‹ Les mystères d'Éleusis [microform]Chapitre 98 sur 290 · Platon, Phèdre, 250 c · texte numérisé non relu

Platon, Phèdre, 250 c

5. Holoclère signifie littéralement : qui a reçu tout l'héritage. Le mysie est le simple initié, Vépopîe est celui qui est du degré supérieur à celui du simple myste.

116 PRINCIPE DE l'initiation

En affirmant que des âmes, avant la naissance, ont été dans le même état que les mystes, époptes, holoclères, Platon admet implicitement que les mystes, époptes, holoclères, reviennent, grâce aux cérémonies mystérieuses des initiations, à un état de perfection tout pareil à celui qui existe pour l'homme avant sa naissance, et doit exister de nouveau après sa mort. Il reconnaît que l'initié ressemble à celui qui est débarrassé du corps (l'organe osiréique) et de ses influences, et que l'initié du grade qu'il envisage se livre à des transports sacrés, n'a plus aucune crainte, est dans une clarté pure...

Inversement la mort se compare à une initiation :

« Il faut se purifier au moment de la mort comme lorsqu'on est initié aux Mystères, affranchir son âme de toute mauvaise passion, en calmer les emportements, en bannir l'envie, la haine, et la colère, afin de posséder la sagesse quand on sort du corps ^. »

Mais l'initié ressemble au philosophe. Or philosopher c'est s'appliquer à mourir :

« Ceux qui s'attachent bien à la philosophie se trouvent, sans que les autres s'en aperçoivent, s'appliquer à mourir et à être morts » (Platon, Phédon, 64 a). '

Marc-Aurèle assimile la sagesse à la mort :

« Ce que je suis, c'est de la chair, un souffle, et la partie directrice... Comme si tu mourais déjà, méprise les chairs, qui sont de la boue, des os, un réseau entrelacé ^ de nerfs, de veines, d'artères... » [Pensées, II, 2).

Porphyre dit, en d'autres termes :

« L'âme se lie au corps par le fait qu'elle se tourne vers les passions qui viennent du corps; elle se délivre quand elle se rend insensible à ce qui vient de lui » {Pensées, 7).

Il parle de deux morts, la mort naturelle et la mort de l'initiation :

1. Porphyre, d'après Bouillet, traducteur de Plotin, Ennéades, t. Il; p. 579, et t. I, p. LVII, n. 4.

2. Marc-Aurèle a des expressions qui ont une forte analogie avec celles d'Aristide Quintilien, citées plus haut, p. 100.

l'ame humaine 117

(( La mort est double : l'une, connue de tous, a lieu quand le corps se détache de l'âme; l'autre, celle des philosophes, quand l'âme se détache du corps » {Pensées, 9).

Macrobe distingue pareillement la mort naturelle et la mort aux voluptés corporelles, aux désirs et aux passions, qui constitue la philosophie :

a L'homme meurt quand l'âme quitte le corps détaché par la loi de la nature. On dit aussi qu'il meurt quand l'âme, encore établie dans le corps, méprise les voluptés corporelles en suivant l'enseignement de la philosophie, et qu'elle se dégage de tous les pièges agréables tendus par les désirs, et de toutes les autres passions... Cette mort, Platon dit que les sages doivent la rechercher; mais l'autre, que la nature a établie pour tous, il défend qu'on la force ou qu'on l'apporte, ou qu'on aille la chercher » (Macrobe, Comment, sur le Songe de Scipidn, I, 13, 6-8).

Sénèque s'écrie :

« La route vers les dieux d'en haut est plus facile pour les âmes qui ont quitté très tôt la fréquentation des hommes ^; en effet elles ont attiré moins de boue et de pesanteur : avant d'être toutes recouvertes, et de recevoir trop profondément les influences terrestres, délivrées, plus légères, elles revolent vers leur origine, et se lavent plus facilement de tout ce qui les imprègne et les salit. Et jamais les grands esprits n'aiment s'attarder dans un corps. Ils veulent sortir et s'évader, ils supportent avec peine cette vie étroite, ils errent par toutes les hauteurs, habitués à considérer de haut les choses humaines. Voilà pourquoi Platon s'écrie : Le sage a toute son âme tendue vers la mort; il la veut; il la prépare; et, la désirant sans cesse, il tend vers les hauteurs » {Consolation à Marcia, 23).

Page 1