Lataste, t. I, p
Les secours meurtriers.
La plupart des hommes sensés, parmi les jansénistes, s'étaient prononcés contre l'œuvre des convulsions. On jugea donc nécessaire, pour la justifier à leurs yeux, de lui donner un caractère et un sens qu'elle n'avait pas eus jusqu'alors.
« Ce spectacle, disait-on, qui frappe en même temps les yeux et les oreilles par les symboles et les discours, est destiné à donner les avertissements les plus nécessaires dans ce temps de confusion et de scandale, soit en rendant comme palpables les vérités que la séduction combat sous l'ombre de l'autorité la plus respectable ; soit en traçant l'image des vertus dont nous avons le plus besoin, soit en mettant sous les yeux la peinture des maux et des prévarications qui forment au milieu de nous le mystère d'iniquité; soit en nous découvrant les jugements de la colère divine ; soit en rappelant le souvenir des miséricordes et des prédictions promises à l'Eglise. Les convulsionnaires sont les instruments employés à ce spectacle. Ce sont des tableaux mouvants et parlants. Ce sont des trompettes qui avertissent de se tenir sur ses gardes... '. »
Pour aider à l'accomplissement de l'œuvre d'édification dont les convulsionnaires se croyaient les instruments, on imagina les secours., nom qui fut donné aux violences exercées sur le corps des convulsionnaires, par des dévots, inhumainement charitables. Il y avait les petits secours, qui ne consistaient que dans des coups de poing et dans des coups de bûches modérés, dans des piétinements, des pressions, des secousses, des balancements et autres opérations qu'on avait déjà vues à Saint-Médard. Il y avait ensuite les grands secours., ou secours meurtriers., dont cette dernière épithète dit assez l'horrible caractère, et qui ne commencèrent qu'après la clôture du cimetière, lorsque l'œuvre des convulsions fut forcée de continuer en secret ses développements. Ce fut alors que des fanatiques, s'armant de