‹ Les mystères de MontréalChapitre 22 sur 33 · OU LA SITUATION SI COMPLIQUA · texte numérisé non relu

OU LA SITUATION SI COMPLIQUA

Le père Sansfaçon, ayant tait sa commission, reprit le lendemain matin le train A destinât do Montréal.

Caraquette qui ne voulait pa§

s'endormir sur le rôti se rendit de bonne heure à la résidence de la comtesse.

Ursule lui ouvrit la porte et l'invita à entrer dans le salon.

Lu comtesse ne tarda pas à paraître.

Le malheur l'avait complètement bouleversée. Ses traits étaient éraillée et son teint avait perdu sa fraîcheur. Elle avait un grand cerne sous ses yeux.

Elle était revêtue d'un simple peignoir som lequel se dessinaient les beauté? plastiques de son corp La comtesse ne passait pao la trentaine et paraissait admirable oient bien conservée. Elle s'inclina devant Caraquette qui s'était levé pour la saluer.

— Monsieur, pourrai-je savoir ce qui me procure l'honneur de votre visite à St Jérôme.

— Madame, je respecte votre douleur après les rudes épreuves que la Providence vous à en voyées. Je pympathiBe beaucoup avec voue, mais je ne puis transi gei avec mon devoir, quelque pénible qu'en eoit l'accomplissement dans les circonstances présentes En ma qualité d'agent de la famille de St Simoa je dois n 'cl quérir auprès de vous de la vérité de certaines rumeurs qui circulent au sujet du vicomte. Ou dit que votre enfant est mort. Si c'est le cas voas savez que je dois rendre aux héritiers collatéraux

de St Simon la fortune dont vous aviez l'usufruit. J'espère que vous avez pu faire pendant douze ans des économies suffisantes pour vous mettre hors des atteintes de la misère.

— Monsieur Caraquette, dit la comtesse, je vous remercie de vos sympathies. Quand aux cancans qui se font sur la mort du vicomte, je vous prie de croire qu'il n'en est rien. Mon fils vit et est en parfaite santé. Aujourd'hui il est sain comme une rave. Si vous voulez le voir je vais la faire

appeler. Il ne doit pas être bien loin,

La comtesse appuya le doigt sur un timbre, sur le timbre.

Ursule parut.

La comtesse lui demanda de faire venir le vicomte.

Au bout d'une minute le petit

Pite fit son aparition dans le salon.

— Bigre, dit Caraquette en le toisant des pieds à la tête, le bambim a rudement grandi depuis quelques mois.

— Sa maladie, dit la comtesse, était une maladie de croissance.

Caraquette ho^ha la tête d'un air de doute et tirant une tabatière de son gousset il aspira une prise. Il cligna de l'œil et regardant le gamin entre les deux yeux il lui dit :

— Comment t'appelles-tu, mon gros ?

Le petit Pite à qui le père Sansfaçon avait tait la leçor, répondit avec aplomb :

"Je m'appelle le vicomte de Bouctouche."

— Tu ne vas pas an collège ?

— Oui, monsieur, mais je suis en vacances à cause de la mort de

mon père,

— Cartquette, aprè3 avoir jonglé quelques instante, reprit : C'est bien vicomte, vous pouvez sortir à préeent Je veux rester seul quelques minutes avec votre mère.

Le petit Pite sortit du ealon.

— Madame, fit l'homme au chapeau de castor gris, je ne suis pas encore convaincu de l'identité du vicomte» Il me reste encore une preuve à obtenir. Cette preuve, c'est le signa qu'il porte sur son corps, l'empreinte du castor.

— Oh, monsieur Caraquette, s'il ne vous manque que cette preuve, je puis vous la fournir dans quel ques minutes. Tenez, approchezvous de cette fenêtre qui s'ouvre sur la rivière. Ecartez le rideau

et voyez mon fils qui se prépare à traverser le courant à la nage avec un de ses petits camarades.

Caraquette s'approcha de la Kn«tit) et dirigea ses regards vers la grève.

En effet, le gamin se désabil lait pour se jeter à l'eau.

La comtesse présenta à Caraquette une lunefe d'opéra en lui

disant : Voyez vous-même et assurez-vous delà vérité.

Caraquette prit la lunette et la braqua sur le petit Pite qui était justement en train de mettre eou caleçon de bain.

Sur la circonvolution gauche du postérieur de l'enfant, il avait \u distinctement l'empreinte de castor aveo les mots travail et concorde.

L'homme au chapeau de castor gris laissa tomber ses bras d'un air découragé.

Il était vaincu par la preuve.

Il se tourna vers la comtesse et lui dit : Madame, je mets bas les armes. J'avais cru à un complot entre vous et votre mari pour garder la fortune des Saint-Simon.

Je fais amende honorabh à lamémoire du comte et je vous demande de me considérer comme un ami et un protecteur dévo

Maintenant armez- vous de courage car j'ai une triste nouvel vous annoncer. Ici Caraqu nta :\ la comtesse le vo or des Bouctouche c dans son hôtel.

La comtesse p&lit, et après quelques instants elle parut reprendre son saog froid. A une minute de ti D elle c.

atjuette :

— Je crois connaître le voleur.

Il n'y en a pas d'autre que C phap, un domestique de mon

mari qui se trouvait avec lui à Ste-Thérèse, au moment de sa mort,

— Cléophas, dites-vous, maie c'est l'individu qui a été arrêté pour avoir tiré un coup de pistolet sur votre servante ; Cléophas qui B'est évadé de la prison de Ste Seholastique. Soyez sans crainte, madame, dans quelque?

jours de scélérat tombera entre les mains de la justice, s'il n'est pas rendu aux Etats-Unis. Les détectives de Montréal, Lafond et Riche, ont la chose en main. Il finiront, j'en suis sûr, par mettre la main sur le pot aux roses et à pincer le coquin.

Pendant la conversation qui suivit entre Caraquette et la comtesse, un bruit assez étrange se fit entendre dans la cuisine. Bientôt se furent des éclats de voix, des sacres et un fracas de vaisselle qui se cassait.

La comtesse se leva précipitamment et courut à la cuisine. Là elle vit Bénoni qui était en train de crêper la chevelure à sa bienaimée et de tout démolir dans ; l'appartement.

Conclusion.

Bénoni après l'attentat sur Ursule était resté à St- Jérôme où il espérait rencontrer Caraquette.

11 avait fait la connaissance

avec l'homme de cour du curé et par son influence il avait obtenu de l'emploi dans les mines de fer.

Bénoni était un licheur de première force.

Son gosier était devenu un véritable Sahara.

Il buvait comme les sables de ce désert.

Lorsqu'il était cassé il recourait à des emprunts effectués, au détriment de la bourse d'Ursule*

La pauvre fille avait épuisé le petit trésor de ses économies pour satifaires aux exigences de son amant.

Pendant la visite de Caraquette Bénoni était entré dans la cuisine de la comtesse où son amoureuse était en train de faire le blanchissage de la maison.

Ursule les cheveux en désordre était penchée sur sa cuve et s'usait les jointures sur une planche à laver. Des grosses gouttes de sueurs perlaient sur le front de la jeune fille et tombaient dans la cuve d'où s'élevait une buée fade et chaude.

Bénoni, qui était entré en tibubant s'approche de la jeune fille et lui passa un bras autour de la taille.

Ursule lâcha le linge qu'elle frottait sur les cannelures de sa planche et d'un coup de coude violent elle se débarrassa de l'étreinte du pochard en disant :

—Veux-tu t'arrêter I

Bénoni d'une voix entrecoupée par des hoquets chargés des effluves de la boisson qu'il avait bue lui répondit :

— Tiens, Ursule, il y a pas de jo-long. Faut que tu me prêtes trente sous, je te remettrai ça dans le temps du gagne.

— Bénoni, il y a longtemps que tu m'achales pour de l'argent.

Gré sans cœur ! tu viens trouver une créature pour avoir trente tous. Faut que ça finisse !

— Oré tête sèche ! Est-ce comme ça que tu traites un ami ? Tire moi un trente bous de suite où je te fais péter ma main sur les babines.

— Pas d'affaires ! Bénoni ! j'ai mon lavage à faire et si tu ne fiches pas ton camp tout de suite j'appelle la bourgeoise.

— Je m'en moque de ta bourgeoise IIo, 14 ! Ursule, tire ton argent où bien t'attrapperas une gniole dont tu te souviendras pendant quelque temps.

Ursule se replia le corps audessus de sa cuve et recommença à frotter son linge sur la planche.

Bénoni saisit son amante par son waterfall et la renversa.

Bénoni était en train do donner une tripotée à Ursulo lorsque la oomtesse parut dans l'entrebâillement de la porte de la cuisine.

La présence de la bourgeoise eut pour oilet d'assobrir Bénoni.

Madame n'eut qu'à dire quel* ques mots pour rétablir l'ordre dans sa maison.

D'un geste majestueux elle montra la porte au tapageur qui s'empressa de décamper.

Caraquette après une heure de conversation avec la comtesse la décida à partir le lendemain matin pour Montréal.

Le train de sept heures ramena dans Montréal la comtesse de Bouctouche, Ursule, Caraquette et Bénoni, ce dernier s'était fait payer son passage par Ursule.

Caraquette rendu à son hôtel devint jongleur.

La police n'avait pas mis la main sur le voleur du trésor de Bouctouche. Partant il lui était impossible de payer la rente à la comtesse.

Celle-ci pour échapper à la misère loua un magasin sur la rue Craig et ouvrit un débit de tabac, de cigares et de ginger aie.

En arrière du magasin dans son salon particulier elle vendait de la boisson sans licence.

Les habitués de son café étaient Caraquette et Bénoni.

Ursule servait la Biret par son minois agaçant elle taisait vouir l'eau au moulin.

Cléophas de son côté menait la vie à grandes guides, semant l'or autour do lui.

Il apprit par l'entremiso d'une des pratiques de la comtesee que

Caraquette le cherchait avec des détectives pour le livrer à la polie* Il résolu de se venger.

Un soi?, il engagea le père 6ansfaçon pour faire le tour de la montagne

En revenant en ville il entendit de la musique dans le restaurant de Madame de Bouctouche.

Il entra dans la boutique et rencontra Caraquette et Bénoni.

Naturellement il eut des coups de donnés. On brisa les carafes, les chaises et une partie de l'ameublement.

lia polie® arriva et toute la maisonnée fut arrêtée.

Traduits devant le recorder les prisonniers furent condamnés chacun à trois mois de prison pour ivresse et tapage. La comtesse fut condamnée à trois mois de prison pour avoir tenu une maison déréglée

Le petit Pite, passe ses vacances à Ste Thérèse

Le père Sansfaçon n'a pas été plus heureux que les autres. Il a été trouvé ivre dans sa voiture, sur la rue Jacques Cartier, et condamné à un mois de prison.

Ursule a été internée au Bon Pasteur.

(Fin de la première partie)

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