Journal historique des convulsions, p
LES GONVULSIONNAIRES JANSÉNISTES
avec violence, le chenet s'enfonce si avant dans l'estomac de la convulsionnaire, qu'il paraît pénétrer presque jusqu'au dos, et qui semble devoir écraser tous les les viscères qui se trouvent sous le poids de ses coups : c'était pour lors que la convulsionnaire s'écriait avec un air de contentement peint sur son visage : Oh que cela est bon! oh que cela fait de bien! Courage, mon frère, redoublez encore de force, si vous pouvez ' / »
Un des principaux exercices, après ceux qui ont déjà passé sous les yeux de nos lecteurs, est celui de la planche, que Montgeron décrit de la manière suivante :
« Cet exercice se faisait en étendant sur la convulsionnaire, couchée à terre, une planche qui la couvrait entièrement ; et alors montaient sur cette planche autant d'hommes qu'elle en pouvait tenir. 11 faut observer que, comme on se prêtait la main pour se soutenir réciproquement, la plupart de ceux qui montaient sur cette planche n'y posaient qu'un pied qui soutenait tout leur corps ; aussi a-t-on vu souvent sur cette planche plus de vingt hommes à la fois, dont le poids rassemblé était supporté sans peine par le corps d'une jeune convulsionnaire; cependant non seulement elle n'en était point oppressée, mais souvent elle ne trouvait pas que cela fût assez pesant pour faire passer le gonflement qu'elle ressentait dans ses muscles. »
Ce gonflement des muscles, que l'auteur a soin de noter, est un fait souvent remarqué dans les convulsions, et qui nous servira à donner plus loin l'explication physiologique de plusieurs de ces étranges phénomènes.
En général, Montgeron ne cherche jamais à dissimuler des circonstances ou des signes qui, même en tenant compte de ses fausses idées en physiologie, ne pouvaient certainement pas lui paraître propres à démontrer ce qu'il appelle le divm de l'œuvre des convulsions. Tant d'exactitude doit donc lui mériter une créance entière sur les faits dont il est le seul garant. On peut aussi s'en rapporter à lui sur le nombre des fanatiques qui se livrèrent à ces épreuves horribles, où il fut souvent acteur. 11 le fait monter à cinq cents, et il évalue à plus de quatre mille celui des enthousiastes qui firent emploi de leurs forces pour administrer des secours.
Les convulsionnaires, sauf quelques rares exceptions, appartenaient aux classes illettrées, et Montgeron convient sans difficulté « que Dieu les avait choisis dans le commun du peuple; que de jeunes enfants, principalement des filles, en ont composé le plus grand nombre ; que presque tous avaient vécu jusque-là dans l'ignorance et l'obscurité ; que plusieurs étaient disgraciés de la nature ; qu'il y en avait qui, hors de leur état surnaturel, paraissaient même imbéciles ^ » Mais les frères secoiireurs étaient, au contraire,
1. Montgeron, Idée des secours mal à propos nommés meurtriers.