ALEXANDRE DUMAS FILS
Alexandre Dumas fils appartient à la fois aux romanciers et aux hommes de théâtre, mais plus encore peut-être au théâtre qu’à la littérature, malgré
DE L’ÉCRITURE
Je succès de ses romans, de son dernier surtout, l'Affaire Clémenceau.
Nons donnons ici une lettre intime qui nous
découvre son véritable caractère. Son écriture officielle est ferme, grave, et montre la plus grande partie de ses aptitudes, mais non pas cette simplicité que l’on remarque dans son écriture intime. Dans ce simple billet, l’on retrouve la liaison d’idées, la grande volonté, la despotivité même, la persévérance et la puissance de travail sans cesse fouettée par un franc désir de célébrité, et l’imagination jointe à un esprit élevé. L’écriture, bien que courue, annonce une parfaite domination sur lui-même, un esprit d’ordre et de conséquence très-remarquable. C’est le chef de secte qui cherche à intéresser et persuader, et qui sait comment parvenir à son but ; il cherche un but, une moralité dans ses œuvres. Il dédaigne les petites intrigues, il voit plus loin. Il veut réformer et conduire, et il force, par l’intérêt, le spectateur à écouter ses plans de réforme et ses réflexions. C’est un habile, puisqu’il sait parfaitement au besoin dorer un paradoxe , mais c’est un philosophe à coup sûr. Si son esprit n’était pas connu de tous, ces quelques lignes de lui suffiraient pour en donner la preuve.
DEUXIÈME SPÉCIMEN
VICTORIEN SARDOü.
Quoique ce billet ait été écrit le soir, la veille
DE L’ÉCRITURE
de la première des Diables noirs, nous le suspectons d’être d’une écriture un peu appliquée. Nous vou-
drions quelques pages de copie de cet écrivain, nous serions plus libres pour le juger.
Ici le caractère dominant est une grande volonté , une grande ténacité, une grande persévérance. Remarquez aussi ce trait dur terminé fortement qui souligne le mot noirs ; et de plus les finales longues et dures tirées à angle droit dans une écriture anguleuse :
coucher, soir.
Cette nature est donc de la famille des forts, des énergiques : elle
sait vouloir.
Ce qui frappe ensuite, c’est la clarté, l’ordre dans le travail. Il n’y a pas une des lettres vagabondes dans lesquelles s’égare l’imagination. Les d
minuscules ne s’élèventpas, retombent sur eux-mêmes, par gros crochets de personnalité et d’égoïsme. L’âme ne s’est pas élevée sur les ailes divines de l’enthousiasme; mais elle est dure à la peine, patiente, tenace. Elle sait la forme ; elle a le goût (les majuscules harmoniques : V).
Pour elle, il faut mille précautions, mille soins, et pour faire des œuvres et pour faire réussir les œuvres. Elle s’impose ces mille soins, ces mille précautions. Elle a toute la prudence qui voit les obstacles. Elle est précautionnée (on y trouve le trait du procureur) .
En même temps que cette nature est douée d’une grande force de volonté, elle a une franchise qui n’exclut pas précisément l’adresse, mais toutefois sans finesse et sans dissimulation. Elle compte sur sa puissance.
Cependant quelques lignes sont descendantes : léger signe de fatalité.
La signature est ascendante : ambition. La dernière ligne est aussi ascendante. Ce vaillant est toujours prêt au combat. Malgré la fatalité et quoi qu’elle dise, il accepte la lutte.
Au point de vue sensible :
Sensibilité contenue. On domine le cœur.
La signature est un vilain zigzag descendant,
DiCji'.L'id by Goofflc
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que rachète un peu la lettre majuscule harmonique du mot Victorien.
TROISIÈME SPÉCIMEN
Celui-ci a plus de sensibilité, de désinvolture, d’imagination. Ce n’est pas le vulcain laborieux et tenace dont nous venons d’admirer le génie persévérant et l’audace dans la lutte.
S’il y a mouvement de volonté et, à. certains moments, elle est extrêmement tenace (voyez les barres des mots : maîtres, ingrats), le plus souvent l’âme compte sur les chances heureuses.
Dans cette écriture, l’ardeur est davantage un effet du génie intime de l’écrivain que de sa volonté d’homme. Il n’ignore pas qu’il ne peut réussir que par l’énergie, mais il y a comme un instinct qui lui dit que le succès ne sera pas douteux.
L’audace (les mots ascendants comme dans l’écriture des hommes de guerre) semble porter avec elle la quiétude anticipée du triomphe.
Celte écriture gracieuse et inclinée dit un homme sensible, aimant, et les quatre vers qui disent un sentiment exquis des joies que donne le doux instinct paternel sont confirmés hautement par le signe type de la sensibilité.
La majuscule du premier vers est très-harmonique et indique une intelligence qui sort du vulgaire.
Quelques légères finesses se montrent de loin en en loin ; mais l’ensemble dit loyauté et franchise.
Cette écriture n’a rien des ruses diplomatiques. Elle dit une nature qui va devant elle.
Nous croyons que l’écriture est un peu appliquée. La signature est ascendante : c’est l’ambition. Elle se termine par un parafe descendant, trop bourgeois pour un esprit de cette grâce, de cette délicatesse et de cette valeur.
Déodat signe plus magistralement.
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QUATRIÈME SPÉCIMEN