‹ Les mystères d'ÉleusisChapitre 182 sur 300 · Aelius Spartanus, Hadrianus · texte numérisé non relu

Aelius Spartanus, Hadrianus

2. L'expression Eleusinia sacra suscepit signifie, non pas qu'Adrien fut initié, mais qu'il prit la direction de la religion éleusinienne.

ter étendue dans (cette matière) jusqu'à ce qu'elle coure vers le haut et arrache sa vue du borboros; et cette chose-là c'est, une fois qu'on est venu dans l'Hadès, y sommeiller » (Plotin, I, 8, 13).

Les mystes quittent le borboros dans lequel ils étaient ensevelis. Ils se lavent et se purifient.

« L'âme impure, se laissant emporter de tous côtés par dés tiraillements vers ce qui tombe soUs les sens, ayant l'élément corporel tout à fait mêlé à elle, cohabitant avec la matière qu'elle a admise en elle dans une forte proportion, a pris une autre forme par le mélange qui l'unit au pire. Tel un homme qui, enfoncé dans la boue ou le borboros, ne laisserait plus voir la beauté qu'il avait auparavant, mais montrerait seulement ce qui s'est collé à lui de la boue et du borboros. Sa laideur lui est venue par l'addition d'un élément étranger. S'il veut redevenir beau, il lui faut se laver et se purifier » (Plotin, Ennéades, I, 6, 5).

Et se dégager du borboros signifie, pour le myste, qu'il se délivre de la matière :

« Comment fuir? — On ne fuit pas dans le lieu, dit-il, mais en acquérant la vertu et en se séparant du corps et aussi de la matière; car celui qui est avec le corps est avec la matière » (Plotin,

Les mystes comparaissent devant une sorte de tribunal. Ils sont jugés, châtiés, puis purifiés.

« Il y a jugement, châtiment, purification des âmes » (Jamblique, De tAme, 16, dans Plotin, traduction française de Bouillet, t. III, p. 658)v

« Lorsque les trépassés arrivent dans le lieu où leur démon les conduit, d'abord ils subissent un jugement » (Platon, Phédon, 113 d).

Suivant le Gorgias (523 a et suiv.), les âmes, nues de tout, arrivent devant des juges nus. Rhadamanthe, Éaque et Minos jugent dans la prairie, au carrefour d'où partent les deux routes, celle qui va vers les îles des Bienheureux, celle qui va au Tartare. Sur les âmes, dépouillées de leurs corps, se voient les caractères naturels et ce qui résulte des occupations de la vie. Rhadamanthe, Éaque et Minos jugent d'après cela. Les juges envoient les unes au Tartare, après avoir marqué celles qui peuvent guérir et celles qui ne le peuvent pas, les autres vers les îles des Bienheureux.

Et le Calaplous de Lucien raconte, en termes comiques, un jugement de même sorte, avec appel du justiciable, réquisitoire d'un accusateur, examen des souillures qui peuvent rester dans

l'âme, décision de Rhadamanthe, qui envoie les bons vers les îles des Bienheureux, les mauvais vers le Puriphlégéthon ou vers Cerbère (Calaplous, 24, 25..., 28).

Il y a des châtiments.

« Et toi là-bas, dit Socrate dans le Gorgias (527 a), tu resteras bouche bée et tu cligneras des yeux comme moi aussi, et peut-être quelqu'un te frappera-t-il à la tempe outrageusement et te couvrira-t-il de boue ».

Dans un roman d'Achilles Tatius (V, 23), il est raconté comment un mari survient à l 'improviste et malmène celui qu'il trouve attablé chez lui avec sa femme et d'autres : « Il bondit, et me donne à la tempe un coup tout plein d'ardeur. Il me tire par les cheveux, me précipite à terre, et, se jetant sur moi, me roue de coups. Moi, comme dans un Mystère, ignorant qui était l'homme et pourquoi il me frappait, mais soupçonnant qu'il arrivait quelque chose de mauvais, je craignais de me défendre, bien que je l'eusse pu. »

Les mystes reçoivent une purification avant de monter vers la lumière.

Le texte de Jamblique, cité plus haut, note bien cette purification.

Olympiodore relève une allusion à cette purification dans le Phédon de Platon :

« Il attribue au lieu Achérontien une puissance purificatrice. Or il faut supposer cette puissance double, corporelle et incorporelle. Et en effet, ici aussi, la puissance des purifications est double » (Sur le Phédon, édition Norvin, p. 202, 27).

En effet Platon avait dit :

« Lorsque les morts arrivent vers le lieu où le démon conduit chacun d'eux, tout d'abord ceux qui ont eu une vie juste et sainte, et les autres, subissent un jugement. Ceux qui paraissent avoir mené une vie moyenne, naviguant sur l'Achéron, montant sur ce qui était leur char, arrivent vers le lac, et demeurent là un certain temps, puis, se purifiant et subissant la peine de leurs injustices, ils se délivrent, et emportent le prix de leurs bonnes actions... Ceux qui paraissent inguérissables vu la grandeur de leurs fautes... la destinée les jette dans le Tartare, d'où ils ne remontent plus. Ceux qui ont fait des fautes guérissables, mais considérables... doivent tomber dans le Tartare, mais, quand ils y sont restés un an, le flot les rejette...; ils crient et appellent ceux qu'ils ont tués ou violentés, et, les ayant appelés, ils les prient et les supplient de les laisser aller vers le lac... et ils ne cessent pas de souf-

f rir ces tourments avant d'avoir persuadé ceux auxquels ils ont fait du tort... » (Platon, Phédon, 112 d).

Il est probable que pendant la partie de l'initiation qui comporte les châtiments et la purification, les mystes voient une représentation symbolique de morts traités suivant les mérites de leurs vies.

Les mystes boivent l'eau du Léthé qui va leur permettre d'oublier l'existence corporelle.

En effet, dans les mythes grecs, le Léthé est souvent joint à Thanatos, c'est-à-dire que la Mort est suivie par l'Oubli : on le voit, par exemple, dans un hymne orphique (LXXXV, 84, édition Hermann).

Dans le Caiaplous de Lucien (chap. 28), les morts boivent l'eau du Léthé.

Les initiés montent en courant, arrivent en haut vers les lieux illuminés, reçoivent de nouveaux vêtements, se joignent aux initiés, et entrent dans le cortège qui suit le dieu.

« Telle est la chute de l'âme... jusqu'à ce qu'elle puisse courir vers le haut » (Plotin, I, 8, 14).

« Quant aux beautés qui sont plus loin, dit Plotin, beautés que la sensation ne peut voir, que l'âme voit et dit sans organe des sens, il faut les contempler en montant, après avoir laissé la sensation pour qu'elle reste en bas » (I, 6, 4).

« Il faut donc remonter vers le bien auquel toute âme aspire, dit encore Plotin. Si quelqu'un l'a vu, il sait ce que je dis, comment il est beau. Il est désirable comme bien, et le désir tend vers lui. Mais pour l'obtenir, il faut monter vers le haut, se tourner, se dépouiller de ce que Ton avait en descendant; de même que ceux qui montent vers les sacrés d'entre les Mystères se purifient, déposent leurs vêtements d'auparavant, et montent nus, jusqu'à ce que, ayant dépassé dans la montée tout ce qui est étranger au dieu, on voie seul à seul, isolé, simple, pur, l'être dont tout dépend, que tout regarde, par qui tout est, vit et pense; car il est cause de la vie, de la pensée' et de l'être. Si quelqu'un le voit, quel concours il aurait, quels désirs, voulant se confondre avec lui, quelle stupeur mêlée de plaisir!... » (I, 6, 7).

« Reçois l'initiation, va, monte sur la place, prends les biens et tu ne désireras rien autre de plus grand » (Maxime de Tyr, Disseri., II, 245 =XXXIX, 3).

Les initiés prennent de nouveaux vêtements. Ces vêtements qu'ils revêtent lé jour de l'initiation, il semble qu'ils doivent les

porter ensuite le plus longtemps possible : d'un passage d'Aristophane (Plutus, 845), il ressort en. effet que ces vêtements sont consacrés aux déesses une fois usés, et l'historien Mélanthius (Fragm. Hislor. Graec, IV, p. 444) confirme la chose.

« De même, dit Plutarque, que ceux qui reçoivent l'initiation, tout d'abord s'avancent, pressés les uns contre les autres, avec du tumulte et des cris; mais lorsque les choses sacrées se font et se montrent, ils prêtent attention dans la crainte et en silence; ainsi au début de la philosophie et autour des portes tu verras un grand tumulte et de la hardiesse et du bavardage, quelques-uns se pressant grossièrement et sauvagement vers l'opinion; mais celui qui est parvenu à l'intérieur, et qui a vu une grande lumière comme lorsque s'ouvrent les anaciora, ayant reçu un autre vêtement, en si!ence, plein d'admiration, suit, humble et paré, la raison comme le dieu » (Du progrès dans la vertu, 10).

Les mystes, dans leur ascension, dépassent « tout ce qui est étranger au dieu », comme dit Plotin dans le texte qu'on vient de lire. Ils arrivent près du dieu. Le sanctuaire s'ouvre pour eux, et ils suivent le dieu; en même temps ils reçoivent la lumière qui leur est envoyée du haut des anactora *, et deviennent pareils à cette lumière 2.

L'ascension des mystes vers le sanctuaire, où ils vont suivre le dieu, symbolise la renaissance et l'arrivée à la perfection ; en effet l'âme est mauvaise quand elle est unie au corps et les passions tiennent au corps et à la matière; l'âme redevient bonne quand elle se sépare du corps et de la matière, et voilà pourquoi la vertu consiste dans la purification. Sur ce point encore Plotin traduit en langage philosophique le rituel religieux :

« Il s'agit de laisser en bas et à part non seulement ce corps, mais tout ce qui y est attaché » (Plotin, I, 1, 12).

« Comment pouvons-nous appeler les vertus des purifications, et comment, ayant été purifiés, devenons-nous semblables (au dieu)? — L'âme est mauvaise quand elle est mêlée au corps, subissant les mêmes passions, ayant les mêmes opinions; elle est bonne et vertueuse si elle ne partage pas les mêmes opinions,

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