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LES DIABLES DU LOUDUN

que l'on observe chez les individus affectés de mélancolie. Celte dissertation de Duncan, qui se distingue par une netteté d'expressions et de vues bien peu commune chez les médecins de cette époque, est une œuvre très élevée de philosophie.

L'opuscule de Duncan avait dû faire une sérieuse impression sur les esprits, puisqu'un partisan de la possession tenta de le réfuter. Dans un Traité de la mélancolie, Pilet de Lamenardière (qu'il ne faut pas confondre avec La Ménardaye, prêtre qui a écrit au siècle suivant un ouvrage en réponse à V Histoire des Diables de Loudun, d'Aubin) s'attacha surtout à combattre les opinions de Duncan concernant la mélancolie. Il voulut prouver que Duncan était tombé dans une lourde erreur, en professant qu'un individu mélancolique , c'est-à-dire maniaque, peut, dans un accès de sa folie, s'exprimer en latin, sans avoir appris cette langue.

Ce Traité de Lamenardière, œuvre diffuse et embarrassée, était bien peu digne d'attention ; cependant un anonyme crut devoir le réfuter dans un opuscule qui a pour titre A/w/o^?(? pour M. Duncan. C'était trop d'honneur pour le factum de Lamenardière.

Deux médecins, le sieur Séguin, de Tours et François Pidoux, de Poitiers \ ont publié des dissertations sur la possession des Ursulines. Tous deux se prononcent, après plusieurs hésitations de pensée, en faveur de la possession. Séguin conclut : « plutôt à croire ladite possession qu'à la décroire. »

Plusieurs critiques des Exercitationes de Pidoux circulèrent, manuscrites, à Poitiers; aucune ne fut pourtant imprimée. L'une était d'un avocat nommé Duval, sous le pseudonyme d' Eulalius. Pidoux crut devoir répondre à son critique par une nouvelle dissertation, qui n'est guère consacrée qu'à renvoyer à son censeur ses épithètes injurieuses, et à défendre, par des citations grecques, les solécismes latins dont il avait émaillé ses Exercitationes^.

Mais tous les savants de cette époque n'admettaient pas aussi facilement que Pidoux le fait de la possession. Thomas BroAvn, dans son livre Religio medica, écrit « qu'il croit qu'il y a des hommes possédés du diable, mais que beaucoup aussi sont tourmentés de mélancolie '". »

1. Lettre du sieur Seguin, médecin. Tours, le 14 octobre 1634, publiée par le Mercure François, t. XX, p. 11-2 ii 780, dans im récit des faits du procès de Grandier. Ce récit est d'un partisan outré de la possession, mais il est intéressant comme étant écrit l'année même de l'événement.

2. In actiones J oliodunemium virginum Fvanscici Pidoux doctoris medici Pictaviensis, exercitatio medica. Pictavii, 1633, in-8, 76 pages (2^ édition en 160 pages, in-8, 1635).

3. Germana defensio exercitationum Franscici Pidoux in actiones Joliodunensium virginum, adversus Eulalium. Pictavii, 1836, iu-8, 57 pages.

4. Merryweatlier, qui a traduit de l'anglais en latin cet ouvrage de Brown, y ajoute en note

Gilles Ménage, dans la vie de son père, dit que Grandier fut accusé injustement, et il ajoute : In anno 1632, accidït ut aliquot virgines Lodiincîisis cœnobii uteri suffocatiojiibus^ ut verosimile est, laborantes, adeo vexarentiir, ut eas a dsemone correptas crederent hommes super stitiosi\

Telles sont les opinions que les médecins ont émises au dix-septième siècle touchant les événements de Loudun. On voit que tout se réduit, sauf pourtant les conjectures de Duncan et de Gilles Ménage, à rejeter ou à admettre le fait de la possession, à accuser les exorcistes et les sœurs d'une fourberie indigne ou à proclamer leur innocence.

Les médecins du dix-huitième siècle ne nous ont rien laissé concernant les phénomènes que nous étudions. Mais à notre époque la médecine, éclairée par les beaux travaux des aliénistes, a pu revenir avec un critérium nouveau sur les phénomènes de Loudun, et l'explication scientifique de ces phénomènes a commencé à devenir possible.

En 1813, le docteur Petroz, dans un article du Dictionnaire des sciences médicales sur la catalepsie^, compara la maladie des Ursulines de Loudun aux faits de catalepsie hystérique dont Pétetin, de Lyon, venait de publier la description.

Dans un article sur les convulsionnaires, publié pendant la même année et dans le même ouvrage, article plus spécialement consacré aux convulsionnaires de Saint-Médard, le docteur Montègre cite divers faits et phénomènes du même ordre. Il parle, à deux ou trois reprises et en passant, des possédées de Loudun, qu'il considère comme atteintes d'une maladie nerveuse produite et entretenue par l'imitation.

On doit à Esquirol une étude très complète de la démonomanie. Ce travail, qui parut d'abord, en 1814, dans le Dictionnaire des sciences médicales^, fut réimprimé plus tard, dans son grand ouvrage, Traité des maladies mentales. Esquirol rapporte les phénomènes de la possession des Ursulines au genre de folie qu'il désigne sous le nom de démonomanie ; il décrit de la manière la plus précise tous les symptômes de celte affeottion cérébrale, non étudiée avant lui.

En 1826, parut l'ouvrage d'Alexandre Bertrand, qui a pour titre Du magnétisme animal en France, et qui est relatif à l'étude générale du phénomène que l'auteur désigne sous le nom à' extase. On sait que Bertrand

que les religieuses de Loudun se crurent à tort possédées, puisqu'elles furent guéries plus tard par les secours de la médecine.

1. Vila Pétri Airodii et Guillelmi Menagiî, scriptore Mgidio Menageo. Paris, 1675, p. 82

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