LB VOL
Le père Sansfaçon en fouillant son fils lâchait des juroaa à faire dresser le poil sur le casque d'un policeman.
Le petit Pite courait comme un perdu dans tous les coins de l'appartement pour échapper aux taloches du bonhomme.
Celui-ci n'y allait pas de main morte. Chaque coup qu'il portait à son fils laissait sa marque. L'apparition de Cléophas eut pour effet d'arrêter les opérations du père Sansfaçon.
Au moment où le visiteur entrait daus l'app:irtement le vieux venait d'appliquer i o aveo
succès sur la partie an ootjm du petit Pite où le doi n'a plus coure, coup qui étondit le gamin à \ ventre sur le plancher.
— Batègo î pèro Sansfaçon, dit Cléophas, ce que cela veut
dire? Avez-vous envie de tuer l'enfant ?
— A binche ! répondit le vieux, c'est vous ! Vous me prenez à donner une correction à mon garçon.
Imaginez-vous que ce polissonlà a déserté du collège pour aller bommer avec des créature * qu'il promenait en voitures au Sault.
Ce soir vers six heures je l'ai poigne chez Peloquin en train de payer des traites à une jeune fille dans un des salons de l'hôtel. Ça n'a pas treize ans et ça veut se lancer auprès des créatures comme un homme de trente ans.
— Ah, oui da, oui, père Sansfaçon. J'arrive bien à propos. Si le petit Pite venait à vous échapper nous perdrions tous deux une joli 3 petite fortune. Tenez, il faut que je vous explique ça de fil en ai g aille.
Le vieux charretier offrit une chaise à Oléophas et prêta une oreille attentive à son discours.
Celui-ci lui raconta les différentes aventures qui lui étaient arrivées depuis le jour où dans le salon de la mère Gigogne le pacte avait été signé avec le comte de Bouctouche.
Cléophas dit au bonhomme qu'il était sous l'impression que le petit Pite était appelé à recueil- 1er un héritage immense en personnifiant le jeune vicomte, et qu'il fallait de toute nécessité que
le gamin fut conduit chez la comtesse à St Jérôme.
Après une longue délibération entremêlée d'une demi douzaine de verres de Molson, il fut convenu que le petit Pite monterait en voiture avec son père et se rendrait chez la comtesse, avec qui il devait rester jusqu'à nouvel ordre.
Cléophas sortit son argent et donna au bonhomme la somme nécessaire pour le voyage.
Le charretier attela et partit avec son fils pendant que Cléophas reprit la route de l'Hôtel du Canada. Il était dix heures et demie, Caraquette n'était pas encore revenu du théâtre.
Cléophas savait que le trésor des Bouctouche était contenu dans les malles de l'homme au chapeau de castor gris.
Il s'agissait de frapper un grand coup ; de risquer tout pour tout.
Cléophas se décida à enlever la malle contenant les valeurs les plus importantes.
Il essaya sa clé dans la serrure de la chambre de Caraquette.
La clé s'adaptait à la serrure.
Elle joua dans la gâche et la porte s'ouvrit.
Cléophas entra dans l'appartement et alluma la gaz.
A l'aide d'un poinçon d'acier il ouvrit une à une les malles de Caraquette.
En ouvrant la dernière il eut in éblouiasement.
Cette malle contenait plusieurs nille louia en belles pièces d'or utilantes à la lumière du gaz.
Son parti fut bientôt pris.
Il referma la malle et alla ourrir la fenêtre de la chambre qui itait au-dessus d'une galerie comûuni quant avec les logis des serrantee.
Sur cette galerie il vit une khelle apposée au mur d'un enrepôt dont la façade était sur la uelle Vaudreuii
Cléo;h*s ferma le gaa et desendit silencieusement la valise >ar la fenêtre.
Il monta sur Péchelle avec la aalle qu'il lança sur la toiture de erblanc de l'entrepôt. La valise lia tomber avec fracas dans la uelle Vaudreuii.
Ciéophaa après cet exploit juçea qu'il n'était pas prudent pour ui de rester plus longtemps dans "hôtel.
Caraquette allait rentrer et il s'apercevrait du vol.
Cléophas rentra dans son appartement après avoir fermé à )lé celui de l'homme au chapeau le castor gris.
Onze heures venaient de sonner. Un pas lourd retentit dans le corridor.
C'était Caraquette qui allait entrer dans sa chambre.
Il devait s'apercevoir de la dis-
parition de sa malle et l'alarme serait donné dans l'hôtel.
Cléophas mit son feutre et en rabattit les larges bords sur ses yeux.
Il passa près de Caraquette qui ne le reconnut pas à la lumière indécise de l'unique jet de gaz qui éclairait le corridor.
Pour Cléophas la situation était sauvée.
Il sortit de l'hôtel sans éveiller les soupçons de personne.
Il se rendit dans la ruelle Vaudreuii qui était déserte.
Personne n'avait vu la chute de la malle. Cléophas 'a posa sur ses épaules et alla la jeter dans la porte co hVe de la vieille maison de la rue Ste Thérèse autrefois occupée par le Pays, c'est-àdire à une dizaine de pas de l'endroit où elle était tombée.
Le trésor des Bouctouchi.
Le ciel s'était assombri et des nuages sinistres roulaient au sus de la ville.
Les grondements lointains du tonnerre commençaient à se faire entendre danslenor 1.
Cléophas n'avait pas de temps à perdre pour mettre en lieu sûr le trésor qu'il venait d'enlever do l'Hôtel du Canada.
Il s'assit sur la malle dans la porte cochère, appuya ses coudes sur ses genoux et se prit la tôle à
deux mains dans l' attitude d'un homme qui vent se plonger dans les abîmes les pins profonds de la réflexion. Où fallait-il transporter la malle contenant les trésors de la famille Bouctonche ?
Une idée lumineuse lui traversa le cerveau. Le Père Sansfaçon était parti pour St- Jérôme avec le petit Pite, Il lui était facile de transporter la malle ch?z le vieux charretier et de l'y laisser jusqu'à ce qu'il trouvât un endroit convenable pour le cacher.
Cléophas se leva et alla cher cher un charretier sur la stand du carré Jacques Cartier.
Il mit la malle dans la voiture et se fit conduire sur la rue Lagauchetière.
Pendant le trajet Forage éclata et la pluie tomba par torrents.
Le tonnerre grondait avec un bruit lugubre et la foudre déchirait le sein de la nue.
Le ciel semblait protester contre le crime que Cléophas était en voie d'accomplir.
La voiture s'arrêta fdevant la résidence du père Sansfaçon.
Cléophas descendit, monta l'escalier de la galerie et alla frapper à la porte vitrée.
La mère Sansfaçon se leva et alla ouvrir.
Cléophas expliqua en peu de mots à la bonne femme l'objet de sa visite nocturne.
Madame Sansfaçon alluma une lampe et dit à Cléophas de déposer sa malle dans la salle à dîner.
— Ecoutez, la mère, dit Cléophas en se mettant à l'aise dans une chaise berçante et allumant un partagas, votre fortune, la mienne et celle de votre mari dépendent du secret que vous allez garder sur ce que je vais vous dire. Dans la valise que vous voyez est un trésor qui appartient au petit Pite, qui aujourd'hui doit s'appeler 19 comte de Bouctouche.
Un mauvais génie a poursuivi constamment la famille noble des Bouctouche. Ce mauvais génie, c'est monsieur Caraquette, qui deviendrait l'héritier du comte dans le cas où il mourrait sans enfants.
"*Le comte est mort dais une auberge de Ste Thérèse, et avant de mourrir il m'a légué ses papiers. Il m'a dit de veiller sur sa veuve et de la protéger contre Caraquette qui voudrait la dépouiller de sa fortune. L'unique enfant né du mariage du comte était un enfant qui est mort à St Jérôme. Le petit défunt avait sur le corps l'image du castor.
Aujourd'hui la menue image pst gravée sur la peau du petit Pite.
De sorte qu'il devra passer pour l'héritier de Bouctouche. Caraquette a essayé de me tuer à St Jérôme, parcequ'il sait que je su ; 3 en possession de 3 papiers du
comte. J'ai été accusé de meurtre par l'assassin lui-même.
La justice me poursuit mais elle ne me ratrappera pas avant que mon innocence éclate devant tout le monde. A l'heure où je vous parle les détectives doivent être à mes trous6es. Je me tiendrai caché chez vous jusqu'au moment où il faudra frapper à grand coup. Je ne sortirai que la nuit et sous un déguisement qui trompera la polico. Maintenant jurez-moi que vous allez être discrète comme la tombe.
La mère San s façon se joignit les mains et dit : Je vous jure ma grande conscience du bon Dieu.
— C'est bien, reprit Cléophas, maintenant nous allons faire l'inventaire du contenu da cette valise.
Cléophas ouvrit la malle et en sortit les pièces d'or qu'il se mit à ranger par rouleaux sur la table.
Il y avait $ 450,000,00 en or et environ (75 en argent ou en monnaie anglaise.
La mère Sanstaçon n'en pouvait croire bob yeux. Elle bc pensait dans le royaume des rêvos.
Cléoj has fit cinq ou six paqu avec l'or et l'enveloppa de vieux linges. Il plaça le trésor dans deux boîtes de bois dout il vissa solidement les couvercles.
Cet or, dit-il, ne doit pas res
ter ici bien longtemps. Je trouverai un endroit sûr pour le cacher. A minuit demain l'affaire sera faite.
Il passa à la bonne femme une vingtaine de piastres en accompte sur sa pension et aprè3 avoir réveillonné avec une tranche de tourquière froide, il alla se coucher sur le banc-lit au fond de la salle. Les vieux coussins de la voiture de nuit du père Sansfaçon lui servirent d'oreiller et il s'abrilla avec une vieille peau de cariole.
La bonne femme se retira dans sa chambre à coucher où elle ne ferma pab l'œil de la nuit tant elle avait été mise hors de ses gonds par les révélations de Cléophas.
Cléophas passa la journée à la maison. Pour tuer le temps il avait envoyé Cunégonde à la grocerie du coin pour lui acheter toutes espèces de boissons et de friandises.
Vers neuf heures du soir Cléophas sortit de la maison et se dirigea vera Tllôteldu Canada.
En deôceudant la rue S: Gabriel il vit au clair de la luno Caraquette qui fumait un cigare sur la galerie. Il le reconnut facilement à ion chapeau de castor gris.
Il entra dans l'Hôtel, paya ta pension, et demanda un ch&rri pour transporter ta malle à sa nouvelle résidence. Le vol de la
nuit précédente faisait le thème de toutes les conversations. Le compte rendu du Star avait un a colonne et demie. Les soupçons de la police planaient sur deux touristes américains qui étaient partis la veille avec un nombre considérable de malles. Les détectives cherchaient les voleurs aux Etats Unis.
LA CACHETTBé
Après avoir transporté sa malle chez le père Sansfaçon, Cléophas songea à mettre eou trésor en su reté.
Lorsque minuit sonna au ca dran de l'Eglise Moleon, il loua un cheval et une voiture et se rendit avec sa malle sur le chemin Papineau.
Pour ne pas être trouvé en contravention avec PAlmanach Rolland, la lune ne s'était pas montrée cette nuit-là.
L'obscurité la plus complète enveloppait Montréal.
Le silence n'était interrompu que par la semelle ferrée du po- 1 liceman qui battait mélancoliquement le pavé du faubourg Québec.
La voiture de Cléophas s'arrêta près de l'ancien cimetière des soldats.
Après s'être assuré que personne n'épiait ses mouvements, Cléophas descendit de sa voiture
et lança sa malle et une bêche pardessus la clôture du cimetière.
Il ramena le cheval à l'écurie de louage et revint à pied au cimetière.
Il creusa une foise de trois ou quatre pieds et y descendit le trésor qu'il recouvra de gazon.
Cette tâche accomplie, il retourna chez la bonne femme Sansfaçon.
Il alluma sa Pipe et se confectionna un grog qu'il lampa à petits traits en réfléchissant sérieusement sur les embarras de la situation.
Il était en possession du trésor, mais la justice l'accusait de la tentative de meurtre sur Ursule.
Il lui fallait à tout prix se débarrasser de Caraquette.
Caraquette était le seul obstacle qu'il rencontrait sur le chemin de la fortune.
Cet obstacle il fallait le faire disparaître*
Maintenant, nous allons laisser Cléophas à ses réflexions pour retourner à St-Jérôme où nous avons laissé la comtesse de Bouctouche.
Le lendemain de l'attentat contre sa servante elle apprit la mort de son mari en lisant les journaux de Montréal.
Après les obsèques du comte de Bouctouche, qui avaient été faites avec beaucoup de solennité, la
I,K PBRH SAN ON