GEORGE SAN
C’est une écriture bien étrange que celle de l’illustre George Sand.
Cette femme célèbre, qui partage avec Lamennais la gloire d’avoir été le premier prosateur du xix' siècle, devait porter dans son écriture le cachet d’originalité qui distingue ses écrits.
Nous n’avons pas en graphologie un autographe qui confirme d’une façon plus éclatante les principes de la science nouvelle que celui qui va passer par notre scalpel. Ici ce n’est pas une de ces lettres splendides aussi belles par leur calligraphie que par leur style que George Sand écrit quelquefois, mais un billet rapide échappé à sa plume, où par conséquent l’âme se montrera mieux, aura son miroir plus pur, sa photographie plus exacte.
11 faut dire d’abord que l’écriture de George Sand est un pseudonyme comme son nom. Cette écriture cache, déguise autant qu’elle peut l’âme qu’elle dévoile, comme le nom de George Sand cache celui de Mmc Dudevant. C’est l’écriture artificielle ; une écriture faite, arrangée pour la vie littéraire, comme certains hommes s’en arrangent une pour la vie des affaires. Il faut à la science du graphologiste une perspicacité toute particulière pour deviner la nature ' intime de tels hommes sous l’écriture officielle et de parade qu’ils ont adoptée. 11 en est de même de George Sand.
Ce qui frappe d’abord dans l’écriture de George
DE L’ÉCRITURE
Sand, c’est son aspect magistral, indice d’une intelligence virile. Dans ce billet, ce signe type est moins visible que dans ses lettres habituelles où il paraît avec splendeur. Ici l’âme a moins calculé, elle n’a pas posé ; les lettres ont pris moins de hauteur, la grande reine littéraire a quitté le manteau théâtral dont elle se drape ; elle a été davantage elle-même, c’est-à-dire simple et naturelle. Elle s’est montrée femme, autant que cette nature peut le faire.
Nous avons donc sous nos yeux une écriture „ virile, très-virile, une intelligence d’homme sous une enveloppe féminine. Voilà ce que dit, d’une manière éclatante, la science graphologique. C’est la première révélation qu’elle nous donne de George Sand : une femme de génie viril.
Mais plus le côté mâle s’est splendidement développé dans cette grande nature d’artiste, plus le côté sensible a été comprimé; non pas que George Sand n’ait beaucoup aimé, non pas qu’elle soit impuissante à rendre les passions les plus brûlantes de l’âme humaine, elle serait sans cela un artiste bien incomplet, mais parce que le développement de son être s’est surtout porté vers les idées, vers les connaissances, et, en littérature, vers les détails où la sensibilité est le moins nécessaire. On voit très-bien, en lisant George Sand, qu’elle tient à rester penseur et
peintre, c’est ce que dit nettement son écriture. Ces lettres verticales qui affectent une certaine raideur masquent toute sensibilité et disent une femme sans cœur. La graphologie serait donc bien menteuse si, après ce diagnostic si sévère, elle n’ajoutait pas immédiatement ; mais c’est une écriture déguisée, où l’être sensible a affecté de ne pas paraître, pour ne laisser voir que la splendeur intellectuelle d’un beau génie.
Le mot quatre est l’indice d’une grande despotivité. Cette souveraine dans l’art d’écrire doit être souveraine dans son ménage et dans tous les détails de la vie. Si nous pouvions, en parlant d’un écrivain de cette valeur, employer un mot un peu trivial, nous dirionsque ce signe indique une maîtresse femme.
Le' signe volontaire est en effet très-marqué dans cette écriture. C’est par là que développent leur activité les grandes et riches natures. Que d’efforts n’a-t-il pas fallu, même au moins applaudi des artistes, pour atteindre aux cimes les plus accessibles de l’art ! Mais que d’efforts pour les écrivains de génie, afin de réaliser cet idéal qui fait leur éternel désespoir, parce que la plume, le pinceau, le ciseau qu’ils tiennent à la main n’ont pas la souplesse créatrice que leur demande la conception féconde, le mens divinior !
DE L’ÉCRITURE
Le signe type de la clarté , de la grande clarté, de la vue splendide des choses, éclate dans tous les mots de cette écriture. Quand on écrit ainsi, l’on est une traduction perpétuelle des phénomènes les plus beaux du monde visible; et le génie, pénétrant les régions les plus cachées du monde invisible , saisit dans l’âme humaine ce qui échappe au vulgaire. C’est le beau privilège de George Sand révélé par son écriture.
Il y a des angles d’une certaine dureté dans beaucoup de lettres de cet autographe. Des courbes concentriques (voyez le D qui termine Sand ) accusent la personnalité et une certaine prétention, si rare dans les écrivains de première valeur1. La signature est absolument sans parafe , comme celle de Fénelon, de Lamennais. C’est le sceau royal des esprits supérieurs. George Sand devait avoir, dans son écriture, ce signe type exceptionnel.
L’absence complète de finesse, de diplomatie, disent une âme allant droit devant elle, sans aucune des habiletés tant prisées dans la vie pour amener
1 Le D prétentieux ne s’est introduit dans l’écriture de George Sand que depuis qu’elle a adopté son écriture artificielle. Il n’y en a pas d’indice dans sa signature selon sa première manière. Le signe type de la simplicité ne devait pas manquer à une intelligence de cette valeur.
les succès. C’est
le sentiment puissant de la force, l’instinct du génie qui ne veut rien devoir qu’à son épanouissement seul devant une génération yrv qui doit savoir admirer
N et applaudir.
Les lignes que l’on *3 vient de lire étaient écri-
tes sur l’écriture composée et artificielle que nous avons reproduite plus haut. Mais voici une seconde écriture de George Sand qui est l’écriture naturelle, spontanée, celle qui nous dévoile toute la femme cachée sous le masque, celle qui nous dit la grande parenté avec les hommes de génie du grand siècle, avec Jean- Jacques Rousseau, avec Lamennais.
DE L’ÉCRITURE
QUATRIÈME SPÉCIMEN
Ici l’écriture est le vrai miroir de cette âme. Rien n’y est déguisé.
Le mouvement de l’imagination est fort remarquable (voyez le g minuscule, les z qui terminent agréez, croyez ).
Tous ces mouvements contredisent les lois normales de la calligraphie. Mais ils accentuent la grande puissance de l’imagination, cette faculté d’où découle la fécondité intarissable du génie des romanciers.
Puis apparaît la sensibilité, non pas seulement cette simple sensibilité du cœur qui fait que l’on aime, mais cette sensibilité qui fait que l’on aime tout dans les innombrables manifestations du cœur.
Au point de vue de l’être intime, la ligne est légèrement onduleuse ; c’est l’habileté dans les choses de la vie. L’écriture déguisée ne donnait pas ce signe.
George Sand. trop virile dans la grande écriture magistrale quand elle écrit officiel lement, est ici réellement femme. Et cette écriture la dit aussi grande mais plus vraie, parce que dans l’écriture intime il ne lui a pas été possible de cacher les deux choses qui font son admirable talent, sa splendide imagination et son cœur.
CINQUIÈME SPÉCIMEN
*fc
Le grand romancier français de l’époque moderne.
'Balzac est à la fois un penseur et un admirable peintre de détails intimes.
Son écriture est un type pour la faculté de l’observation.
Voyez les mots reproduits, Mirabeau , Robe, les lettres ne sont pas liées, ou les mots se fractionnent en syllabes.
Elle dit encore immensément d’imagination (le mouvement perdu dans le vide des d minuscules) cela est frappant dans le d de sa signature.
Simplicité, sensibilité.
Écriture onduleuse.
Esprit diplomatique.
DE L’ÉCRITURE. 483
SIXIÈME SPÉCIMEN