‹ Les mystères de MontréalChapitre 25 sur 33 · OU BÉNONI EST RICHE · texte numérisé non relu

OU BÉNONI EST RICHE

Bénoni suivit des yeux Cl< ophas qui descendit la côte et ton:

na le coin de la rue Ontario.

Il resta longtemps immobile Sa tête penchée semblait chargé de profondes réflexions.

Soi cerveau était un chaos.

Il s'agissait pour lui de prei dre une décision hâtive.

Bénoni se disait : Pourqu< Cléophas n'avait-il pas déterré so trésor s'il se trouvait à l'endro qu'il venait d'examiner. Sai doute parce que ce trésor éta trop lourd.

Que faire? Attendre la t veur de la nuit poir escarro'< les richesses enfouies dans le c metière.

Non, Cléophas pouvait arriv< avant lui et les lui enlever.

Bénoni prit une déterminatic subite.

Il alla chez un forgeron et li escamota un pic. Il retourna i cimetière des soldats et se mit creuser la terre durcie par la g lée précisément à l'endroit où avait vu C.éophaa.

Après avoir travaillé ptndfti une dizaine de minutée, sou \ toucha un corpa solide.

C'était le coffre contenant les réeore de la famille des Bouctou- :he.

Ayant déblayé la terre antonr le la boîte, il en fit sauter le couvercle avec son pic

L'or et les pierres précieuses apparurent k sob yeux éblouis.

Il soupesa le coffret, il était irop lourd pour pou votr être transité à bras.

Il lui fallait aller chercher un charretier.

Il pensa au père Sansfaçon qui levait être en train de cuver son ^hitkey après son diner.

Il emplît ses poches de pièces l'or, et après avoir recouvert le :offret avec un peu de terre, il se rendit au pas accéléré chez son rieil ami.

•Le père Saiefaçon prêta son igrès à Bénoni.

Celui-ci retourna au cimetière at quelques minutes plus tard il était en possession des richesses roléas à la famille des Bouctou- :he.

Notre coquin fouetta la vieille •oese du père Sansfaçon qui renonta le chemin Papineau.

Où Cléophas allait-il ! Il ne e savait pas.

Il roulait à l'aventure sans desination fixe.

Vers cinq heures du soir il fut urpris par l'obscurité dans une es rues écartées du faubourg Jaébec.

H s'agissait pour lui de trouver un endroit sûr pour y cacher son magot

Il devait se presser parce que le père Sansfaçon allait avoir besoin de son agrès pour faire son service de nuit.

Comme il ne trouvait aucun endroit convenable pour y cacher son trésor, il prit la résolution de le déposer dans l'écurie même du vieux charretier.

Lorsqu'il fut arrivé à la résidence du père Sansfaçon il porta le coffret dans l'écurie et le cacha sous un amas de foin.

Il entra chez le bonhomme, et lui jeta une pièce d'or de $5 pour la location de son cheval.

Le vieux Sansfaçon en voyant tomber la pièce rutilante sur la toile cirée de la table, crut qu'il avait le vertige.

Le père Sansfaçon revenu de sa surprise, questionna Bénoni sur la provenance de son argent.

Celui-ci éluda adroitement les questions et se renferma dans les bornes de la discrétion la plus absolue.

Le père Sansfaçon ne tarda pas à faire casser sa pièce de $5. Il demanda à la bonne femme d'aller u cri de quoi à la grocerie du coin. w

Cinq minutes après, un gros flacon de genièvre était déposé I sur la table.

Le vieux et Bénoni ee séparèrent à six heures du soir.

Nos lecteurs se rappellent que Caraquette, Cléophas et Bénoni s'étaient donnés rendes- von 8 pour ce soir là sur la rue Ste Thérèse

Vers huit heures et demie, l'homme au chapeau de castor gris alla se promener sur le trottoir couvert de glace de la rue Ste Thérèse. Il battit la semelle pendant une grosse demi-heure à la porte du Petit Vatel.

Cléophas fut le premier au rendez-vous.

— Bon, en voilà un dit Caraquette en s'adressant à son compère. Sais-tu où est Bénoni?

—Bénoni n'a pas été vu de la journée. Il a dû trouver un job quelque part.

Cléophas et Caraquette patientèrent pendant quelques minutes.

Ils désespérèrent de voir arriver Bénoni et finirent par se décider à prendre une chambre à PIIÔ tel Rasco.

Caraquette fit les honneurs de

la soirée en payant plusieurs rondes.

Rendu communicatif par des

comment elle avait été dérobée par un voleur audacieux*

Cu Caraqubttb se fâche.

libations copieuses, l'homme au chapeau de castor gris raconta' à Cléophas une partie des circons tances qui l'avaient forcé de se journer à Montréal» Il expliqua à son ami l'origine de la fortune des Simon, la i vuuière dont elle avait passé entre ses mains, et

Cléophas était une fine mouche et ne se laissa pas leurrer par les promesses et les confidences de son ami.

Caraquette, qui suspectait du vol un agent de la famille de Bouctoach9, croyait arracher le secret de Cléophas, mais il avait fait un fiasco complet

Cléophas, de son cêté, n'aimait pas Caraquette qu'il ne croyait pas étranger à l'attentat de St Jérôme.

Il s'était assuré au cours de l'après midi que son trésor était intact et il avait hâte de se débarrasser de la présence de l'homme au chapeau de castor gris pour courir au vieux cimetière des soldats.

Caraquette en cherchant son voleur avait fait buisson creux.

Il se sépara de Cléophas en se promettant d'épier tous ses mouvements.

Caraquette sortit le premier de l'Hôtel Rasco et alla se cacher dans une cabane d'un marchand de volailles, du Marché Bornecours, d'où il pourrait voir sortir Cléophas et ensuite le suivre à la piste sans ôtre observé.

Au coup de ouse heures, Cleo-

phas qui s'était amusé dans la buvette avec quelques voyageurs de la Mattawin, sortit de l'hôtel.

Caraquette quitta sa cachette

et le vit diriger sa marche du côté des casernes.

Il suivit Cléophas à une centaine de pas en arrière, car il craignait que le bruit de la glace qui craquait sous ses pieds, ne trahit ses mouvements.

Cléophas suivit la rue St Paul, traversa le carré Dalhousie et s'engagea sur la rue Craig, dans la direction du chemin Pa pineau.

Le ciel s'était couvert d'épais

nuages et le Nord-est soufflait avec violence.

Les principales rues de la métropole n'étaient pas éclairées parce que la lune, d'après les calculs de la compagnie du gaz, devait paraître ce soir là ; aussi le 1 passant attardé éprouvait-il toutes les peines du monde à trouver 1 son chemin. Mais Cléophas con- 1 naissait les plus mystérieux dé- ■ tours de la ville. Il continua sa route sans s'apercevoir que Caraquette le suivait à une centaine de pas.

i L'homme au chapeau de castor

gris avait des yeux de chat tigre

i qui défiaient les plus épaisses ténèbres.

I Cléophas arriva près du cime-

tière des soldats et enleva une planche de la clôture pour pénétrer jusqu'à l'endroit où il avait caché son trésor.

Caraquette s'arrêta et se cacha dans le tambour d'une maison en face du cimetière. L^, il pouvait épier tous les mouvements du voleur.

Il vit Cléophas s'agenouillant près d'une tombe et creusant la terre avec un pic

Caraquette tenait à sa merci l'homme qui avait tenté l'assassiner à St Jérôme. Il résolut d'en finiré

Il arma un revolver et s'avança résolument vers le coquin.

Il se plaça dans l'ouverture qu'avait fait Cléophas pour entrer dans le cimetière.

Il profita d'un moment où la lune montrait sa corne entre deux nuages pour viser le voleur.

Un coup de feu retentit.

La balle avait sifflé aux 'oreilles de Cléophas et s'était logée dans le granit d'un monument.

Cléophas qui venait de s'assurer de la disparition de son argent, tressaillit de peur.

Il crut qu'il avait affaire à un détective.

Il s'était levé d'un bond et s'était caché en arrière d'une tombe.

Son agresseur pénétra dans le cimetière,

Cléophas avait reconnu l'hom me au chapeau de castor gris et ne bougeait plus.

Comme il n'avait pas d'arme à feu, il résolut d'attendre son en*

nemi et de sauter dessus au moment où il passerait près de la tombe qui le masquait,

Caraquette marcha avec prudence dans l'obscurité ; il craignait de tribucher sur les tertres funèbres et de laisser l'avantage à eon ennemi qui s'élancerait infailliblement sur lui s'il faisait une chute.

L'obscurité était devenue des plus opacte.

Cléophas se mit à plat ventre à

terre et rampa comme un serpent jusqu'à quelques pas de Caraquette.

Celui-ci arriva près de l'endroit où avait été enfoui le trésor des Bouctouche.

En foulant la terre fraîchement remuée, il constata qu'il touchait l'endroit qu'il cherchait.

Il regarda autour de lui et crut que eon voleur était disparu du cimetière sans avoir eu le temps d'enlever le coffret.

Il s'agenouilla près du trou et se mit à fouiller la terre

Au même instant,Cléophas s'élança sur lui, le renversa sur le dos et l'empoigna à la gorge.

Ah ! c'est comme ça que je voue y prends, dit-il, en sorrant le gorgoton de 100 eunemi. Vous vouliez vous débarrasser d'un ami et l'envoyer manger des pissenlits par la racino.

— Grâce ! grâce ! criait Caraquette, chaquo toia qno Cléophas

desserrait un peu les- doigts qui tenaient sa gorge comme dans ud étau.

— Grâce! c'est facile à dire. Mais si je voub laisse vivre, serezvous reconnaissant du moins?

— Je ferai tout ce que vous me direz.

— Avant de vous lâcher, mon vieux, vous allez me passer la petite rig^anne avec laquelle vous avez fait tant de bruit, il y a quelques minutes.

— Mon revoWer eet tombé dans le trou, ramassez-le, il est à vous.

Cléophas tout en tenant Caraquette à la gorge, de la main droite, ramaesa avec sa main gauche l'arme qui était dans l'excavation.

Une fois en possession du revolver, il permit à l'homme au chapeau de castor gris de se mettre sur son séant.

Il braqua sur lui le canon de l'arme,

Caraquette qui croyait qu'il allait mourir, cria de uouveau :

Grâce ! grâce !

Cléophas eut un ricannement sinistre et dit :

— Vous me demandez grâce, soit. Avant de sortir d'ici nous allons avoir ensemb'e une pet causette Le moment est arr d'avoir des explicationi ; vous alliez rao parler le sur la

main. V',»iia me direz la vérité,

toute la vérité et rien que la vérité.

— Je vous le jure sur mon âme, dit Caraquette, qui tremblait de tous ses membres.

— Le coffret n'est plus où je Pavais caché avant d'entrer chez Payette. Qui a surpris mon secret ? Qui m'a volé mon argent cet après-midi ? Le coffret était ici ce matin. Je le saip, parce que j'ai examiné moi-même le terrain.

— M'accusez- vous de vous avoir volé?

— Non, pas du tout. Parce que si vous étiez le voleur, vous ne m'auriez pas suivi ce soir. Je veux que vous me disiez le nom du coqain.

— Comment puis-je le savoir.

Je vous ai supçonné d'avoir escamoté le magot dans ma chambre à coucher. C'est pour cette raison que je vous ai suivi cette nuit.

— Ah, oui-da, oui ! Vous avez pu soupçonner votre ami Cléophas !

UNE ENTBNTB

Caraquette avait repris son sangfroid. Après quelques secondes de réflexion il dit à Cléophas :

— Ah ça ! je finis donc par comprendre. Le trésor n'est plus en ta possession, mais je veux te prouver ma reconnaissance pour

m'avoir sauvé la vie. Le coffret et tout ce qu'il contient sera à toi ce soir. Je ne sais pas où il est ; mais je crois connaître celui qui nous a volée. Il est notre ennemi commun. Le voleur n'est ni plus ni moins que Bénoni, celui qui était avec nous chez Madame de Bouctouche le soir où nous avons été arrêté par Ja police.

— Comment, s'écria Cléophas, cette vermine de Bénoni m'aurait encore fait ce coup-là ! Je ne serai pas longtemps sans lui faire son biscuit.

— Ne vous impatientez pas trop.

Pour pincer cette canaille il faudra agir avec prudence. Bénoni avec l'argent qu'il a volé doit être en train de brosser son ahien dans les auberges qu'il avait coutume de fréquenter.

Sortons d'ici sans bruit et nous allons méditer ensemble un plan pour lui arracher le magot.

Caraquette et Cléophas sortirent du vieux cimetière.

Ils marchèrent ensemble en silence. Ils semblaient absorbés dans des réflexions profondes.

Lorsqu'ils furent rendus au coin de la rue Dorchester, Caraquette prit le bras de son ami et l'engagea à le suivre.

Les hommes se dirigèrent alors vers l'est de la rue Dorchester.

Ils s'arrêtèrent devant la porte" du père Sansfaçon.

L'intérieur de la maison était

encore éclairé, malgré qu'il fut passé minuit.

Cléophas frappa à la porte.

Ce fut la mère Sansfaçon qui vint ouvrir.

Les deux compagnons entrèrent et dirent à la bonne femme qu'ils avaient des affaires importantes à confier à son mari.

La vieille femme alla réveiller son époux qui roupillait sur un eofa dans un appartement voisin.

Le bonhomme ee leva en semelle de bas, en pantalons et en manches de chemise.

Il avaifcies cheveux comme un voyage de foin, et ses yeax étaient encore voilés par les fumées de l'ivresse.

11 s'avança en titubant dans la salle d'entrée, se frotta les yeux, bailla et étendit les bras en poussant deux ou trois gros soupirs entrecoupés par des hoquets d'ivrogne.

— Qu'est-ce qu'il y a pour votre service, ce& monaieurs ?

Je n'attelle pas ce soir. Ma grise à les petits soucis et elle ne peut paB marcher. Tiens, dit-il, en reconnaissant Cléophas, c'est toi, espèce d'andouille ! d'où viens tu ?

— Ktouto, dit Cléophaa, nous avons bien des choses à vous dire.

Si vous voulez nous reudro un petit service, le monsiour qui est avec moi va vous gréer en neuf, un attelage double et une voiture comme il n'y eu a pas sur la Pla-

ce d'Armes. Seulement il faudra être discret.

Le vieux fit signe à sa femme de se retirer dans sa chambre à coucher.

Avant de parler d'affaires avec le père Sansfaçon, Cléophas emprunta quelques sous à Caraque'te et acheta un peu de liquide à la grocerie du coin.

Après avoir allumé son bougon et pris une couple de cerises, le vieux charretier prêta une oreille attentive au discours de Caraquette.

Il fut question de Bénoni.

Le boohomme avoua que ce dernier était venu chez lui le même jour, qu'il avait emprunté sa voiture, et qu'il avait payé avec une grosse pièce en or.

Caraquette ne trahit aucune surprise en apprenant ce dernier détail qui était très important.

Il garda son flegme et demanda au père Sansfaçon s'il avait cette pièce en sa \ osaession.

Le vieux répondit que la pièce avait été échangée chez l'épi du coin. C'était un $5 en or du temps des Français.

Caraquette promit cinq e> piatreB au b( s'il gardait la di absolue sur L'entrevue tjn'il i eut avec lui.

Le vieux chanetior jura soi nollemout qu'il ne desserrerai' les dents sur l'ailai:

Caraquette jeta eur la table une demi douzaine de pièces de vingt cinq centins et sortit avec Cléôphas.

Caraquette retourna à son hôtel et dit à Cléôphas de venir le trouver chez lui à sept heures du matin.

Le lendemain Cléôphas fut fidèle au rendez-vous.

Il suivit Caraquette qui le conduisit à la grocerie du coin où Bénoni avait changé la pièce de $5.

Caraquette qui faisait une excellente police de détective pour son propre compte, entra seul dans le petit magasin.

Il se fit passer pour un détective de Qaébec et demanda à l'épicier s'il n'avait pas la veille donné à quelqu'un la monnaie d'une pièce de $5 en or.

L'épicier hésita un peu et finit par avouer qu'il avait reçu une pièce de cette valeur de la bonne femme Sansfaçon.

Caraquette munie de cette information n'avait qu'à tendre ses filets pour y faire tomber Bénoni.

11 dit à Cléôphas de monter la garde près de la maison du père Sansfaçon, car Bénoni ne devait pas tarder d'y arriver.

Soyez sans crainte, dit Cléorhis, je veillerai au grain. Si Bénoni parait dans les environs, je lui jette le grapin sur les épaules. Je lui doi' un chien d« ma

chienne. Cette fois je suis résolu d'avoir fair play. Comptez sur moi, monsieur Caraquette. Vous me reverrez ce soir à votre listel et j'aurai des nouvelles à vous donner.

Caraquette serra la main de Cléôphas et s'éloigna dans la direction de l' église St Pierre

Cléôphas avait pris son rôle au sérieux. Il arpentait la rue d'un pas cadencé comme un poHceman.

Bénoni tardait de venir.

Cléôphas tout en mar hant tomba dans une douce rêverie.

Il songeait aux charmes d' (Jrsule, à la puissance magnétique de ses yeux chatoyants, à ses tendres sourires et à sa désinvolture gracieuse.

Vers neuf heures il vit un homme dans une voiture de louage, arrivant à la fine épouvante et s'arrêtant à la porte du père Sansfaçon.

C'était Bénoni.

Cléôphas accéléra le pas, mais il était trop tard, son ancien rival venait d'entrer dans la maison du vieux charretier.

MORT DE CLEOPHAS

Cléôphas battit la semelle pendant une heure dans la cour du bonhomme Sansfaçon.

Il allait se décourager lorsqu'il entendit ouvrir la porte de cuisine

C'était Béroni qui sortait :

Cléophas l'accosta dans la rae et lui dit :

— Ta a* fait le niochon hier Boir. Tu n'es pas venu à notre rendez- vous ?

— La belle affaire ! allons donc.

Caraquette vient toujours avec des plans de nègre. Réflexion faite, je ne m'exposerai pas à être coffré en l'aidant à faire fortune.

— Un homme ne doit avoir qu'une parole. En sortant de chez Payette, qu'as-tu promis aux amis?

— Les amis ! les amis ! j'en ai eu assez Dans ce monde chacun pour son compte, voilà mon principe.

— C'est facile de parler comme ça, lorsqu'on a volé les camarades.

— Est- ce moi que tu appelles voleur espèce de lôfeur, restant de pénitencier ?

• — Je n'endurerai pas ça de toi, vermine de station de police.

Cléoj lip.s alors se débarassa de sa b< o, recula de deux ou

trois pas et se mit en garde comme un pugiliste.

Son adversaire qui n'avait pas

1 aux yeux, en un clin d'œil

se trouva en munches de chemise

et prit one attitude agressive

Cléophas dirigea un coup de poing tur la ligure il mais celui ce le para a îout

et riposta par un coup eolide daus l'estomac de son ennemi.

Cléophas poussa un eoupir caverneux, rompit d'un pas et après avoir recueilli ses forces, s'élança de nouveau sur son adversaire.

Bénoni reçut la nouvelle attaque avec fermeté. Il ne broncha pas d'une ligne.

Le coup l'avait atteint sous l'arcade eourcillière de l'œil droit

La colère l'emporta. S 33 yeux lancèrent des regards fauves et tout eon corps eut un tremblement nerveux.

Il fit un saut terrible et tomba à bras raccourcis sur Bénoai qu'il empoigna à la chevelure.

Bénoni se courba et donna un coup de tête dans la poitrine de son ennemi.

Le coup avait été tellement violent et inattendu • que Cléophas ploya sur scb jarrets et tomba à la renverse.

Bénoni roula par dessus le corps de Cléophas qui n'avait pas encore lâjhé sa poigne, en lui criant :

— Ah ! c'est comme ça ! Tu ne veux pas à* fuir play.

— J'aurai ta vie, misérable, répondit Bénoni.

Ce dernier là ha les cheveux de son adversairo et, d'un

t rapide comme la sortit do M | un couteau

qui1 oa daus la gorgo

sonadvoreair Le sang ja

avec Abondance. m faiblit

ouBsa quelques râles h

et tomba inanimé sur la neige au milieu d'une mare de sang.

Bénoni se releva, essuya eon conteau dans la neige et contempla ea victime avec des regards féroces.

Cléophas ne bougeait plus.

Bénoni s'agenouilla près du corps et mit la main sur la région du cœur.

Ce cœur avait cessé de battre,

Bénoni resta immobile pendant quelques instants et réalisa tout ce que sa position avait de terrible.

Il venait de commettre un meurtre et lajustice allait étendre sur lui son bras vengeur.

Un nuage sombre passa devant ses yeux. Il entrevoyait déjà la potence.

Avant de sortir de la cour, il fouilla les poches de sa victime.

Il trouva dans son portefeuille une dizaine de piastres en billets de banque et une lettre" cachetée à J'adresse d'Ursule.

La mère Saasfaçon qui était sourde cor^me un pot n'avait pas entendu le bruit de la bagarre.

Il s'agissait de faire disparaître au plutôt la preuve de son crime.

Il releva le cadavre de Cîéophas et le jeta au fond d'une vieille cariole. Il couvrit le corps avec un peu de paille et jeta de la neige par-dessus.

Mais il restait toujours la mare

de sang dans la ruelle. Il fallait la faire disparaître.

Il prit une pelle dans l'écurie, enleva toute la neige maculée et la jeta sur le tas de fumier en ayant soin de la couvrir d'une nouvelle couche de neige.

Le père Sansfaçon ne se servait plus de la vieille cariole et plusieurs jours pouvait s'écouler sans que la police fat mise en éveille par la nouvelle de l'assassinat.

Bénoni pour se remettre de l'émotion nerveuse que lui avait causée son crime, sentit le besoin de se remonter le système avec quelque chose de chaud.

Il se rendit dans la taverne la plus proche et prit une gobe de forgeron.

En ouvrant le portefeuille de Cléophas pour payer sa consommation, il vit de nouveau la lettre à l'adresse d' Ursule. ^

Il déchira l'enveloppe et se mit à lire la missive qui était rédigée comme suit :

" Mon Ursule bien-aimée,

Tu m'as fait manger de l'avoine pendant longtemps. Si tu savais dans ma pauvre mansarde combien de temps j'ai pleuré ton absence. Ah par pitié ne me fais plus souffrir ! Je me sens triste comme le petit mousse noir sur le mât d'une corvette. Qae je sera' s heureux des baisers d'une femno e, que je serais heureux si je

pouvais mourir ? Si tu savais combien je t'aime, b;en sûr toi môme tu m'aimerais. Dieu m'a conduit vers vous petite fleur des bois, toujours, toujours cachée. Riviens à moi, toi que j'adore. J'ai de l'argent en masse. C'est l'amour qui d^re de reflets joyeux le cœur tiède encore. Ah viens, c'est la bonne chère, ma chère qui fait le bonheur. Je t'attends ma bienaimée ce soir à neuf heures. Nous fuirons ensemble. Nous irors en Amérique jouir d'un bonheur sans mélange.

Ton amant pour la vie,

Cleophas."

Après la lecture de cette lettre Bénoni réfléchit quelques minutes.

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