GLACE SANTE DOC ARR IEND EVE
à ! ; À AU Gilgamès revient, voit que la Plante a disparu et, s as-
seyant sur la terre, pleure :
Pour qui, Ur-Sabani, ai-je tant peiné ?
Pour qui mon cœur a-t-il saigné }
Ce n’est pas pour moi que j'ai travaillé, C'est pour le Serpent, la Bête qui rampe.
Et ici, comme toujours, lorsque la sagesse de Baby-
lone touche aux choses les plus sacrées et les plus terribles, elle s'exprime avec réticence, avec une brièveté qui semble volontairement énigmatique : à peine soulevé, le voile retombe aussitôt.
Quel est ce Serpent qui décide du sort de la seconde
humanité comme peut-être de la première ? N'est-ce pas celui que l’on voit représenté sur le sceau babylonien, derrière la Femme assise en face de l'Homme auprès de
l'Arbre de Vie ? « Empêchons-le maintenant d'avancer la
main, de prendre de l’Arbre de Vie, d’en manger et de
2 : re vivre éternellement. » Ge qui est dit d’Adam est répété presque dans les mêmes termes pour Gilgamès :
Tu recherches la vie et ne la trouveras pas;
Lorsque les dieux créèrent les hommes,
Ils leur imposèrent la mort Et gardèrent pour eux-mêmes la vie.
à L à ARE Parti pauvre, il revint pauvre. Mais, n'ayant pu ap- 4 . . Q A prendre le mystère de la vie, il veut au moins connaïtre celui de la mort. Par des incantations il fait sortir du royaume souterrain du dieu Nergal l'ombre de son ami :
Nergal ouvrit dans la terre une fente D'où l’ombre d’'Engidou s’exhala comme un souffle,
Gizcamès.
O mon ami, dis-moi, révèle-moi, Le mystère de la mort que tu connais !
Excinou.
Je ne puis, mon ami, je ne puis te le dire :
Si je te le disais, tu t’assiérais sur la terre et tu [pleurerais.
Gizaamès.
Eh bien, que je m'asseye et pleure !
Plus loin les caractères sont si effacés qu'il est difficile de lire, mais le mort ne fait, semble-t-il, que répéter cette lamentation du vivant : « Celui que tu aimais est tombé en poussière ; Engidou, ton ami, est tombé en poussière! » Et c’est triste comme le gémissement du vent nocturne, l’incompréhensible refrain :
Dans la poussière ils sont accroupis !
Dans la poussière ils sont accroupis |
La suite est encore effacée à tel point qu'on ne peut plus rien lire, comme si le mystère des siècles recouvrait ici à dessein le mystère de l’éternité.
Et c’est enfin le dernier entretien par quoi tout se termine.
GiLeamès.
Celui qui périt par le fer, l’as-tu vu ?
GTTGAMIESUeE TN LA RIBIRELPD'E) VAE 313 Exawnou. d Je l’ai vu:
| 1 Il repose sur sa couche et boit de l’eau pure.
Gizcams.
Celui qui tomba sur le champ de bataille, las-tu vu ?
Excrnou. Le Je l'ai vu :
Son père et sa mère l’embrassent, son épouse se penche [sur lui.
Gizcamès.
, 3 Celui dont le corps git dans les champs, l’as-tu vu!
Evanou.
Je l'ai vu :
Son âme ne trouve pas de repos dans la terre.
Gizeamès.
vue à Celui que personne ne pleure, l’as-tu vu!
Excipou.
Je l’ai vu :
Il lèche le fond des pots et se nourrit de rogatons [impurs.
C’est ainsi que tout se termine. Quelle fin pour un tel
commencement |
Il a tout vu jusqu'aux bornes du monde,
Tout éprouvé et tout connu.
Lames RUE
Pénétrant du regard les plus profonds mystères,
De la suprème sagesse il a levé le voile.
Et voici ce qu’il vit: « le fond du pot avec les roga-
tons impurs ». L'Ecclésiaste l’a dit : « L'homme ne vaut pas plus que la bête... Tout va au même lieu : tout vient de la poussière et tout y retourne ». Et la sagesse Égypuenne nous parle aussi de « la fin de tout, la Mort des morts ».
PIRE à dut 3
Mais si l'Égypte en vient là, c'est de là que part Babylone, sans savoir elle-même où elle en arrivera.
Le chemin de Gilgamès est celui de Babylone-Assour
tout entier. Le roi Assourbanipal prie ainsi la déesse [Star :
J’implore de toi le don de la vie s
Pour lui je traverse les déserts,
Les mers, les rivières,
Et les précipices des montagnes.
Par les fatigues et les douleurs
Ma belle image fut altérée.
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Aujourd’hui encore Gilgamès n’a pas achevé sa route. loujours souffrant, gémissant, comme pourchassé par une force inconnue, il marche, marche sans trève ni repos, semblable à Ahasverus et Caïn. Son chemin est celui de toute l’humanité.
Les chercheurs de vie éternelle n’ont pas trouvé ce 2e < 2 Apr A T qu'ils cherchaient, ni goûté à l’Arbre de Vie, mais déjà ils tendaient les mains vers lui ; déjà l’Aliment de Vie fut offert à Adapa, déjà Etana s’est élevé jusqu’au ciel
d'I$tar, vers l’Herbe de Naissance, déjà Gilgamès a tenu entre ses mains la Plante de Vie. Cela, l'humanité ne l’oubliera jamais. Pourquoi Dieu L’a-t-il condamnée à n’avoir point de repos, Pourquoi lui a-t-il donné un cœur toujours inquiet ? Pourquoi ? Pour qu’elle cherche jusqu’à ce qu’elle trouve.
« Homère souffre dans les Enfers pour avoir calomnié les dieux », dit Pythagore. Tous les poètes calomnient les dieux, tressent à leur sujet des fables mensongères, des mythes, pour y cacher la terrible vérité, « le fond du ° A : d ?
pot aux rogatons impurs ». Seuls les prophètes savent que le mythe n’est pas un mensonge, mais le symbole de la vérité divine incarnée dans les mystères.
« Les dieux ont imposé la mort aux hommes et ont gardé pour eux-mêmes la vie » : voilà ce que sait le mythe. « Dieu aime à ressusciter les morts, sa miti bulluta irammi » : voilà ce que sait le mystère.
La fin du mythe est le commencement du mystère ; la tragédie de ‘Gilgamès, irrésolue dans le mythe, se résout dans le mystère de Tammouz.
Gilgamès chercha la vie éternelle et ne la trouva pas. Tammouz la trouvera.