‹ Les mystères de ParisChapitre 36 sur 84 · ACTE IJ, TABLEAU HT, SCÈiNK II · texte numérisé non relu

ACTE IJ, TABLEAU HT, SCÈiNK II

que vient d'apporter celle Ictlrc pour madame la comtesse.

s An An.

De mon frère , sans doule , donnez... (M'"^ Pipelet , sur un signe tic Féranil, dc relire avec force révérences.) Non, c'est du prince, il ne viendra pas... Celte femme encore l'emporte .. Oh ! je me vengerai !

FÉRA>'D

Nous ne serons plus interrompus , madame; et je vous écoule avec une religieuse allenlion.

SARAII.

Monsieur... (Avec une ironie amOre.) on cite voire probité à toute épreuve, votre austérité; vous inspirez à tous enfin une confiance sans bornes. (Férand s'incline avec luimilité.) Je suis persuadée, monsieur, que votre réputation est méritée; je suis persuadée que toute celle vertu n'est pas un masque d'hypocrisie... Mais vous ne répondez pas, monsieur.

FÉUAND.

A quoi , madame la comtesse ?

s ARA H.

C'est juste, monsieur... J'aborderai donc ncUemcnt les fails : Il y a environ quinze ans... une petite fille fut amenée à Paris el confiée aux soins d'une femme Varncr , allemande d'origine... Ceci est clair et positif, je crois , monsieur? (Férand s'incline.) La suite nc le sera pas moins, i FéianU s'incline de nouveau. ) Une somme de deux cent mille francs avait élé placée, en viager, sur la lête de celle enfant, alors âgée seulement de deux ans. .. Ceci continue d'élre clair, je suppose? (Nouveau signe de Férand. Sarali continue avec une inipaiience croissante.) Enfin, monsieur, pour pouvoir un jour constater au besoin ridenlito de l'enfant, une moitié de chaîne d'un travail ancien et précieux et une moitié de médaille avaient élé remises à la femme Varner... Vous gardez le silence, monsieur.

FÉRAND

Je ne perds pas un mol... On remit à la femme Varner une moitié de chaîne d'un travail ancien el précieux à laquelle pend une moitié de médaille.

SAllAII.

Est-ce là tout ce que vous avez ù dire';' il me semble cependant qu'en piésence de faits tellement circonstanciés .. toute négation est in)possible. (Férand reste impassible.) Jc VOUS demande, monsieur... si vous osez soutenir que ces fails ne sonl pas complètement vrais?

FÉRAND

Madame la comtesse...

SARAII, avec une irritation croissante.

En deux mots, monsieur, l'enfant dont il s'agit avait cinq ans lorsqu'on annonça sa mort à sa mère, en lui ctivoyanl un acte de détC5... Vous cn'.cndez, monsieur ?

FERAND.

Très bien, madame la comtcssc.i. cela était parfailemenl régulier.

Non, monsieur... cela n'était pas régulier, car l'acte de décès était fatix... l'enfant n'était pas morte, on l'avait fait disparaître, la femme Varner, soit hasard, soit complicité, n'a pu èlrc reirouvéc. A-telle gardé, lui a-l-on dérobé le gage qui pourrait encore mettre sur les traces de l'enfant, c'est ce qu'on ignore? mais...

FKRAND.

Oh ! oh ! mais, c'est alors une affaire très grave, madame la comtesse... on ne peut plus grave ; je comprends voire émotion, si vous y êtes inléressèe. 11 y a supposition de pièces... soustraction de personnes... ce sont de véritables crimes.

SARAU, éclatant.

Et ces crimes , vous les avez commis , monsieur, pour vous emparer de deux cent mille francs ! Mais ces crimes ne resteront pas impunis, car moi je vous arrache votre masque hypocrite et je vous fais attacher au pilori... si vous nc me rendez pas ma fdlc... Entendez-vous , mon.sicur Férand, l'honncle homme?... Et n'espérez pas m'échapper, j'ai l'aveu de votre complice, de sir Thomas Seylon.

FÉRAND qui a écoute cet emportement d'un air

tout à fait surpris , à ces derniers mots fait un

mouvement vers Sarah.

Pardon, madame la comtesse, voulez-vous bien répéter ce nom ?

SARAH

Vous le connaissez bien... sir Thomas Seylon. FÉRAND , quitte avec quelque vivacité son siège, ouvre un tiroir du bureau, prend une lettre , regarde la signature et dit avec un accent d'étotincment.

C'est bien cela.

Expliquez-vous, monsieur?

FÉRAND

Ahl c'est affreux.

SARAU.

Mais, monsieur... quelle est celle lettre?

FÉRAND

Non, non, madame... je nc puis... Ce serait trop pénible... Tout à l'heure j'écoulais avec stupeur vos accusations si étranges, jc cherchais à m'expliquer l'erreur dont vous étiez victime, lorsque toul-à-co;ip jemc souvins de celle lettre que j'ai reçue ce malin.

SARAU.

Ce malin !

FÉRAND

El que j'avais prise pour une sinistre plaisanterie.., Mais ce que vous venez de me dire, ma-

dame , ne me prouve que trop la réalité... de... Madame... je vous en prie... pardonnez mon émolion.

SAUAII.

Monsieur... quoi que conllennc celle leltrc...je veux la lire à l'instant.

FLKAÎiD.

Non... ce serait trop inallendu... trop cruel...

SAHAU.

Monsieur, celte lellre, vous dis-jc !

FtUAND.

Non ; même pour repousser votre outrageante erreur, je n'aur^^is pas le courage...

SAUAII.

Si je vous ai accusé injustement, je reconnaîtrai mes torts.

FÉRAND

Vou3 l'exigez ?

SARAn.

L'écriture de mon frère !...

FÉRAND, voulaul reprendre la lettre.

De votre frère!... Ah ! je ne soufl'rirai pas que vous alliez plus loin.

SARAn.

Laissez ! laissez : CLisant.) « Monsieur, il y a » quinze ans, je déposai entre vos mains pendant » quelques jours une somme de deux cent mille » francs. Celte unique circonstance, qui est pour » moi une date falalc, m'a rappelé votre nom au » moment où j'avais besoin de me supposer un » complice : le rapt, le vol , le faux, j'ai tout re- » jeté sur vous, mais inutilement ; aujourd'hui » tous mes projets sont renversésàjamais... et mis » en présence de la honte, j'aime mieux mourir... (Elle s'arrête un instant.)

FÉRA>D

Voilà ce que je voulais vous épargner. SARAn, reprenant.

» Du moins ma dernière pensée est de réparer » une calomnie ; qu'elle m'achète un peu de la » miséricorde dont j'ai besoin.» (Après un moment de silence.) Ma vengeance m'échappe.

FÉRAND

Croyez, madame la comtesse, que je prends une part bien vive...

SARAU.

Il ne m'est plus permis de blâmer mon malheureux frère , cl pourtant lui seul avait piovoqué une scène...

FÉHAND.

Ne parlons pas de cela de grâce ! (Voyant qu'elle fait un mouvcnienl pour se retirer.) Tout ceci a dit vous a^;iler,nc vous relirez pas encore en ce moment... Faites-moi l'honneur de demeurer (juel- (|ucs iiistans chez moi.

SARAII.

Excusez-moi, j'ai besoin de nie recueillir.

FliH.VÎiD.

Pcrmctlez-moi du moins de vous conduire à votre voiture... Si je pouvais vous èirc utile en quoi que ce soit , disposez de moi , je vous en conjure.

SARAU.

Vous êtes trop bon.

En ce moment , ma vieille expérience vous offrira seulement un conseil : afin d'éviter une enquête, une publicité toujours pénible pour la considération d'une famille , il serait bon que vous eussiez la force de vous rendre chez un magistrat, et là , avec toute la réserve qui sera possible, vous feriez connaître... mon Dieu je sais bien que c'est cruel. ..une partie delà vérité surlcs causes qui ont amené un si triste dénouement. De celle manière, vous éviterez un làchcux retentissement et l'affaire s'éteindra tout doucement, étouffée.

SARAn.

Vous avez raison, monsieur, si cruelle que soit cette tâche, je l'accomplirai... encore une fois, monsieur, cette entrevue commencée par l'accusation et la violence, je la termine par des remeiciemens et des excuses.

FÉRAISD.

En un pareil moment, c'est trop de générosité de songer à moi. (Il sonne et offre son bras à Sarali. — A M""» Pipelet qui parait : ) Éclairez !

jime pipELiix , du fond à la cantonade.

Mademoiselle Tlcur de Marie , voulez- vous éclairer madame la comtesse?

FÉRANB.

Dites à M. Germain qu'il peut reprendre son travail.

eosooocooooooceodccoooecoooooooooioooooccoooijcoooojo

SCÈiNE III.

SI-"" riPELET, puis FLEUR DE MARIE.

M^C PIPELET

Des comtesses, des altesses ici! il y aurait de quoi être fier pour la maison, si elle n'avait pas été déshonorée cette nuit par un vol... comme si ce n'était pas assez d'avoir eu un Cabrion , ne fallait-il pas encore un malfaiteur? (Fleur de Rtarie entre, portant delà lumifrc.) Vous voilà, ma petite. Eh bien ! avouez que c'est avoir du bonheur, vous voilà tout do suite installée oîi que la portière vous protège , où vous avez votre meilleure amie, MiK- Rigolellc.

FLEUR DE MARIE

Oh ! merci , madame Fipclet ; vcuis ne sauriez croire combien tout ce que j'entends et je vois ici me l'ail de bien.

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