Orphée et les Orphiques
L'œuvre d'Orphée et des Orphiques a souvent été célébrée chez les Grecs.
Le premier témoignage direct que nous ayons sur Orphée est celui d'Hérodote, et nous ne pouvons en avoir de plus ancien, puisque aucun ouvrage grec en prose antérieur à Hérodote n'a subsisté.
Hérodote, mentionnant les usages égyptiens d'après lesquels on ne doit pas entrer dans un temple avec des vêtements de laine, affirme :
« En cela les Égyptiens sont d'accord avec les coutumes dites Orphiques et Bachiques, mais qui sont aussi égyptiennes et pythagoriciennes ^. »
Par là Hérodote veut sans doute dire ceci : la proscription des vêtements de laine dans certaines conditions se retrouve
1. ôixoXoyIoucc Se TaOta Toîfft 'Opstxoîffc xaXeoftévotffi xal Qaxxi'Koiai, lovai Sï AÎYUTCT^ocat xa\ nuOaYops(oi(Tt (Hérodote, II, 81}.
38 MYSTÈRES d'Eleusis
dans les cérémonies instituées par Orphée ou les Orphiques, et dans les cérémonies célébrées en l'honneur de Bacchos; mais elle vient d'Egypte et a été d'autre part adoptée régulièrement par les Pythagoriciens.
D'autres auteurs i, en grand nombre, ont insisté sur les rapports d'Orphée avec les Mystères.
« Orphée a montré les flambeaux des mystères indicibles » (Euri- ' pide, Rhésus, 943-944);
(( Perséphone qui honore ceux qui aiment paraître fils d'Orphée » (Euripide, Rhésus, 966);
« Orphée nous montra les téléiés ^ et nous apprit à nous abstenir de meurtres » (Aristophane, Grenouilles, 1032);
« Orphée qui trouva les téléiés mystérieuses de Bacchos, et fabriqua le vers qui est joint au pied héroïque, qui, par sa lyre, charma la pensée lourde de l'Illustre, de l'Inflexible, et son ardeur inexorable » (Damagetus dans l'Anthologie Palatine, VII, 9);
« Orphée a trouvé les Mystères de Dionysos » (Apollodore, 1, 3, 2, 3);
« Aussi les téléiés apportées par Dionysos ont-elles été appelées téléiés Orphiques » (Diodore, II, 65, 6);
« Orphée en vint à un haut degré de puissance, car il avait la réputation d'avoir trouvé les télétés des dieux, les purifications des actes criminels, les guérisons des maladies et la conjuration des ressentiments divins » (Pausanias, IX, 30) ;
« Orphée vous enseigna à pratiquer et à chanter la poésie; le même vous apprit à recevoir l'initiation » (Tatien, Discours contre les Grecs, 1);
« Homme qui acquit la plus haute autorité et qui avait appris beaucoup de Mystères » (Suidas, au mot Orphée).
Platon et l'historien Philochoros ont des affirmations sur le même point ^.
Souvent les auteurs précisent que ce sont les Mystères de Dionysos qu'Orphée a montrés aux Hellènes *; ou bien que ce sont les Mystères de Dionysos qu'il a apportés en Grèce ^,
Parfois ils disent qu'Orphée a enseigné les Mystères
1. Voir un recueil de textes traduits en espagnol dans Fausto Ferez, Las Leges naiurales g los Dioses, Montevideo, 1934, p. 57.