‹ Les mystères de Paris (volume 2)Chapitre 69 sur 96 · BARBILLON · texte numérisé non relu

BARBILLON

Le nouveau venu d'hier est toujours à l'instruction.

BENOIT

Veille bien, car ce Germain, avec son air fier et son désespoir, il ne me va pas du tout. (Se tournant vers le groupe du poêle.) Eh bien 1 lu bâilles, Piqucvinaigre ?

PIQLEVIXAIGRE.

C'est vrai, je ne suis plus en train de conter... C'est l'appétit qui m'ôle la parole ; mais une autre fois je vous dirai Gringalet et Coupe-en-Deux. Ah: ça, voyez-vous, c'est une histoire à faire descendre les oiseaux des branches pour vous écouler.

BARBILLON, se rapprochant, à mi-voix.

Le Germain, le Germain !

(BcnoU pousse un cri : François saute hors du trou et veut lendre la maiii à un autie prisonnier qui y est encore et qui déj.'i ji've le bras, mais au bruit des verroux de la porte de gauche, Benoit met le pied sur la dalle qui retombe ; les groupes, qui ont caché à Piqucvinaigre ce qui se passait, se dispersent. Germain entre par la gauche et va s'asseoir tristement dans un coin; les prisonniers s'éloignent de lui , excepté Piqucvinaigre. Le Maltre-d'École revient du fond.)

FRANÇOIS , bas à Benoit.

Comment l'autre va-t-il sortir de là, maintenant

(jue le nouveau est ici ?

BENOIT, bas.

Dame! il faudra qu'il attende le signal. (Au

Maître-d'Ecole.) Es-tu sûr de lui encore ?

LE MAITRE-D'ÉCOLE

Comme de moi-même ; il a eu de la peine à se décider à voler, leChourineur, mais il s'y est bien mis à ce qu'il parait ; il a même brisé un volet, et quoiqu'il ne soit ici que depuis ce matin, vous avez vu qu'il n'a pas hésité à travailler avec nous. BENOIT, à François.

Tout est-il prêt î

FRANÇOIS

Il n'y a plus qu'un plancher à .soulever, et on est dans une maison voisine ; le camarade ne fait plus qu'élargir le passage.

PIQIEVINAIGRE , à Germain.

N'ayez pas l'air triste comme cela... ils vous regardent d'un mauvais œil; il faut prendre son parti... Ne pouvant être ni courageux, ni fort, je suis bavard. (Cris à mi-voix.) Le gardien ! le gardien!

LE PÈRE ROUSSEL

Eh bien ! est-on sage par ici ?

BENOIT

Comme des anges, comme des pe(i(> anges.

ék

LE PÈRE ROUSSEL

A. midi vous allez passer au préau ; à cause des réparations qu'on fait au bâtiment, celte salle va servir de parloir.

(Le gardien reste au fond avec quelques détenus.)

LE MAITRE-D'ÉCOLE

Alors, c'est ici que je vais recevoir l'homme d' affaires.

BENOIT

Toi, un homme d'affaires ?

DE MAITRE-D'ÉCOLE

Te rappelles-tu un particulier qui avait une

barbe rouge et qu'on voyait quelquefois dans la

Cilé?... Il va venir ici prendre mes ordres, mais

sans barbe rouge et dég.iisé en honnête homme.

GCR.UAIN, à part.

Quel soupçon !

Hier, quand, avec François, nous avons été arrêtés en arrivant dans la Cilé, je lui ai écrit ; il va venir. Tout ce que je voudrai, il le voudra, et si les amis ont besoin de [quelque chose , il faudra bien qu'il obéisse.

LE PÈRE ROUSSEL

Au préau .' au préau ! il y a là des visiteurs. UNE VOIX, eu dehors du guichet de droite. Duresnil, dit le Mailre-d'Ecole?

GERMAIN, à part.

Je vais savoir si je me suis trompé.

LE maitre-d' ÉCOLE, voyant entrer Férand. Quand je vous disais... le voilà.

férand, à Germain.

Vous ici !

germain, s'arrètant près de Férand, pendant que les autres prisonniers sortent.

Monsieur Férand, je ne suis plus inquiet sur le sort des Morel.

FÉRAND

Comment ?

GERMAIN

Vous vous chargerez de leur avenir...

FÉRAND

pourquoi cola?

GERMAIN

Parce que c'est vous qui avez volé le diamant... parce que vous êtes reconnu... enfin!...

FÉRAND

Monsieur, je ne comprends pas les énigmes. Cela ne m'empêchera pas d'aller tout à l'heure recommander votre alTaire au grcfre. Si vous avez quol(|ue chose à dire, vous pourrez parler quand il vous plaira.

GERMAIN

Soyez tranquille, je parlerai.

FÉRAND, bas, au Maiirc-d'Ecolo.

Regardez bien ce jeune homme...

LE PÈRE ROUSSEL

.\u préau ! au préau !

(Germain «ort avec le gardien.)

LES MTSlÈilES DE PARIS,

C8e03fi0ôeô60oeeiosc606eses9oeoeeoeeooceooocoooo66oeo

SCENK II.

FERAND, LE MAITRE-D'ÉCOLE

LE MAIThE-D'ÉCOLK.

Je le connais... Que lui voulez-vous?

FÉKANb,

Tout à l'heure... Maiscomnienl ctes-vous id? Je vous croyais au château de UJme d'Harvillc...

LE MAITKE-D'ÉCOLE.

J'y suis allé... j'ai réussi...

FÈRANn.

Vous avez retrouvé Fleur tic Marie?

LU maithe-d'école.

Vos indications étaient excellentes.

FÉRAND

Elle est entre vos mains?

le maitre-d'école.

Ce n'a pas été sans peine.,.

FÉUAND.

Vous me la ramenez ?

le maitue-d'école.

Un instant ! Il y a compte à faire.

FÈUAND,

Voyons ! (Us s'asseyent.)

LE maitre-d'école.

Apres avoir conduit Fleur de Marie en lieu de sûreté, et après avoir semé quelques uns de ses vélemenssur le bord de la Seine, pour faire croire à sa mort volontaire, j'ai eu la malheureuse idée de revenir à Paris. En arrivant dans la Cilé, j'ai été arrêté, conduit id; mais, instruit par la Chouette de votre double personnage, j'ai pensé que nous étions assez unis par le crime pour compter sur votre secours, et je vous ai écrit. FÉRAND, voyant une casquette contRnant de la terre,

et oubliée sur le banc par un prisonnier, à part.

De la (erre !... C'est étrange.

lE maitre-d'école, avec une sombre amertume.

Savez-vousque c'est une grande découverte qua faite là la Chouette. Ah '. vous êtes l'homme à double face... Ah ! c'est vous le complice de vousmême ! confident à barbe rouge de Ihomme d'affaires à lunettes vertes ! Comme vous comptiez l'un sur l'autre ! quelle discrétion ! quelle obéissance!...

(La dalle se soulève un peu, et l'on aperçoit un haut de

léte qui écoute. Férand ne perd rien de ce jeu de

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