‹ Les mystères d'ÉleusisChapitre 235 sur 300 · Voir plus haut, p. 65, par exemple · texte numérisé non relu

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« Puissé-je arriver vers le rivage où est la semence des fruits, accomplissant la route des chantres; vers le lieu où Celui qui veille dans la mer aux eaux empourprées, ne fournit plus de route aux navigateurs, rencontrant la borne vénérable du Ciel, que tient Atlas; vers le lieu où les sources d'immortalité tombent des foyers de Zeus, près des couches où le sol donneur de vie, le sol très divin, fait croître la félicité pour les dieux » (Euripide, Hippolyte, 741- 752).

Il semble bien qu'il y ait là une idée analogue à celle qui a été exprimée plus clairement par d'autres auteurs et que le chœur veuille dire en somme : puissé-je mourir et aller chez les dieux bienheureux pour y jouir d'une dignité éminente.

Dès lors nous pouvons penser que le saut accompli à Leucade est un acte rituel, accompli dans une initiation, puisque la mort ressemble à une initiation *.

D'autre part, le saut de Sappho est représenté dans la basilique de la Porte Majeure; or toute cette basilique a un rapport évident avec certaines initiations, il s'ensuit que le saut de Sappho a une valeur symbolique dans une initiation.

La note de Photius suffirait à déterminer de quelle initiation il s'agit, puisque Photius dit :

« Leucatès : rocher du continent, du haut duquel les prêtres sautent dans la mer. »

Mais le rapport du saut de Leucade avec un amour dont il débarrasse et avec un amour qu'il procure permet bien lui aussi de déterminer quel est le degré d'initiation dont il s'agit

En effet Platon2 déclare que l'âme doit arriver vers le lieu où « égarement, déraison, terreurs, sauvages amours, et tous les autres maux de la condition humaine cessent de lui être attachés. »

1. Suivant certains auteurs modernes, le saut de Sappho à Leucade aurait été inventé par la comédie : voir A. W. Schlegel, Ueoer dramal. Kunst und Litler., t. I, p. 376; F. G. Welcker, Sappho von einem herrschenden Vorurtheil befreil, p. 97 et suiv.

2. Platon, Phidon, 81 a, cité plus haut dans ce même chapitre.

Mais il est un amour pur, un amour supérieur, que doit acquérir le philosophe.

Cet amour, propre aux hommes de bien, amour par lequel ils poursuivent les jeunes hommes beaux et bons, est loué par Socrate, chez Xénophon, par Platon, par Plutarque; il est représenté dans les Mystères *.

Peut-être, en fin de compte, devons-nous admettre que Ton peut parvenir de deux façons vers le lieu supérieur, par une montée, ou par un saut.

Alors le saut serait ce dont il est question dans un passage peu clair de Synésius 2 :

« Ceux qui se sont avancés sur l'autre voie, dite la voie adamantine (admettons en effet que quelques-uns d'entre eux arrivent au terme) ne me paraissent pas avoir marché sur une voie. Comment en effet pourrait-on dire qu'ils ont avancé, puisqu'il n'y a pas progression, ni première étape, ni deuxième étape, ni ordre? Mais leur démarche ressemble à une Baccheia et à un saut, amené par une sorte de délire, et poussé par les dieux, et de même le fait d'aboutir au terme sans courir, et d'arriver au delà du logos sans avoir travaillé suivant la logique. Car l'expérience sacrée ne ressemble en rien à une attention de la connaissance ni à une marche de l'esprit; elle ne ressemble pas non plus à ce qui varie selon les situations; mais, pour comparer une grande chose à une petite, il en va de cela comme de ce que dit Aristote de ceux que l'on initie, qu'ils ne doivent pas apprendre quelque chose, mais éprouver des émotions, et être mis dans certaines dispositions, évidemment après être devenus aptes à les recevoir. L'aptitude elle aussi, d'ailleurs, est irraisonnée, et lorsque la raison ne la prépare même pas, elle l'est beaucoup plus encore. Donc, pour ces hommes, la descente se fait aussitôt après une action de peu d'importance, sans phase intermédiaire, elle les entraîne bien bas, et elle ressemble à une chute, de même que nous avons comparé à un saut la montée vers le haut. Car ceux que le logos n'a pas accompagnés au départ, le logos ne les accueille pas non plus au retour. En effet comment y aurait-il accord entre ces deux choses, tantôt . être en contact avec le Premier, tantôt retourner à des broussailles et des osiers?... Mais la fin où il faut arriver est commune aux deux, et, une fois arrivés, ils ne diffèrent en rien l'un de l'autre ».

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