cas se présente de temps à autre, vous lisez la description des épreuves dans les Mystères, la description des obstacles à surmonter, rendez-vous bien compte que ce sont là des épreuves portant sur le savon et le pouvoir , et non pas sur l’endurance physique comme on le relate dans des histoires soi-disant occultes où il est fait mention du passage à travers le feu, l’eau, et tous les éléments d’ici-bas;
celles ci ne sont que les premières et les plus élémentaires des épreuves qui attendent le néophyte sur le plan astral, et non pas des épreuves pour l’homme qui doit montrer qu’il peut dominer les pouvoirs de la nature et s’en faire reconnaître comme le maître parce qu’il possède la connaissance , unique source de la puissance. Car dans quelque monde que vous alliez, que ce soit ce bas monde où vivent les hommes ou la plus haute région du monde nirvanique, il n’y a qu’une chose qui donne la puissance, et cette chose c’est la connaissance . La connaissance permet aux hommes de commander, et, comme on l’a justement dit, pour l’esprit il n’existe nul voile dans aucune région de la nature.
C’est pour cela qu’autrefois on désignait, par le nom de Gnostique — qui signifie « Celui qui sait », l’homme qui devait entrer dans le Temple des Mystères. Toute initiation implique une extension de la conscience, une extension qui est réalisée lorsqu’une porte est franchie ; et la porte suivante ne s’ouvre qu’après que l’on a acquis suffisamment de connaissances pour faire jouer la clé dans la serrure. A mesure que vous considérez les initiations successives, vous trouvez que dans chacune, les trois degrés du néophyte, du candidat et de l’initié, sont admis à pénétrer dans des mondes de plus en plus élevés, et ont à montrer qu’ils sont capables d’en manier les pouvoirs, d’en employer les influences et de toujours poursuivre un seul et même but, celui de devenir plus utiles à leurs semblables et de pouvoir aider ceux qui s’engagent sur une
voie de progrès plus rapide ou sur un chemin plus court menant à la félicité.
L’acquisition de la connaissance ne se justifie en effet que par l’usage que vous en pouvez faire pour le service, et Ceux qui détiennent les clés de la connaissance ne les placeront dans les mains d’une personne qu’autant que celle-ci se sera montrée anxieuse de servir, aura maîtrisé les désirs du soi inférieur emprisonné dans les corps matériels, et se sera abandonnée à la volonté du Soi supérieur qui ne connaît d’autre volonté que celle de Dieu.
Si nous détournons un instant nos regards de ces hauts Mystères dont on parle encore dans le monde extérieur à l’heure présente mais donton parlait plus souvent dans le passé, nous trouvons qu’il existait autrefois bien des écoles préparatoires à des Mystères d’un degré inférieur qui préparaient graduellement les néophytes aux Mystères supérieurs, et quelques-unes de ces institutions existent encore aujourd’hui. Il se trouve toujours des écoles occultes disséminées sur notre globe, et toutes voient en l’unique Grande Fraternité Blanche le but de leurs aspirations. Ces écoles marchent dans bien des directions différentes, chacune suivant la voie dans laquelle elle a été orientée autrefois; elles diffèrent dans leurs caractéristiques, dans leurs méthodes et leurs manières d’instruire, mais toutes se rendent compte qu’elles préparent des
candidats pour les véritables Mystères, ceux auxquels président la Grande Hiérarchie. Et si nous remontons dans le passé nous voyons que l’existence d’un grand nombre de ces Mystères mineurs était effectivement connue, bien que leurs méthodes d’enseignement demeurassent occultes ou cachées.
Nous trouvons, par exemple, que dans l’évolution des religions, il y eut un stade où les disciples ne possédèrent plus le pouvoir de quitter à volonté leur corps physique pour se rendre au Temple des Mystères, seul endroit où la grande Initiation devait être donnée.
Quelques-uns parmi vous savent peut-être qu’en commucation avec les pyramides égyptiennes il y avait des chambres d’initiation dépourvues de portes, car personne n’était destiné à y entrer qui ne put passer à travers le mur entourant le Temple ; et ceux qui pouvaient quitter à volonté leur corps physique n’avaient nul besoin de portes pour entrer, car c’est uniquement dans leur corps subtil qu’ils venaient en présence des Hiérophantes de ces Mystères. C’est ainsi qu’il existe encore en Irlande d’anciennes tours qui ont fort intrigué les archéologues, parce qu’elles n’ont aucune ouverture permettant d’y pénétrer ; les portes sont en effet inutiles pour l’homme qui a appris à faire usage de ses corps subtils, car il n’y a pas de murs qui puissent l’arrêter, pas de portes qui puissent lui être fermées ; il n’y a rien qui puisse l’empêcher d’aller où il le désire, rien que cette terre puisse ériger en barrière contre lui. C’est ainsi que, dans ces Mystères d’autrefois, tant
supérieurs qu’inférieurs, ceux-là seuls qui savaient faire consciemment usage de leurs véhicules subtils pouvaient être admis à pénétrer jusqu’à la grande Voie de l’ initiation .
Mais le temps vint où les candidats ne purent plus quitter à volonté leur corps physique, et l’on dut ensuite faire usage d’une autre méthode. On plongeait alors le néophyte dans un sommeil magnétique ou hypnotique eu le touchant avec ce que dans la Grèce antique on appelait le Thyrse. C’était une baguette qui, à l’origine, était pleine de feu vivant, et dont l’attouchement, brisant de suite les liens qui sont entre les véhicules inférieurs et lès véhicules supérieurs, permettait à l’esprit de fonctionner librement à l’intérieur de son véhicule subtil et d’y avoir la pleine conscience de cette vie supérieure.
C’est ainsi que parfois l’on peut voir sur une fresque ou une sculpture anciennes un prêtre debout, tenant en sa main une verge surmontée d’un cône; c’était l’une des formes de la Baguette du Pouvoir alors en usage, et on la passait le long de la colonne vertébrale jusqu a l’endroit ou cette dernière pénètre dans le crâne.
A mesure que la verge ardente suivait, en remontant, la colonne vertébrale, le corps subtil se repliait sur lui-meme et suivait graduellement la baguette dans son ascension, jusqu’au moment où celle-ci, en touchant la tète, laissait s'échapper le coprs subtil par le crâne et le libérait de façon à pouvoir atteindre aux mondes supérieurs. Plus tard encore, ce pouvoir fut perdu aussi, et le monde continua sa descente
dans les profondeurs de la matière. Seuls les pouvoirs de la vision et de l'audition astrales demeurèrent disponibles, et Ion instruisit les candidats en leur montrant des tableaux animés, modelés dans la matière subtile, qui représentaient les réalités des autres mondes. Le monde subtil n’était alors plus parcouru effectivement ; seul un tableau de ce monde était montré au néophyte — mais c’était un tableau animé, fournissant beaucoup d’informations, et, même de nos jours, cette méthode d'enseignement est communément employée. Lorsque les tableaux animés composés par les grands Instructeurs sont ainsi montrés, on y trouve la reproduction de l’histoire du passé ; c’est ainsi que lorsque la grande œuvre de la construction des mondes est représentée dans la matière subtile du plan astral, le disciple étudie ce tableau à mesure qu’il se déroule devant lui, et comprend, mieux que par des mots, combien est réelle cette histoire du passé.
En descendant davantage encore plus bas, nous voyons que ce pouvoir futlui-mème perdu par les proficients des Mystères, et nous arrivons à un stade que vous trouvez mentionné par les auteurs grecs, stade où ce qui devait être enseigné était montré, en des scènes représentées dans notre monde physique, l’instruction n’étant alors plus donnée dans les mondes subtiles mêmes par des tableaux animés. C'étaient simplement alors des hommes qui étaient exercés à jouer des scènes servant de complément aux leçons qui devaient être apprises par les néophytes ; le monde astral était représenté
par une scène dramatique où des animaux symbolisaient les passions, et où des hommes vêtus de peaux de bêtes et portant des masques d’animaux entouraient le candidat aux Mystères en essayant de l’épouvanter et le faire reculer. De sorte que si le néophyte conservait au fond de lui-même un germe de vice, cet ennemi intérieur tapi dans la citadelle du mental répondait à la menace extérieure que lui faisait l’acteur représentant le vice, et l’homme, terrifié, voyant le vice manifesté pour ainsi dire dans une forme extérieure, reculait, et, n’osant faire face à son ennemi, ne réussissait pas à venir à bout de cette épreuve destinée à juger de sa pureté de Candidat.
Ces Mystères se continuèrent ainsi jusqu’à l’avènement du Christianisme,, et si vous lisez les livres chrétiens de la première heure, notamment les écrits des Pères de l’Eglise, vous pourrez en trouver la trace chez ceux d’entre eux qui étaient les disciples des Apôtres euxmêmes, ainsi que chez les auteurs qui leur succédèrent. Lisez saint Clément d’Alexandrie, lisez les œuvres d’Origène telles que nous les possédons, et vous verrez qu’aux débuts du Christianisme il existait des Mystères — les véritables Mystères de Jésus — comparables dans une certaine mesure à ce qui avait existé dans les temps plus antiques.
Il y avait effectivement aussi, aux premiers temps du Christianisme, deux genres d’instruction :
D’abord, les enseignements en possession de ceux qui, ainsi que le déclarent Origène et saint
Clément, avaient été instruits oralement dans les enseignements secrets donnés par le Christ lorsqu’il vivait et œuvrait parmi les hommes. Vous vous souviendrez qu’il avait dit à Ses Apôtres: — « Il vous est donné de connaître les Mystères du royaume de Dieu, mais, pour ceux du dehors, tout est traité par des paraboles » (Marc, i, H). Et l’Eglise se contente actuellement de paraboles, et 11e semble pas s’apercevoir qu’il lui manque les enseignements intérieurs expliquant les Mystères de Dieu. Ces connaissances, qui élaient perpétuées par la tradition, que des générations successivesd'hommes dignes et saints se transmettaient oralement, ces connaissances constituaient dans les Mystères les premiers enseignements, les enseignements dont Origène disait qu’ils avaient été donnés en secret par le Christ à Ses propres disciples. Puis, il y avait en outre de plus hauts Mystères où les secrets des mondes supérieurs étaient enseignés — non plus par des lèvres humaines, mais par des lèvres surhumaines, et l’on peut trouver dans saint Ignace d’Antioche — à moins que ce ne soit dans saint ïrénée — la déclaration que dans ces Mystères chrétiens de la première heure les instructeurs étaient des anges, des êtres surhumains venus auprès des individus qui, après avoir reçu oralement la connaissance transmise, avaient été jugés dignes de recevoir cet enseignement supérieur des anges mêmes et de venir en contact direct avec les habitants des mondes subtils. La même chose avait eu lieu — ai-je déjà dit — en Grèce et en Egypte, où ceux que les chrétiens ap-
pellent des anges, mais auxquels les religions plus anciennes donnent le nom d'êtres brillants (Dèvas), étaient les instructeurs qui révélaient les mystères des mondes supérieurs.
Tout autant que dans n’impoite quelle religion ancienne, il y avait donc dans le Christianisme primitif des Mystères derrière le culte extérieur. Les hommes étaient baptisés dans l’Eglise chrétienne, ils passaient ensuite parla Communion, et utilisaient ainsi les formes extérieures laissées par le Christ pour aider les croyants. Mais vous vous rappellerez peut-être que saint Paul avait dit : « Mous prêchons la sagesse parmi les parfaits » (Corinthiens, 11, 6). 11 déclarait aussi ne pas donner renseignement supérieur à ceux qui, bien que baptisés et admis à la communion, étaient encore selon son expression « des enfants en Christ ». Mais tout cela disparut, pas entièrement cependant, car les véritables Mystères subsistèrent toujours, quoique avec cette différence, tout au moins dans l’occident, qu’il n’y eut plus de route ouverte pour mener vers eux. Il n’exista plus, en effet, d’écoles intermédiaires où les hommes et les femmes pussent recevoir l’instruction; il ne resta que la tradition pour témoigner que de tels Mystères existaient ou avaient existé, et ce n'était que de temps à autre qu’un homme, ayant été instruit personnellement et individuellement dans ces choses, devenait assez fort pour se frayer un chemin jusqu’à ces Mystères à jamais existants qui sont dans les mains de la véritable Fraternité des Maîtres de Sagesse. Cependant il y avait encore çà et là quelques
centres d’étude de ce genre. Vous pouvez en reconnaître la trace à travers la littérature ancienne et dans celle du Moyen Age, et je puis vous faire connaître un mot qui est une clé parce que vous le rencontrerez souvent sans peut-être savoir exactement ce qu’il signifie. Lorsque, parmi des livres anciens, vous en trouverez un désigné sous le nom de Rosaire , sachez que c’est là le nom par lequel se faisaient connaître au cours du Moyen Age les livres secrets, ceux dans lesquels l’alchimiste, l’astrologue et le chercheur en quête de sagesse secrète écrivaient en hiéroglyphes et en symboles les vérités qu’ils connaissaient mais n'osaient pas exposer ouvertement. Car n’oubliez pas que nous parlons, par ces faits-là, du temps des persécutions, du temps où les hommes n’osaient pas dire les choses qu’ils savaient de peur que la religion exotérique ne les brisât et que les connaissances matérielles ne détruisissent la vérité spirituelle. Mais malgré tout on trouvait encore çà et là quelques groupes d’étudiants, de sages, car, même sur la terre, jamais la chaîne ne fut tout à fait rompue. Seulement les hommes ne savaient pas où s’adresser ; ils cherchaient sans cesse et ne trouvaient pas d’instructeurs ; c’est qu’alors ceux qui savaient craignaient de communiquer leur savoir de peur qu’un soi-disant élève ne fut qu’un espion ou un traître, et ne livrât à la mort ceux qui l’avaient instruit.
On connaît la terrible tragédie des Templiers: ils avaient quelque connaissance des Mystères cachés, comme en témoigne le fait que sous la torture il s’en trouva parmi eux qui divul-
guèrent des fragments de connaissances dont on fit état pour les condamner. Vous vous rappellerez comment, par la torture, on fit plus d’une fois déclarer à un Templier qu’en étant initié aux Mystères, il devait marcher sur la Croix, et ceci, cette parole symbolique, fut, par ignorance, peut-être, prise pour une marque d’impiété, et condamnée comme blasphématoire. Et cependant un tel geste signifiait que l’homme mettait sa loi sur la Croix pour qu’elle l’élevât jusqu’à la connaissance, et que si ses pieds y étaient un instant posés, ce n’était qu’atin que la Croix qui les portait ainsi l’élevât jusque vers un milieu plus pur, là où quelques-uns des mystères inférieurs étaient révélés.
La grande Société de la Franc-Maçonnerie est un organisme qui a subsisté depuis ces jours où disparurent les Mystères, et elle fut, au début, un des canaux du symbolisme, bien que la plupart de ses membres actuels ne sachent pas ce qu’ils ont possédé, et ne connaissent, en général, des symboles, que leurs expressions mais non les réalités qu’ils revêtent pour le Sage. Les Francs-Maçons ont conservé en symboles ce qu’ils ont perdu en savoir, afin qu'il puissent, au jour où la connaissance reviendra, porter témoignage qu’elle n’a jamais entièrement disparu sur la terre. Ceux qui font partie de cet ordre comprendront ce que j’entends en disant que marcher sur la Croix n’était point un sacrilège, mais ne représentait que le pas qui faisait franchir le seuil de la connaissance.
En continuant notre revue du passé nous trouvons qu’un jour vint où Christian Rosen-
kreuz arriva d’Orient en Europe pour fonder la Société Rosicrucienne ouvertement connue. Je dis « ouvertement» parce qu’elle est mentionnée dans l’histoire, bien qu^‘ les ignorants puissent penser que c’est là un mythe et non un fait historique, oubliant que souvent le mythe et la légende sont l'histoire d’une grande vérité qu’ils recouvrent. Christian Rosenkreuz était un disciple de la Sagesse et avait été envoyé par la Grande Fraternité pour rallumer en Europe le flambeau de la connaissance; ce fut de cette première Société Rosicrucienne que sortirent les douze Frères qui posèrent de nouveau en Europe les bases de la science, qui y amenèrent l’alchimie par laquelle la chimie fut rendue possible, qui enseignèrent l’astrologie d’où découla l’astronomie, et établirent ainsi les bases sur lesquelles reposent les connaissances modernes. La véritable connaissance commence en effet dans les régions supérieures pour descendre dans le monde matériel, et ne prend pas naissance dans le monde inférieur pour s’élever dans les régions subtiles. Ce fut donc de ce jour que la science commença à refleurir en Europe, et qu’il devint possible à la connaissance de s’étendre graduellement et lentement. Vous pouvez suivre la trace de maintes Sociétés secrètes, toutes rattachées les unes aux autres, bien que portant des noms différents, et toutes dispensant un même enseignement, dont le but était de préparer l’Europe afin que les Mystères y pussent être restaurés un jour dans leur forme la plus large et la plus effective.
On arrive ainsi au xvu6 et au xviii6 siècle, où
vous trouvez le persounage mystérieux qu'était le Comte de Saint-Germain travaillant avec notre ancien instructeur H. P. Blavatsky, alors membre d’une grande famille autrichienne qui porte en core le nom de Zimsky. On vit alors ces deux frères, disciples de la Grande Loge, travailler la main dans la main afin que l’Europe pût croître en connaissances. Puis on fut arrêté par une barrière qui fut alors élevée parce que les disciples en charge tentaient de modifier par la connaissance l’état de choses existant, et que la connaissance tombait alors entre les mains de gens non encore prêts pour la recevoir. En effet, la lamine dans le peuple, la misère des nations, la tyrannie, la souffrance et la corruption tant dans l’église que dans l’état, tout cela se trouva être trop pesant pour les instructeurs qui dans le monde essayaient de guider les hommes vers la connaissance; et la grande explosion de la dévolution Française fit jaillir des flots de sang qui mirent fin à la continuation de l’enseignement sous la forme intérieure qu’il affectait. Et malgré cela, çà et là, certains individus reçurent quand même encore cet enseignement, jusqu’au jour où les deux précédents instructeurs, frères déjà dans le passé, purent reprendre leur œuvre sur une grande échelle.
Ce qui avait échoué au xvine siècle, fut en effet, de nouveau tenté au xixe siècle, dans d’autres conditions, et les bases de la Société Théosophique furent posées et affermies par eux ; l’un demeurant caché — car il était parvenu à la Maîtrise et il ne travaillait plus ouvertement parmi les hommes ; l’autre étant cette noble
femme russe, H. P.Blavatsky, à laquelle la Société Théosophique doit sa fondation et doit encore en grande partie sa vie. Alors commencèrent les premiers préparatifs pour la restauration des Mystères. Et le frère qu’un Maître a appelé : — « le Frère que vous connaissez sous le nom H. P. B., mais nous sous un autre nom », ce frère, en établissant au sein de la Société Théosophique une Ecole préparatoire, commença à poser les fondations des Mystères qui plus tard seront pleinement rétablis parmi nous.
C'est alors, en fait, que pour la première fois, depuis que les Mystères avaient disparu de l’Europe, la véritable Voie fut montrée par où les hommes peuvent avancer. Et notre Société Théosophique, en indiquant le chemin vers les Maîtres qui l’ont fondée et vers l’Ecole créée par Leur messager, fait aussi voir le chemin que l’élève peut commencer à suivre jusqu’à ce qu’il parvienne au Portail des Mystères véritables. L’existence de la Voie est de nouveau proclamée, et les Instructeurs sont prêts à dispenser l’enseignement...
Une fois de plus retentit parle monde entier la parole que l’on peut lire dans les Ecritures Hindoues : — « Eveille-toi , lève-toi , cherche les grands Instructeurs et fais attention , car la route est étroite et affilée comme le tranchant d'un rasoir. » Ce cri a de nouveau retenti, et il y a des oreilles pour entendre, des lèvres prêtes à répondre. C'est ainsi qu’à notre époque, de nos jours même, parmi les nombreuses nations de ce monde mortel, il se trouve des Disciples , des disciples qui reçoivent l’enseignement, afin
qu’il soit graduellement possible de rétablir les Mystères et de les faire redevenir ce qu’ils étaient dans le passé, des Portails conduisant aux véritables Mystères placés sous l’autorité directe de la Grande Fraternité.
C’est en cela que vous trouvez le côté intérieur de ce grand mouvement auquel appartiennent tous les membres de la Société théosophique, et, si vous jetez un regard sur le monde extérieur, vous verrez que, de bien des façons et dans bien des directions, des forces jaillissent vers l’extérieur pour préparer les esprits, en général, à une conception plus haute et plus spirituelle de la vie, à une conception plus profonde de la nature humaine, et par conséquent plus exacte. Car vous ne devez pas penser que l’influence des Maîtres soit confinée dans les limites de. la Société Théosophique. Celle-ci est Leur Messager dans le monde, le vaisseau qu’ils ont choisi et dans lequel Ils ont déversé Leur Vie. Mais c’est dans une bien plus large carrière que Leur vie s’étend sur le monde, et il en est de cette Vie comme de l’eau que vous pouvez recueillir dans un réservoir, pour la distribuer au loin parmi les gens qui en ont besoin. Car de même que la pluie des nuages tombe sur tout le sol qui se trouve en dessous et non pas uniquement dans le réservoir fait pour en recueillir une partie, de même la Vie des Maîtres se déverse sur le monde entier, bien qu’elle soit concentrée dans le réservoir qu’est la Société Théosophique.
C’est notre titre de gloire que de savoir comment nous travaillons, c’est notre privilège d’être des collaborateurs conscients dans l’exécution
du Plan que les Maîtres travaillent à faire aboutir sur notre terre. Mais nous ne devons jamais Leur assigner de limites, ni en assigner à Leur puissance, non plus qu’à Leur amour ou à Leurcompassion, et Ils peuvent d’où il Leur plaît faire venir à eux les hommes, bien qu’aujourd’hui une roule libre soit indiquée, par laquelle sûrement on parvient à Les trouver.
Aussi, mes amis, ayant reçu l’ordre de dire ces choses à toutes les nations de la terre, et en vous parlant, à vous tous qui êtes membres de cette Société Théosophique dont Ils se servent dans le monde inférieur, je puis vous dire combien grandes sont les possibilités qui se dévoilent à vous, combien larges sont les voies de progrès qui s’ouvrent aujourd’hui devant vous. Il est vrai que vous pouvez entrer dans la Société Théosophique sans croire à l’existence des Maîtres de la Sagesse. Il est vrai que, pour èlre admis parmi nous, vous n’avez besoin d’accepter &u cune doctrine, soit celle de la réincarnation, du karma ou quelque autre que ce soit. Le fait est vrai ; mais il est également vrai que ceux qui savent, ceux qui sont envoyés pour faire le travail actuel, ceux-là ont le droit de parler de ce qu’ils savent, et de répéter dans le monde inférieur ce qu’ils ont entendu dans les mondes qui sont au delà du monde physique.
C’est ainsi que la route est libre. Le portail extérieur est grand ouvert, et tous ceux qui le
veulent peuvent y entrer. Mais, en ce qui concerne les Mystères, il n’en est pas ainsi. « La porte est étroite et le chemin est étroit qui mène à la vie éternelle , et il y en a bien peu qui le trouvent » (Mathieu vu, 14). Il y en a peu à présent, mais il y en aura un nombre de plus en plus considérable à mesure que les années s’écouleront; il y en a peu aujourd’hui, mais leur nombre s'accroîtra grandement pendant les joursqui vont suivre.
Car de grandes forces s’épanchent sur notre monde ; les portes du monde céleste sont ouvertes, et la vie ainsi que la puissance se déversent sur le monde des hommes. Il est heureux pour vous que votre karma vous ait fait naître en ces jours propices, il est heureux que vous y viviez ; mais ce serait mille fois plus heureux, si, en vous, s’éveillait l’intuition, cette voix de l’Esprit qui parle, afin que vous puissiez répondre à l’appel des Maîtres et vous frayer un cheminjusqu’à Leurs pieds.
Annie BESANT.