O. Kern, Orphicorum fragmenta, p. 27 et suiv
ËEUR ORIGINE 39
d'Eleusis. Tel Aristophane dans le texte des Grenouilles, cité ci-dessus. Tel le chrétien Théodoret :
« Les Iélélés des Dionysies et des Panéthénées, et aussi celles des Thesmophories et des Eleusinies, Orphée l'Odrysien les apporta à Athènes; après un voyage en Egypte, il changea les Mystères d'Isis et d'Osiris en ceux de Déo et. de Dionysos : voilà ce qu'enseignent Plutarque et Diodore de Sicile; l'orateur Démosthène en fait mention et dit qu'Orphée leur montra les plus saintes Iélélés » (Théodoret, Guérison des maladies grecques, I, 21).
Dans les cérémonies mêmes d'Eleusis on célèbre Orphée
comme l'inventeur des Mystères. Du moins Proclus nous
l'affirme-t-il :
« Les paroles prononcées par Socrate dans Y Apologie (41 A) prouvent qu'il considère comme ayant une haute valeur la fréquentation, chez HadèsJ des Orphées, des Musées, des Ajax; car il entendait célébrer pai les Mystères d'Eleusis celui qui a trouvé les plus saintes Iélélés » (Proclus, Sur la République, II, 321, 16 Kr. Voir O. Kern, Orphie, frdgm., p. 30).
D'ailleurs, Orphée, dit-on, avait transmis les Mystères à d'autres cités que celle d'Athènes :
« A Lacédémone il y a un naos de Goré la Salvatrice; les uns disent qu'il fut fait par le Thrace Orphée, les autres par Abaris » (Pausanias, III, 13).
« Les Lacédémoniens disent qu'ils vénèrent Déméter chthonienne parce qu'Orphée la leur transmit; dans mon opinion, c'est à cause du sanctuaire d'Hermione que leur vint l'usage de vénérer Déméter comme chthonienne » (Pausanias, III, 14).
« Entre les dieux, c'est Hécate que les Éginètes honorent le plus, et chaque année ils mènent la lélélé l d'Hécate, disant que c'est Orphée qui établit chez eux cette lélélé » (Pausanias, II, 30).
Orphée fut considéré comme un grand poète et un grand musicien — inspiré par Apollon et les Muses, capable, aux accords de sa lyre, de conduire les hommes, charmer les arbres et les rochers, arrêter le cours des fleuves, calmer les emportements des bêtes sauvages —, un habile devin, un grand civilisateur, enseignant l'agriculture, l'art d'utiliser les plantes et de guérir les maladies; un grand philosophe, enseignant l'art de l'écriture, la sagesse, la religion 1.
1. Voir l'article Orphée, signé P. Monceaux, dans le Dictionnaire des Antiquités; O. Kern, Orphicorum fragmenta, Première Partie; W. K. C. Guthrie, Orpheus and Grcelc Religion, p. 25-62.
40 mystères d'éleusis
La tradition rattache au nom d'Orphée les noms de Musée etd'Eumolpe.
Musée passait pour fils d'Orphée; c'est lui qui, suivant Diodore de Sicile l, était à la tête de la iélélé quand Héraclès se fit initier. Le présenter comme « descendant de la lune », ainsi qu'il est fait dans Athénée et dans un poème orphique 2, c'est noter le haut degré auquel il était parvenu dans la hiérarchie religieuse.
Eumolpe semble avoir joué à Athènes, suivant la tradition, un rôle très important.
D'après le marbre de Paros, Eumolpe, fils de Musée, initié par Orphée, avait fait connaître les Mystères 3.
Plutarque 4 dit de lui : « Eumolpe qui, exilé de Thrace, initia et initie les Hellènes », et le scholiaste d'Eschine 6 : « Eumolpe, fils ou disciple de Musée, celui qui trouva les Mystères ».
Suivant Diogène Laërce 6, c'est de cet Eumolpe que descendaient, chez les Athéniens, les Eumolpides, la famille dans laquelle étaient pris les hiérophantes et les dadouques éleusiniens.
Il semble qu'il y ait eu ensuite un autre Musée, fils d'Eumolpe7, puis un Eumolpe, fils de Musée 8...
Les historiens grecs ont peut-être discuté longuement pour savoir quelle était la personnalité de l'Eumolpe qui fonda Eleusis et de l'Eumolpe qui établit les Mystères; mais aucun ne semble avoir nié l'existence d'un Thrace nommé Eumolpe, venu à Athènes 9.
Non seulement la tradition grecque attribue à Orphée l'institution des Mystères, mais elle lui attribue aussi la composition d'hymnes et de poèmes relatifs aux Mystères.
Le plus ancien témoignage sur ce point est celui d'Euripide. D'après la tragédie d'Hippolyle, le jeune héros est venu à Eleusis « pour la vision et l'accomplissement des mystères vénérables (vers 25) et, d'autre part, son père Thésée lui reproche d'avoir Orphée comme chef, de faire le bacchant et d' « honorer les fumées de nombreux écrits » (v. 953-954). Il