Théâtre sacré des Cévennes, p. 71-7i
On lit ce qui suit, dans la déposition de Durand Fage :
« Comme notre troupe était entre Ners et Las Cour de Creviez, le frère Cavalier, notre chef, eut une vision. Il était assis, et il se leva soudainement, en nous disant ces paroles : Ah! mon Dieu, je viens de voir en vision que le maréchal de Montrevel, qui est à Alais, vient de donner des lettres contre nous à un courrier qui va les porter à Nîmes. Quon se hâte ; et on trouvera le courrier habillé d'une telle manière, monté sur un tel cheval et accompagné de telles et telles personnes. Courez, hâtez-vous, vous le trouverez sur le bord du Gardon. A l'instant, trois de nos hommes montèrent à cheval, Ricard, Bouré et un autre ; et ils rencontrèrent sur le bord de la rivière, dans l'endroit marqué, et l'homme et ceux qui étaient avec lui, dans toutes les circonstances que le frère Cavalier avait spécifiées. Cet homme fut amené à la troupe, et on le trouva chargé des lettres du maréchal ; de sorte que nous fûmes informés, par cette admirable révélation, de diverses choses dont nous fîmes ensuite un heureux usage. Le courrier fut renvoyé à pied. J'étais dans la troupe quand cela arriva, et j'atteste ce que j'ai vu '. »
Claude Arnassan, dans sa déposition, rapporte les faits suivants :
« Une fois, comme nous étions près de tomber dans une embuscade de nos ennemis, sur le bord du Gardon, l'un de nos frères en fut averti par inspiration, et l'Esprit lui fit dire que nous eussions à prendre un autre chemin. Le lendemain nous eûmes connaissance certaine du danger dont nous avions été garantis.
<( Un autre jour le frère Cavalier, aujourd'hui colonel, tomba en extase proche du petit Saint-Hippolj'te, en ma présence, et de huit ou dix autres qui étaient fort proche de lui. L'Esprit lui dit : Mon enfant, je te dis quon te fera de grandes propositions ; mais ne te fie pas à eux. Les paroles qu'il prononça ensuite m'échappèrent ; mais je me souviens qu'il dit encore ceci : Tu parleras au roi. Je suppose qu'il a eu depuis des avertissements positifs, puisqu'il a traité ; car on ne faisait rien qui fût de quelque conséquence dans nos troupes, sans la direction des inspirations.
« Le combat où le fameux partisan Poul fut tué avait été prédit en ma présence, le matin du jour même, par le chef Cavalier et par un autre frère de la troupe, lorsqu'il n'y avait aucune apparence que cette bataille se donnerait. M. Cavalier était dans le château de Candiac ; l'Esprit lui dit que nous aurions un homme tué et deux blessés ; ce qui arrivai »
Les inspirations des prophètes servirent aussi à faire reconnaître «les traîtres qui s'étaient glissés dans les rangs des insurgés. Quelle que soit l'explication que l'on veuille donner de ces faits, ils sont trop curieux en eux-mêmes pour ne pas être rapportés. Voici une déclaration recueillie de la bouche d'un témoin oculaire. Les choses oierveilleuses qui font le sujet de son récit se seraient passées au mois de novembre 1703.