MARAT
Fouquier -Tin ville est l’homme de glace. Marat est l’impétueux, l’homme d’imagination. Voyez le mouvement désordonné de ses d minuscules qui se jettent dans le vide, mais il ne recourbe pas ces d : il n’en fait pas des fioritures indiquant une prétention vaniteuse. C’est un fanatique qui a pris au sérieux son nom d 'Ami du peuple, et qui soutient la théorie du ter-
DE L’ÉCRITURE
rorisme , exactement comme les saints inquisiteurs faisaient brûler de pauvres juifs relaps, pour sauver l’Église.
Rien de plus, rien de moins. Toutes les passions sont les mêmes. Il n’y a pas deux cœurs humains. Le but change, mais les explosions de la passion ne changent pas.
Ne manquons pas de remarquer que l’écriture de Marat a le signe type de la fatalité. La deuxième ligne de l’autographe est assez inclinée : le poignard de Charlotte Corday était indiqué là.
La signature de Marat a une simplicité aristocratique. Il a l’écriture d’une femme généreuse et sensible. Si vous ne comprenez pas ces étranges anomalies , c’est que vous n’avez jamais étudié l’homme psychologiquement. On ne change pas de nature en devenant bourreau. On coupe des têtes, en se dévorant le cœur, si l’on est né sensible. Et il y a des circonstances où l’homme s’est trouvé dans la fonction de bourreau.
Quand on étudie les écritures, on s’attend à trouver à un Marat, à un Robespierre, l’écriture que devraient avoir les tigres et les panthères s’ils pouvaient écrire. On est sous cette impression; et l’on est tout surpris de voir que ces tigres et ces panthères sont des hommes que des passions ardentes ont
agités, qui se sont faits les exécuteurs des hautes œuvres d’une faction sanglante.
C’est cela, rien de plus.
On tient d’un témoin, et ce n’était autre que l’imprimeur qui imprima le fameux rapport de Robespierre sur l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, que Robespierre était parfaitement convaincu que les matérialistes et les athées de la Convention ne lui pardonneraient pas cette éclatante profession de foi spiritualiste qui fut celle de la majorité de la nation. Il dit clairement ces remarquables paroles : « Les brigands, ils veulent ma tête et ils l’auront. » Et il n’en continua pas moins son curieux travail de la correction de ses épreuves. Cet homme, sur le nom de qui sont tombées tant d’exécrations, s’attendait à être victime de sa croyance à l’Etre suprême et à l’immortalité de l’àme.
Robespierre un martyr, le monstre ! quel contraste incroyable !
SIXIÈME SPÉCIMEN
COLLOT D’UERBOIS.
Voici l’adversaire implacable de Robespierre, Collot d’Herbois. C’était un comédien devenu auteur dramatique. Ce billet est un reçu de ses droits d’auteur au théâtre Feydeau.
DE L’ÉCRITURE
Il fut avec Billaud-Yarennes membre du comité de salut public et vota toujours pour les mesures les plus violentes. Il exerça à Lyon des férocités contre celte ville qui s’était insurgée.
Cette écriture date de 1791, avant les grandes fureurs de Collot d’Herbois; mais cet extravagant s’excitait par l’ivresse. Et son écriture, quand il jouait son rôle sanguinaire, devait être accentuée davantage.
Ici nous n’avons que l’auleur dramatique. Chaque mot est gladiolé : ruse. L’écriture est anguleuse : ardeur, activité. Les lettres barrées nous disent l’instinct de despote. L’imagination est mal réglée. Ilécrit somme par un s minuscule d’une longueur inharmonique; il met une majuscule à livres.
Nature vulgaire, horriblement dure, où l’équilibre n’existe plus. Chacun de ces mots est comme un coup de hache qui frappe brutalement.
SEPTIÈME SPÉCIMEN
Après ce furieux, un autre. C’est Chabot.
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Celui-ci avait été capucin et d’une piété exaltée. Ayant adopté les idées républicaines, il les soutint avec la même exaltation. Il allait aux séances de la Convention avec une jaquette, un pantalon grossier et des sabots.
Après toutes ses folies révolutionnaires, il se laissa gagner par Junius Frey, l’un des agents de l’étranger, qui cherchaient h séduire, à force d’or, les révolutionnaires les plus ardents, et avaient pour but d’étouffer la révolution par les mains des hommes les plus populaires.
Junius Frey offrit à Chabot la main de sa sœur et
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deux cent mille francs de dot. Celui-ci accepta, et l’ancien montagnard devint l’instrument passif des desseins de son beau-frère.
N’ayant pu empêcher la loi contre les étrangers, de concert avec les députés gagnés comme lui, il en conçut un mécontentement qui devint une haine violente et le jeta avec ardeur dans la contre-révolution.
Ayant pris part à la fabrication d’un décret relatif à, la compagnie des Indes, au moyen duquel lui et ses complices réalisèrent une somme considérable, il dénonça ses complices dans l’espoir de sauver sa tête ; mais il fut décrété d’accusation et fut exécuté.
Telle est l’histoire odieuse de ce monstre.
Ce qui frappe en voyant son écriture, c’est qu’elle est considérablement descendante : fatalité.
Ses finales écourtées disent un grand penchant h. la cupidité, ce qui causa sa perte. L’écriture est serpentine. Il a les habiletés qui ont fini par le rendre faussaire.
L’homme chaussé de sabots, sale, dégoûtant, sous prétexte de vertu républicaine, a une écriture d’une horrible vulgarité. Lettres pâteuses, panses grossières des p minuscules, lettres impossibles, beaucoup de finales inachevées. L’homme est peint
dans celle écriture. Les barres des t minuscules sont
hautes : despoti vité ; elles sont dures : obstination.
HUITIEME SPÉCIMEN
Voici l’infàme Carrier.
Écriture horriblement serpentine et descendante. Une majuscule au mot l’instant : désordre.
Après le mot fraternité l’on voit les deux points barrés, signe de la profonde défiance. Vulgarité excessive (panses grossières des lettres fraternité, pars, député).
Lettres inclinées et lettres verticales dans les mômes mots (fraternité) : remords de la conscience étouffés.
Barres des t longues et dures :
despotivité, ténacité.
Écriture anguleuse : violence, ardeur, dureté. Crochets des lettres ( pars et le c majuscule de Carrier) : personnalité. Voyez le
t final du mot l’instant, où le t se recourbe par
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une finale en crochet dur et fortement accentué.
Cet homme semble saisir ses victimes. Carrier est l’une des personnalités atroces qui laisseront dans l’histoire le plus épouvantable souvenir.
Finissons cette époque douloureuse par l’écriture d’un utopiste, de Babeuf. Celui-ci ne prit aucune part aux violences de la Révolution. Il fut, au contraire, un ennemi delà Terreur, et c’est lui qui trouva le mot : terroriste.
Babeuf fut un simple journaliste. Sa feuille, le Tribun du peuple t avait pour théorie l’égalité absolue. Il voulait imposer à la France ce qu’il appelait la république des Égaux.
Il se mit à la tête d’une conspiration qui devait renverser le Directoire.
Jugé et condamné à mort, il se poignarda avec un poignard que lui apporta son fils, âgé de douze ans.
Il fut porté sanglant et à demi mort sur l’échafaud.
NEUVIÈME SPÉCIMEN