‹ Les mystères de LondresChapitre 91 sur 104 · LE FANTOME · texte numérisé non relu

LE FANTOME

Nous savons désormais quel était M. le marquis de Rio-Santo, ce :^u'il avait fait et sur quels moyens il comptait pour lutter, lui tout seul, contre l'Angleterre.

Il nous reste à dire, avant de reprendre, où nous l'avons laissé, le fil rompu des événements, que Mac-Farlane et Fergus avaient fai.. tous leurs efforts pour trouver la comtesse de White-Manor et son enfant. Un jour, deux ans avant l'époque où commence notre drame, Mary revint d'elle-même en Ecosse. Ângus l'interrogea; elle répondit : Ma fille est morte !

Quant à l'homme qui l'avait recueillie et soutenue, elle ne voulut point s'expliquer, et lorsque Mac-Farlane lui demanda enfin pourquoi elle avait choisi un étranger pour appui :

— C'est qu'il me laissait mon secret, répliqua-t-elle. Mais ma fille est morts. Son geôlier me l'a dit !

— N'a-t-il pu vous tromper? hasarda Angus.

— C'est un homme bien cruel! 3Iais il n'y a point d'homme assez cruel pour dire à une mère : Ta fille est morte, quand ce n'est pas la vérité.

Mary ne voulut voir personne, Fergus moins que tout autre. Elle se confina dans une pièce écartée du château de Crewe et passa ses jours à pleurer et à prier. Quand Mac-Farlane, son frère, était pris des accès de son mal, xMary le soignait avec dévouement et douceur; elle seule pouvait le dompter dans ces moments funestes, car Mac- Farlane avait conservé pour elle une tendresse sans bornes.

Nous rentrons dans notre récit.

Pendant qu'avait lieu l'entrevue de Brian de Lancester avec son aîné, le lord de White-Manor, Frank Perceval et Stephen Mac-Nab étaient réunis chez la mère de ce dernier, dans la maison de Cornhill. Tous deux étaient tristes et abattus. Le premier acte d'hostilité tenté

^Bi

300 LES MYSTEREo DE L'iiNUUCS.

par eux contre Rio-Santo avait été suivi d'un résultat si déplorable que leur courage f.iiblissait. Depuis lors, en effet, comnne nous le savons, Mary Trevor, prise d'un horrible mal, avait un pied dans la tombe. Cette maladie mettait Rio-Santo à l'ubri de toutes attaques. Frank Perceval, lié par le serment fait à lady Ophélia, ne pouvait agir que sur Mary, et Mary était incapable de l'entendre. Stephen, lui, n'avait point fait de serment, mais son impuissance n'en était pas moins réelle. A quels magistrats s'adresser ? Comment accuser le marquis d'avoir enlevé Anna et Clary ? Qui accueillerait cette déclaration dénuée de preuves? Qui croirait ce fait dont Mac-Nab doutait luimême ?

Stephen s'était rendu plusieurs fois dans Belgrave-Square et avait tenté de joindre M. le marquis de Rio-Santo, déterminé à employer tous les moyens pour lui arracher une explication. Mais, ici encore, la route se trouvait barrée dès les premiers pas. La porte d'Irish-House était rigoureusement défendue : Rio-Santo veillait nuit et jour au chevet d'Angus Mac-Farlane.

Les deux amis étaient assis en face l'un de l'autre, auprès de la table de travail de Stephen.

— J'ai écrit à Lochmaben, disait Stephen. Je ne sais pourquoi je l'ai fait, Frank, car espérer sernit folie.

— C'est un affreux malheur, Mac-Nab, répondait Frank; qui se fût attendu jamais à cela?

— Et pas un indice... Rien !

— Rien! pas un mouvement! à peine un souffle!

Frank avait la tête et le cœur pleins de la pensée de miss Trevor. Stephen songeait à Clary. Ils ne s'entendaient plus. Mais ils recommenraient à s'entendre, et retrouvaient tout l'élan de leur bonne amitié d'enfance, dès que le nom détesté de Rio-Santo, prononcé par hasard, venait secouer leur somnolence. La pendule marquait neuf heures moins un quart. Dans un intervalle de silence, un bruit de pourparlers monta du rez-de-chaussée jusqu'à eux, et Frank cru: entendre prononcer son nom.

— N'cs'.-ce pas la voix de Jack? demanda -t-il. Stephen s'éveilla en sursaut et prêta l'oreille.

LES MYSTÉUES Dl<: LOM)UES. 301

— C'est la voix de Jack, répontlii-il. Puissiez-vous avoir d'heureuses nouvelles, Frank!

Perceval était déjà sur l'escalier, d'où il ordonnait au vieux serviteur de monter en toute hâte.

— Bien! bien ! monsieur, dit en bas la voix aigre-douce de Betty, la servante de mistress Mac-Nab, M. Slephen m'avait défendu de laisser monter; mais, puisque ce n'est plus lui qui commande dans lu maison de sa mère, je m'en lave les mains après tout. Montez, l'ami !

Jack s'empre?sa de profiler de la permission. — Qu'y a-t-il de nouveau? s'écria Perceval avec vivacité.

— Deux lettres, Votre Honneur, répondit le vieux Jack essoufflé. Frank ouvrit la première venue et rentra dans la chambre de Ste-

phen, où Jack voulut le suivre; mais, à peine le vieux valet eut-il aperçu les squelettes qui ornaient le réduit du jeune docteur, qu'il recula brusquement de plusieurs pas et demeura coi dans un coin du palier. Frank avait parcouru rapidement les six ou huit lignes que renfermait la première lettre, et son émotion n'avait point diminué.

— Et après, Jack, et après? dit-il.

La porte s'était refermée d'elle-même, grâce à un système de poids fort répandu à Londres. Jack n'avait garde d'entendre et tremblait dans son coin. Un incident vint porter son effroi au comble. Quelque chose d'affreux et de sinistre, qui ressemblait à un être humain, glisse auprès de lui en râlant sourdement. C'était un corps long, maigre, efflanqué, surmonté d'une tête hérissée.

Cela passa si près de Jack, qu'il crut sentir sur son visage le souffle d'une haleine ardente, un souffle diabolique, manifestement, et qui ne pouvait appartenir qu'à un fantôme sorti de l'enfer. Jack n'eut pas même la force de crier. Le fantôme glissa et disparut par la porte de la chambre habitée naguère par les deux misses Mac-Farlane.

— Où êtes-vous, Jack! cria encore Perceval en ouvrant la porte, cette fois.

La lumière des lampes qui éclairaient la chambre de Stephen, passant par cette issue, éclaira le palier et vint frapper d'aplomb le blême visage du vieil Écossais. Perceval lui saisit le bras.

— Tu as dû voir quelqu'un? domonda-t-il.

— Oh! oui, Votre Honneur, répondit Jack, qui songeait au fantôme, j'ai vu...

— Que t'a-t-on dit?

— Sur mon salut, il ne m'a pas parlé, Votre Honneur! S'il m'avaii parlé, je serais mort sur le coup!

— La lettre est positive pourtant! s'écria Frank.

Et rouvrant le billet avec vivacité, il lut à voix haute : a Forcée de ne point quitter le chevet de notre chère malade, je n'ai pas le temps, mon cousin, de vous dire sur quoi se fonde la lueur d'espérance que nous venons de concevoir. Néanmoins, je veux que vous soyez heureux de ce qui nous semble de la joie, en comparaison de notre mortel découragement, et je charge le porteur... »

— Ah ! Votre Honneur ! excusez-moi, interrompit Jack, un peu rassuré par l'immobilité prolongée des squelettes, je vois bien maintenant qu'il s'agit de Lucy, la femme de chambre de miss Diana Stewart...

Jack s'arrêta et tendit l'oreille. Il avait cru saisir, du côté de la porte, un bruit étrange, semblable à un gémissement sourd.

— Écoutez ! écoutez ! murmura-t-il ; s'il allait venir!

— Cet homme est ivre ! dit Mac-Nab avec impatience.

Jack tourna vers le jeune médecin son honnête et candide visage.

— Non, Votre Honneur, dit-il, je ne suis pas ivre; mais cette maison n'est pas bonne pour un chrétien... et je ne suis pas un saint, pour être exempt de la crainte du démon.

Frank et Stephen se regardèrent.

— H faut qu'il lui soit arrivé quelque chose d'extraordinaire , reprit ce dernier.

— Jack, mon ami, dit Perceval d'un ton presque suppliant, remettez-vous, je vous en conjure ! Vous ne savez pas tout ce que me fait souffrir votre lenteur!

Le vieux valet joignit ses deux mains.

— Oh! Perceval! oh! Votre Honneur! s'écria-t-il, ayez pitié de moi ! Je vais tâcher. Et que m'importe le démon après tout? ajoutat-il en quittant son air contrit pour jeter sur les squelettes un regard provocateur. Écoutez ! la femme de chambre de miss Stewart m'a dit en me donnant le billet : La demoiselle a fait un mouvement.

— Un mouvement ! s'écria Stephen.

Franck le contint d'un geste.

— Un mouvement, répéta Jack, mais si faible, que miss Stewart ne sait trop si ses yeux ont mal vu. Ce qui est sur, c'est que... Dieu ait pitié de nous ! s'interrompit ici le vieux valet en tombant sur un siège, le démon est derrière cette porte!

Une seconde plainte, plus déchirante et plus lugubre, venait d'arriver aux oreilles de Jack, et cette fois les deux amis l'avaient entendue. Stephen se leva, mais un profond silence se faisait maintenant.

'^ — Après ? après ? dit Perceval.

— N'avez-vous pas entendu? murmura Jack dont tous les membres frissonnaient, cette voix est-elle la voix d'un homme?

— Après ? te dis-jc, malheureux! s'écria Frank; je t'ordonne de parler !

Jack serra convulsivement son front chauve entre ses mains pour rappeler ses idées enfuies, et reprit avec effort :

— Après, Votre Honneur ? je me souviens. Les yeux de la demoiselle ont changé de direction. Que Dieu me protège! Quand on a vu ce que j'ai vu ce soir, on doit être bien près de mourir ! Pardonnezmoi, Votre Honneur. Comme le médecin de miss Trevor était absent, on a fait venir un autre docteur, et ce docteur a dit qu'une crise...

Jack n'acheva pas et se laissa choir la face contre terre. Un cri long, douloureux, sauvage, venait de retentir dans la direction de l'escalier. Frank fit un geste de colère, car rien ne pouvait l'impressionner en ce moment, sinon le retard apporté aux explications de Jack. Stephen, étonné plus que nous ne saurions dire, avait ouvert la porte de sa chambre. Il entendit comme un bruit de sanglots étouffés partant de l'appartement d'Anna et de Clary.

Puis une voix pleine de larmes, une voix d'homme, basse, étouffée, se prit à chanter, avec un accent de douleur infinie, une ballade familière aux oreilles écossaises du. jeune médecin. La ballade éiait ainsi :

Le laird de Killarvan

Avait deux filles; Jamais n'en vit amant

De plus gentilles

Dans Glen-Girvun...

LE LAinO

Frank avait suivi Stephen. Tous deux entrèrent, tenant chacun à la main un flambeau, dans la chambre occupée naguère par Anna et Clary Mac-Farlane. Ils aperçurent un homme debout entre les deux lits. C'était le laird Angus, vêtu à peine et dont la chemise en lambeaux portait des taches de sang qui semblaient avoir été lavées par une immersion récente. Tout en lui était désordre et souffrance. Ses cheveux se hérissaient autour de son front gouillé ; sa barbe, au contraire, trempée d'eau, se collait à sa joue ou retombaii en mèches lourdes au-dessous de son menton. Son visage, portant les (races cicatrisées de sa lutte avec Bob-Lanterne, avait en outre des marques nouvelles, des contusions et des plaies où le sang n'avait pas eu le temps de sécher. Sa pâleur était extrême et des larmes coulaient lentement de ses yeux dans les creux profonds de ses joues. A la vue des deux amis, il cessa de chanter, et, montrant alternativement les deux lits vides, il dit en s'adressant à Stephen :

— Toutes doux !

Angus Mac-Farlane avait en ce moment sa raison. Il avait suffi du choc moral produit par la soudaine apparition de Stephen et de Frank pour dissiper les dernières brumes qui flottaient autour de son intelligence ébranlée. Sa fièvre avait pris fin. Mac-Nab demeurait interdit et stupéfait. Perceval n'avait jamais vu Angus Mac-Farlane.

— J'avais confié mes deux filles à ma sœur, dit le laird, après un silence, je viens chercher mes deux filles. Faites venir votre mère, Stephen Mac-Nab.

Stephen fit signe à Frank de s'éloigner, mais ce dernier ne comprit point ou ne voulut point comprendre. Son regard se fixait obstinément, malgré lui, sur les traits ravagés de cet homme qui se trouvait mêlé, innocent ou coupable, au souvenjr de l'atteniat odieux

commis dans les souterrains de Sainte-Marie de Crewe, sur la personne de la malheureuse Harriet. Car Angus venait d'en dire assez pour que Frank ne pût point le méconnaître.

— Dites à votre mère, reprit le laird avec calme, qu'il y a plus d'un an que je n'ai embrassé mes deux filles. Clary doit être biin belle. Anna ressemble toujours à ma pauvre Amy qui est morfe, je pen^e? Allez, Siephen Mac-Nab, allez, mon neveu ! car je ne puis penser que mes deux filles soient enlevées, perdues, comme je le craignais, lorsque je vous vois tranquille et en repos dans la maison de votre mère.

— Ma mère souffre, monsieur, répondit Stephen, et vos reproches la tueraient.

— Ah ! elle souffre ! dit Angus dont la voix se biisa ; souffre-t-elle autant que moi ? Les a- t-elle vues dans le bateau?...

Angus passa le revers de sa main sur son front ; un éclair de délire brilla de nouveau sur son œil.

— Et, poursuivit-il en baissant la tète, sa conscience lai crie-l-elle jour et nuit comme à moi : Ceci est un châtiment de Dieu!

Stephen se tourna vivement vers Perceval.

— Ami, lui dit-il d'une voix brève et ferme, vous ne pouvez rester ici. Vos soupçons, si vous en gardez, ne vous donnent pas le droit d'entendre une confession que le délire va souffler à ce vieillard. Quoi qu'il ait fait, — eùt-il commis un crime! — ^ma maison lui est un inviolable asile.

Une rougeur épaisse monta aux joues de Frank.

— Je vous demande pardon, Stephen, murmura-t-il ; le trouble où m'a jeté cette lettre... et le souvenir de ma pauvre sœur... Mais je ne prétends point surprendre les secrets de votre parent.

Stephen lui serra la main, tandis qu'il se dirigeait vers ia porte. Avant de franchir le seuil, Frank s'arrêta et regarda fixement Mac- Nab.

— Je vais voir par moi-même, dit-il, si la lueur d'espoir qui me reste a grandi ou s'est déjà évanouie. Croyez-moi, Stephen, le secret de notre vengeance est entre les mains de cet homme. Proiégez-le contre tous; mais, de ses révélations, il me faut la part qui m'appartient, entendez-vous! Je l'exige.

306 LES MYSTÈRES DE LOxNDRES.

— Sur mon honneur, vous saurez tout ce qui regarde miss Harriet, réponJit Stephen.

Frank sortit, tenant à la main la lettre ouverte de miss Diana Stewart. Quant à la seconde lettre apportée par le vieux Jack, Frank l'avait mise avec distraction dans sa poche et n'y songeait plus. Cette lettre, écrite la veille par lady Ophéiia sous la dictée de M. le marquis de Rio-Santo, donnait rendez-vous à Perceval pour neuf heures, devant le théâtre de Saint-James. Il était neuf heures et demie.

Frank se jeta dans une voiture de place et se fit conduire à l'hôtel de lady Stewart, afin d'apprendre par lui-même les détails qu'il n'avait pu tirer du vieux Jack.

Stephen, lui, revint vers son oncle qu'il trouva assis au pied du lit d'Anna.

— Mac-Farlane, dit-il, vous êtes seul avec le fils de votre frère. Angus se tourna lentement vers lui et l'examina durant quelques

secondes en silence.

— Vous êtes un homme, mon neveu, murmura-t-il; du moins, vous avez la taille d'un homme. Je ne vous avais jamais regardé. Vous ressemblez à votre père. Mais Mac-Nab, je le jure sur sa mémoire! n'aurait pas abandonné deux pauvres filles confiées à ses soins.

— Mon oncle! mon oncle! interrompit Stephen, la douleur vous rend injuste! J'aime Anna comme une sœur et Clary plus que moimême. Mais, au nom du ciel, ne tardez pas davantage, et dites-moi ce qu'elles sont devenus.

— Ce qu'elles sont devenues! répéta le laird dont le pâle visage se couvrit de rougeur; qu'est devenu votre père, mon neveu?

Angus montra l'énorme cicatrice que le coup d'aviron de Bob avait laissée à son front.

— Dieu a fait de moi un vieillard avant l'âge, reprit-il ; mes filles étaient là et je n'avais qu'un homme à combattre..,

— Quel homme? interrompit Stephen.

— Je le connais peut-être, répondit le laird; car je connais plus d'un assassin, mon neveu. Mais la fièvre a bouleversé ma mémoire.

11 se fit un silence. Stephen cherchait le moyen d'interroger, sans

augmenter le désordre qui régnait dans l'esprit de son oncle ; celui-ci reprit la parole :

— Je vais retourner chez Fergus, dit-il.

— -Fergus! répéta mentalement Stephen, à qui ce nom remit en mémoire le récit de Perceval et l'orgie des souterrains de Crewe. Le laird continuait pendant cela :

— Fergus est tout-puissani et il m'aime. J'attendrai pour le tuer qu'il m'ait rendu mes lilles... si mes filles ne sont pas mortes... car j'ai revu mon Anna ce matin... et les songes ne me montrent jamais que ceux qui sont morts ou ceux qui vont mourir.

— Et où l'avez-vous vue? demanda Stephen.

— J'avais vu comme cela mon frère Mac-Nab la nuit ae sa mort... Tenez! tenez! tenez! prononça-t-il par trois fols en dardant son regard égaré dans le vide ; je vois Fergus... Ferons qui meurt. Ah! voilà bien des fois déjà que je le vois ainsi.

La fièvre revenait.

— Taisez-vous, mon neveu, reprit le laird à voix basse et en s'appuyant au lit d'Anna. Mon frère est généreux et grand. Je me souviens à présent qu'il a passé ses jours et ses nuits à mon chevet naguère : car c'est dans sa maison, tout cela me revient, que j'ai cherché un asile en sortant de la Tamise... la première fois que j'ai manqué périr dans la Tamise. La seconde fois... c'est tout à l'heure. Écoutez, mon neveu, pendant que je vois clair encore dans ma léte : les deux pauvres anges ont été, je ne sais comment, il y a huit jours, conduites dans l'hôtellerie du Roi George, Tcmple-Gardens. Là, je les ai vu jeter comme des balles de laine dans une barque; j'ai sauié par la fenêtre; la Tamise était froide... l'homme qui les enlevait m'a vaincu. Ce malin, je suis retourné à rhôtellcrie du Roi George et j'ai demandé mes enfants... mes deux filles qu'Amy m'avait confiées en mourant. Ah! ah! Gruff et sa femme se sont mis à rire quand j'ai demandé mes enfants... à rire, mon neveu... à rire!... à rire!!!

Angus s'était redressé de toute la hauteur de sa taille. Sa prunelle enflammée s'arrondissait dans le cercle de ses paupières distendues convulsivement ; ses poings étaient fermés et ses dents se louchaient en grinçant.

308 LliS MYSTÈRES DE LONDRES.

A rire!!! cria-t-il une dernière fois avec an éclat de voix terrible.

Puis se prenant à parler tout bas :

— Nous étions dans la chambre où est le trou, poursuivit-il comme si Stephen eût connu les êtres de l'hôtel du Roi George, tous trois. Gruff riait, sa femme riait; moi, j'avais dans les yeux des larmes qui me brûlaient. J'étais à l'endroit où j'avais trouvé le mouchoir brodé de Clary. Gruff jouait avec son couteau pour me faire peur ; la mégère brandissait le tisonnier du foyer. Oh ! mon neveu, n'auriez-vous point fait comme moi ?

— Qu'avez-vous fait, monsieur? balbutia Stephen.

Le laird écarta sa chemise et découvrit sa poiirme, percée de plusieur coups de couteau portés d'une main mal assurée ; puis il montra sous ses cheveux, parmi d'anciennes blessures, une blessure toute fraîche. Et il reprit :

— Ici le couteau, là le tisonnier. Moi, j'ai mis ma main droite dans les cheveux de Gruff, ma main gauche dans les cheveux de sa femme, et j'ai choqué leurs deux têtes l'une contre l'autre, comme cela, mon neveu !

Il fît un geste terriblement significatif.

— J'étais fort, conlinua-t-il ; les têtes ont craqué. L'homme et la femme n'ont pas poussé un seul cri.

Stephen recula de plusieurs pas.

— Les auriez-vous tués? murmura-t-il.

— Je me suis endormi entre eux deux, mon neveu, dit Angus au lieu de répondre, car j'étais bien las et tout mon corps ne forme qu'une plaie.

— Je vais vous panser, dit Stephen.

Angus eut un éclat de gaieté insensée.

— Oh ! oh! me panser! s'écria-t-il ; avez-vous du vin de France, Mac-Nab ? J'étais autrefois un joyeux buveur I... Il me reste assez de sang pour tuer Fergus !

Il s'interrompit et passa sa main sur son front.

— Et plût à Dieu, reprit-il à voix basse, que mon sang se figeai dans mes veines avant que j'eusse le temps de le tuer! Ce soir, quand je me suis éveillé, la lune entrait par la fenêtre ouverte dans la cham-

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MYSTKHKS 1>I': I.ONOHE.S

LES MYSTÈRES DE LOxNDRES. 309

bre de l'hôtellerie du Roi George : la lune éclairait à ma droite le visage blême de maitre Gruff ; à ma gauche, le front broyé de sa femme.

— Vous les avez donc tués?

— Taisez-vous, Mac-Nab. N'avaient-ils pas ri tous deux^ quand je leur parlais de mes pauvres filles ? C'était à mon tour de rire, — et la lune riait avec moi, mon neveu! — ah! et la lune faisait rire leurs bouches blanches. J'ai eu peur, parce que j'étais couché entre deux damnés !

Angus frissonnait. Mac-Nab l'écoutait, irrésistiblement saisi par ce récit étrange, et gardant un vague espoir d'entendre quelque révélalion soudaine.

— Car ils sont damnés ! poursuivit le laird. J'ai soulevé la trappe par où Ciary et Anna furent descendues dans le bateau. Ma tête était en feu. J'ai vu les bras des deux cadavres s'allonger et me saisir... et nous sommes tombés tous les trois dans le fleuve. Le fleuve scintillait. La lune y mettait des paillettes qui dansaient et me rendaient fou. Je nageais, je nageais, — mais Gruff nageait aussi, et la mégère nageait aussi ; j'étais entre eux ; leurs corps glacés glissaient le long de mon corps. Et d'autres cadavres encore flottaient. Il y avait xVnna et Clary, qui effleuraient l'eau, vêtues de longs voiles blancs, et se tenaient embrassées. Et Mac-Nab, — ton père, enfant! — dont le cœur saignait. Et Fergus, mon autre frère, avec ses beaux cheveux noirs autour de son front pâle... Je nageais, je nageais! Mais le sang du cœur de Fergus rougissait l'eau tout autour de moi : c'était du sang partout... du sang rouge... une mer de sang. Pitié! pitié, Fergus !

Angus tomba sur ses genoux et tendit ses bras en avant.

— Pitié! murmura-t-il encore avec horreur et désespoir.

Puis, laissant retomber ses bras le long de son corps, et fixant sur Stephen ses yeux abêtis, il ajouta brusquement :

— Après? Voilà ce qui est arrivé. Le démon a mis un crêpe noir sur la lune ; les étincelles et le sang ont disparu à mes regards. Je n'ai plus vu que les formes blêmes des morts, enchâssées dans l'eau noire. Mes jambes et mes bras sont devenus de pierre. Et l'eau s'est refermée au-dessus de ma tête. J'aurais voulu mourir, mais les mariniers

de la Tamise m'ont ramené sur le bord. Pourquoi? c'est que mon sang doit tuer Fergus... mon frère Fergus que j'aime!

— Et pourquoi voulez-vous tuer votre frère Fergus, Mac-Farlane? demanda Stephen doucement.

— Pourquoi je veux tuer Fergus? s'écria le laird. Vous n'avez donc jamais revu votre père à l'heure des visions?

— Expliquez-vous, monsieur! dit vivement Stephen!

Angus ne tint compte de cette prière, et, suivant toujours la pente de sa mystique manie, il continua :

— Moi, je le vois toutes les nuits. Et je sais bien que je le verrai ainsi jusqu'à ce que j'aie tué Fergus O'Breane.

— O'Breane! s'écria Stephen en saisissant la main du laird avec violence.

Ce nom était pour lui toute une révélation ; son père avait appelé ainsi, la nuit du meurtre, l'homme masqué porteur de deux poignards. Stephen s'était mis à genoux auprès du laird.

— Et vous savez où il est, n'est-ce pas? reprit-il avec une ardeur contenue; vous médirez où se cache cet O'Breane?

Angus s'étendit sur le tapis et appuya sa tête contre le lit d'Anna.

— Je suis las, murmura-t-il d'une voix chargée de sommeil,

— M;ic-Farlane ! disait Stephen, un mot, par pitié, un seul motl Angus ferma les yeux.

— C'est un cœur vaillant, dit-il comme en un rêve; c'est un esprit grand et lumineux. Sa parole entrait dans la nuit de ma pauvre cervelle et l'éclairait comme un rayon de soleil. Je sais tous ses projets... tous! Il ouvrait pour moi seul le mystérieux trésor de sa conscience. Ses plans sont vastes comme le monde. Qui a prononcé le nom de Fergus O'Breane? C'est plus qu'un homme. C'est presque un dieu. Maudit soit celui qui l'arrêtera dans sa course!... Écoutez! la voix des songes parlo. Écoutez : le maudit, ce sera toi, Angus! Ce sera ion sang et ta chair 1

LES MYSTÈllES DE LONDRES. 311

MAC-XAB

Stephen profita de l'abattement profond où tomba Angus Mac-Farlane après ces dernières paroles pour laver ses plaies et le panser de son mieux. Le laird avait dit vrai, son corps était littéralement couvert de blessures. Lorsque Stephen eut achevé son pansement, il approcha des lèvres d'Angus un flacon de cordial, car sa haine, à demiéclairée, sollicitait ardemment une révélation plus complète, et il voulait rendre au laird la faculté de parler.

Il ne faut pas oublier que Stephen, avant cette entrevue, avait des soupçons que les récentes paroles d'Angus venaient seulement de confirmer, soupçons qui allaient même bien au delà des demi-révélations du laird, puisqu'ils attaquaient la personne de M. le marquis de Rio- Santo.

— Mon oncle, dit-il, dès que Angus fut en état de l'entendre, nous allons désormais unir nos efforts pour retrouver mes deux cou* sines, et j'espère que nous réussirons.

Le laird secoua la tête.

— Je souffre bien, murmura-t-il. Je les ai vues dans le bateau et je les ai vues en songe... elles sont mortes.

— Elles vivent, Mac-Farlane ! s'écria Stephen en lui prenant les deux mains ; moi aussi j'ai travaillé pour elles depuis huit jours, et l'accusation que vous portiez contre mon indolence n'était point méritée. J'ui cherché, par moi-même et par d'autres, et si je n'ai point trouvé leur trace, j'ai du moins acquis la preuve...

— Quelle preuve? interrompit le laird, Londres est vaste, et qui sait où se peuvent cacher deux cadavres?

— J'ai cherché, vous dis-je, répliqua Stephen, j'ai cherché avec l'ardeur patiente d'une mère qui a perdu son enfant. Clary ne doitelle pas être ma femme ?

Angus quitta sa pose somnolente et regarda fixement le jeune médecin.

312 LES MYSTÈRES Dli LONDRES.

— Mon neveu, répondit-il, je ne vous connais pas. Clary vous aime-t-elle?

— Hélas ! monsieur, repartit Stephen, nous n'en sommes pas à discuter les préliminaires du mariage. Clary est une douce et noble fille ; son cœur a des secrets que les événements ne m'ont point donné le temps de pénétrer. Mais revenons au triste sujet qui doit occuper notre attention tout entière. "Vos deux filles vivent; quelque chose au dedans de moi me le crie. J'en suis sur.

Angus jeta ses bras autour du cou de Stephen.

— Merci ! balbutia-t-il les larmes aux yeux. Puissiez-vous dire vrai! et, si vous dites vrai, que Dieu vous fasse heureux de toute la joie qui fut refusée au frère de voire mère!

— Du courage, Mac-Farlane ! reprit Stephen profitant de ce bon mouvement d'émotion ; je sais autre chose encore : je sais qu'il existait entre Clary et un homme puissant un lien mystérieux...

— Un lien mystérieux ! répéta le laird étonné.

— Quelque chose que ni vous ni moi ne saurions comprendre, poursuivit Stephen, quelque chose de romanesque et d'étrange, qui ne peut jeter l'ombre d'un doute sur la pureté angélique de ma pauvre Clary. Mais cet homme est puissant, vous dis-je, et Clary est bien belle!

— Et vous pensez que cet homme a enlevé ma fille, mon neveu? demanda froidement le laird.

— Je le pense, monsieur.

— Et Anna?

Stephen demeura un instant sans réponse, parce qu'il ne pouvait s'attendre, dans l'état où se trouvait Mac-Farlane, à l'inflexible logique de cette objection.

■ — Anna... balbutia-l-il enfin.

— Pensez-vous, monsieur, interrompit brusquement le laird, que cet homme les ait enlevées toutes les deux?

Stephen hésita encore.

— Je le pense, monsieur, répondit-il une seconde fois. Les sourcils d'Angus se froncèrent.

— Et vous savez le nom de cet homme, monsieur?

Stephen fît un signe affîrmatif. Le laird, qui s'était levé, recula d'un pas et le couvrit d'un regard de naépris.

— Mac-Nab était un avocat, dit-il, comme en se parlant à luimême, mais c'était un brave cœur. Il y avait deux jeunes lilles à la garde de votre mère ; ces deux jeunes filles, dont l'une était votre fiancée, ont été enlevées. Vous savez le nom du ravisseur. J'ai beau vous regarder, je ne vois point sur vous de blessure. Mon neveu, vous êtes un lâche !

— Monsieur, interrompit Stephen avec autorité, il faut m'écouter au lieu de verser sur moi, à l'aveugle, le mépris et l'insulte. A qui donc fait défaut ce courage banal qui consiste à prendre une épée et à jouer sa vie sur la chance d'un duel? Quant au meurtre sans combat, vous l'avez dit, monsieur, mon père était un brave cœur, et je prétends marcher sur ses traces. Croyez-moi, à Londres et contre certains hommes, le fer est une arme impuissante, à laquelle il faut s'adresser seulement en désespoir de cause, et lorsque tous autres moyens ont échoué. J'ai essayé de lutter, mais je suis faible et cet homme est fort... Vous souriez de pitié, Mac-Fariane. Eh bien ! moi aussi, puisqu'il faut le dire, j'ai songé à l'épée : je suis allé , la colère dans le cœur, frapper aux portes du palais de cet homme. L'entrée m'a été refusée. Je l'ai attendu, assis sur la pierre du seuil, et il n'est point venu. Je lui ai adressé des lettres de défi ; ces lettres sont restées sans réponse.

— C'est donc un prince ? murmura le laird.

— J'aimerais mieux que ce fût un prince, répondit Stephen.

— Mais qui est-ce enfin ? s'écria le laird étonné ; quel est son nom ?

Mac-Nab, avant de répondre, fixa sur son oncle un regard perçant et scrutateur, puis, sans le quitter du regard, il prononça le nom du marquis de Rio-Santo. La face d'Angus devint livide ; ses yeux se baissèrent; ses lèvres remuèrent convulsivement sans produire aucun son. Stephen respira longuement. Le coup avait porté. Il savait ce qu'il voulait savoir.

Il venait de toucher, non point par hasard, mais par suite d'une tactique mise en œuvre de sang-froid, le point où aboutissaient et se reliaient tous ses soupçons. Le voile à demi déchiré qui s'interposait

entre Rio-Santo et sa haine achevait brusquement de se rompre. Angus s'était assis, atterré, sur le lit d'Anna. Il répéta deux ou trois fois à voix basse le nom de Rio-Santo, comme s'il eût tâché de faire entrer dans son cerveau une idée toujours rebelle. Puis il joignit ses mains sur ses genoux et pencha sa tête en avant,

— Cela n'est pas possible! murmura-t-il; Fergus déshonorer les filles de Mac-Farlane ! Pourquoi songer plus longtemps à ce mensonge odieux? Je suis armé pour le tuer; mais je défends qu'on le calomnie. Parle nom de Dieu! enfant, si tu n'étais le fils de ma sœur, je t'aurais puni déjà d'avoir accusé faussement devant moi Fergus O'Breane !

— Je sais tous les égards que je dois à l'assassin de mon père, dit Stephen avec une amertume froide.

— C'est vrai ! balbutia Angus qui tressaillit comme s'il eût mis le pied iiur un serpent,

— Et je vous ai parlé seulement, poursuivit Stephen, de M. le marquis de Rio-Santo.

— C'est vrai, dit encore le îaird. Je vous prie de m'excuser, mon neveu. Mais, répondez-moi, je vous le demande en grâce. Qui vous fait penser que le marquis de Rio-Santo soit le ravisseur de mes filles?

— Je le sais, voilà tout, répliqua Stephen.

Angus posa un doigt sur son front et parut réfléchir profondément.

— Moi, je vous disque c'est impossible! s'écria-t-il au bout de quelques secondes; je le connais... je le connais ' Mac-Farlane. est le seul homme qu'il aime!

— Mais connaissait-il les filles de Mac-Farlane ? demanda Stephen avec un sourire cruel.

— Oh ! c'est vrai ! c'est vrai ! dit pour la troisième fois Angus, dont les yeux se mouillèrent. Le tuer, ce n'était rien... mais le haïr !

— Sur mon honneur, Mac-Farlane» s'écria Stephen s'émouvant enfin , vous le haïrez et ne le tuerez pas. C'est moi seul que ce soin regarde.

— Taisez-vous, mon neveu. .^ je le tuerai. La voix des rêves ne peut mentir. Quant à concevoir contre lui de la haine, mon cœur est

trop habitué à l'aimer. Il y a vingt ans que je l'aime... et pourtant... Oh! mes enfants! mes enfants!

Angus se couvrit le visage de ses mains.

Mes filles sont belles, reprit-il tout à coup. Ah! sa vie entière

est là pour l'accuser. Ne lui fallut-il pas toujours quelque sourire de vierge pour bercer son insomnie? Mes filles sont belles! Ah ! je le hais, je le h;>is !

Il se leva et se prit à parcourir la chambre à grands pas.

— Et puis, je me souviens, à présent, dit-il. Cet homme du bateau était des leurs. Je vois sa figure hideuse ; j'ai son nom maudit sur la lèvre. El Gruff lui-même! L'hôtel du Roi George èi^\i un de leurs repaires. Ma belle Clary ! ma douce Anna ! Stephen! nous allons nous venger!

Il fit encore une fois le tour de la chambre, puis il vint s'asseoir en face de Mac-Nab. L'expression de sa physionomie avait complètement changé. Malgré ses blessures, malgré le désordre extrême de sa barbo et de ses cheveux, il régnait sur son visage un calme imposant et terrible à la fois.

— Vous aviez raison, mon neveu, dit-il avec lenteur; contre M. le marquis de Rio-Santo, le fer est une arme dérisoire. C'était bon lorsque je l'aimais. Éeoutez-moi. Les magistrats, qui n'eussent point accueilli votre accusation, accueilleront la mienne, je vous le jure; car la mienne fera trembler sur son trône Sa Majesté le roi d'Angleterre. Ah! je sais d'étranges choses, mon neveu... des choses avec lesquelles on peut tuer un homme comme si on avait en main la foudre de Dieu ! Avez-vous des amis ?

— J'en ai un, répondit Stephen.

— Que le ciel vous le garde, mon neveu ! Avez-vous des serviteurs?

— S'il s'agit d'une expédition, je puis me procurer des hommes sûrs et dévoués.

— Il s'agit d'une expédition, en effet, dit le laird.

— Alors, reprit Stephen, suivez-moi. Ces préparatifs ne peuvent se faire dans la maison de ma mère, qui souffre et a besoin de repos.

Us descendirent ensemble l'escalier, et la vieille Betlv s'étonna

fort en voyant sortir avec Stephen un personnage à figure étrange et à coup sûr effrayante, auquel elle n'avait point ouvert la porte de la rue, carie laird était entré inaperçu dans la maison de sa sœur, sur les pas du valet de Frank. Stephen appela un cab. Une demi-heure après l'oncle et le neveu descendaient au seuil de Dudley-House, la maison de Frank Perceval.

Frank venait de rentrer, le cœur joyeux. Il avait vu miss Diana Stewart et avait appris de sa bouche ce que le vieux Jack n'avait pu parvenir à lui expliquer. Mary revivait. Contre toutes les prévisions de la science, le mal mystérieux et terrible dont elle était frappée semblait céder peu à peu. Le docteur Moore no l'avait point vue depuis deux jours.

Angus, Stephen et Frank passèrent la majeure partie de la nuit à tenir conseil.

Le lendemain, une vingtaine d'hommes, parmi lesquels était Donner d'Ardagh, furent introduits à Dudley-House, où ils reçurent de l'argent et des ordres. Vers cinq heures du soir, ces mêmes hommes, armés sous leurs vêtements, vinrent se poster dans Belgrave-Square, divisés par petits groupes, devant la façade d'Irish-House. Stephen et Perceval, enveloppés dans leurs manteaux, attendaient à l'un des angles de la grille du square.

Angus Mac-Farlane venait de les quitter pour franchir le riche perron de l'hôtel de M. le marquis de Rio-Santo.

LES MYSTEIŒS M LONDRES. 317

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