‹ Les mystères d'ÉleusisChapitre 55 sur 300 · PENDANT L'ÈRE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

PENDANT L'ÈRE CHRÉTIENNE

Quand la religion chrétienne eut triomphé, quand le temple d'Eleusis eut été détruit par les Goths d'Alaric, et même après que l'école philosophique d'Athènes eût été fermée sur l'ordre de Justinien, la religion grecque antique conserva des fidèles.

Beaucoup de « païens » continuèrent en secret à célébrer les Mystères; et la culture littéraire raviva plusieurs fois les idées religieuses des Anciens jusqu'au moment où ces idées semblèrent ressusciter et même se communiquer à l'Europe occidentale.

Par la Perse, par la Syrie, et par l'empire arabe, les antiques idées grecques — désormais confondues avec celles de l'Egypte ou de la Perse ancienne, mais parfois singulièrement fortes — passèrent jusqu'en Espagne et de là en France, ou jusqu'en Sicile et de là en Italie.

Des associations professionnelles,suivant la mode antique, purent sans doute se maintenir jusqu'au moment où elles reçurent de nouveaux appuis.

Souvent, du reste, les idées grecques subsistèrent sous des dehors chrétiens.

Et tout cela constitue un chapitre important dans l'histoire de l'humanité — mais que l'on ne saurait traiter ici — .

Nous pouvons nous contenter de noter brièvement, comme survivance des antiques Mystères, le gnosticisme, d'où semblent issus le manichéisme et les autres «hérésies».

Un lien de parenté unit en effet les différents systèmes, qui fleurirent aux premiers siècles de l'ère chrétienne, et que l'on désigne souvent sous le nom de gnosticisme, avec les différents Mystères, avec Platon, avec Pythagore, avec Orphée.

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Les auteurs chrétiens l'ont souvent affirmé. Par exemple l'auteur des Philosophoumena :

En V, 12, il est exposé que les Péraliques ont un système du monde imité des Grecs et des autres astrologues.

En V, 20, il est dit des Séthianiens ; « Tout l'enseignement de leur doctrine vient des anciens théologiens Musée et Linos et de celui qui a le plus contribué à montrer les télétés et les mystères, Orphée. Car leur doctrine sur la matrice et sur Orphée, et leur omphalos qui est, en terme précis, harmonia, tout cela se trouve dans les Bacchiques d'Orphée. Or ces Bacchiques ont été exécutés et transmis aux hommes avant la îéléié de Céléos et de Triptolème, et de Déméter et de Coré et de Dionysos à Eleusis, à Phlionte dé l'Attique. Car, avant les Mystères Éleusiniens, il y a à Phlionte les orgies de celle qui s'appelle la Grande. Il y a là une pastas et sur cette pastas... »

En V, 23, il est dit que, dans les initiations, Justin emploie les mythes helléniques.

En VI, 21, il est affirmé que la doctrine de Valentin ressemble à celle de Platon, des Pythagoriciens et des Égyptiens (car Platon suit Pythagore, qui suivait les Égyptiens).

En VI, 28, il est dit : « Voilà ce que disent les Pythagoriciens. Les imitant, les hérétiques paraissent à quelques-uns dire de grandes choses. Le démiurge de tout ce qui s'est fait c'est, suivant le logos pythagoiicien, le grand géomètre et arithmète, le soleil : il est fixé dans l'ensemble du monde comme l'âme dans le corps, d'après Platon. Car l'âme, comme le soleil, est feu, et le corps est terre. »

Suivant saint Irénée (II, 14) les Valentiniens ont imité Thaïes, Anaximandre, Anaxagore, Démocrite, Épicure, Platon, Empédocle, Pythagore.

Saint Philastrius affirme : « Valentin ... est plus pythagoricien que chrétien » (Des hérésies, 38).

Tertullien considère les philosophes grecs comme « les patriarches des hérésies » (Prescripl., ch. VI, Contre Hermog., chu VIII), et Platon comme « l'assaisonnement de toutes les hérésies » (De VAme, 23).

Saint Augustin témoigne que Marcion a suivi l'opinion des Égyptiens, d'après lesquels Apis a créé le monde par l'intermédiaire des mauvais anges (Quesl. de V Ancien Testament, III, dans la Pair. lai. de Migne, t. 35, p. 2218).

Plotin, dans le traité qu'il a écrit contre les Gnostiques (Ennéades, II, 9), affirme qu'ils ont imité les Grecs et Platon, mais qu'ils tombent dans l'erreur quand ils suivent leurs propres idées : « les jugements, les fleuves, les choses de l'Hadès, les métenmna-

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toses 1 » ont été empruntés; ils parlent d' « exils, empreintes, repentirs », alors que les Grecs parlaient en termes simples de a montées en dehors de la caverne, s'avançant progressivement de plus en pîus vers la contemplation ».

Les Gnostiques semblent, d'ordinaire, avoir constitué des sociétés secrètes, sur le modèle des sociétés secrètes anciennes avec initiations, serment de garder le silence, livres secrets.

Les Philosophoumena 2 l'affirment :

« Les hérétiques ont des mystères, des initiations..., ils font promettre le secret » est-il dit dans le prologue de cet ouvrage (Pair. gr. de Migne, p. 3017-3020).

En V, 23, il est dit que Justin imite les Ethniques, c'est-à-dire les Gentils,

«... n'enseignant pas, et ne transmettant pas son mystère parfait avant d'avoir enchaîné par un serment l'Errant. Ensuite il présente les mythes pour la séduction des âmes, afin que ceux qui rencontrent le bavardage innombrable des livres aient comme stimulant cette mythologie (de même qu'un homme accomplissant une longue route, s'il rencontre une hôtellerie, paraît se reposer), et afin qu'ainsi tournés vers le grand savoir des lectures, ils n'en viennent pas à la haine, jusqu'à ce que, poussés hors du bon sens par le bruit, aveuglés, ils s'avancent à travers des obstacles vers cette monstruosité inventée par lui; et les ayant enchaînés par un serment terrible, par lequel ils s'engagent à ne rien révéler, et les ayant forcés à déclarer qu'ils ne feront jamais défection, il leur transmet les mystères impies inventés par lui, tantôt, comme nous Pavons dit, employant les mythes helléniques, tantôt employant les livres secrets qui enseignent à peu près les mêmes choses que les hérésies dont nous avons déjà parlé. »

En VI, 4, il est question de Marcus, qui, après le baptême, promet un autre baptême, appelé apoluirosis3, y amenant ses disciples après les avoir bien éprouvés, et même alors leur promettant encore autre chose.

Longtemps plus tard, les Cathares, que les thélogiens catholiques considèrent comme les continuateurs des anciens hérétiques 4, ont des cérémonies secrètes 6.

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