‹ Les mystères de ParisChapitre 53 sur 84 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MOREL, MADELEINE, M^rc YARNER ,

LES EnFA>S.

(Mme Varner, dont tout rexlérieur trahit l'idiotisme, se Kve lentement, parcourt la cliambrc cl va à l'établi.)

biadeleim; , à mi-voix.

Ma mère, où allez- vous donc ? N'allez pas là... Ne touchez pas aux diaiuans. Vous savez ce qu'il nous en coule.

(Mine Varner se chai'.IÏL'r ii la chandelle ; puis, en regardant avec avidité les pierres, elle se brûle la mail!, et pousse un cri.)

MOlir.r, , se réveillant.

Qu'avez- vous , la mère? Recouchez-vous, ne faites pas de bruit... Madeleiae'ct les enfans dorment.

l"ai>"É des KNiANS, levant la tête.

Je ne peus pas dormir.

MADELEINE

J'avais peur de l'éveiller, Moiel, sans cela je l'aurais demandé à boire...

WOHEL.

Tout de suite! Félix, va donner à boire à la

mère. (A l'idiote.) Ah 1 ça, allons-nous finir. Nous

allons nous fâcher, couchez-vous tout de suilel

Au lit, au lit. (La vieille se couche en grommelant.)

Fi'cLlx vient à son p.'.re en criant:

Papa ! papa !

MOREL

Quelle vie ! quelle vie !

MADELEINE , pleurant.

Est ce ma faute, si ma mère est idiote?

MOllEL.

Estoc la mienne? Qu'est-ce que je demande? de me tuer au travail pour vous... Je ne me plains pas... Tant que j'aurai de la force , j'irai ; mais je ne peux pas iiijn plus faire mon état cl être gardien de fou, de malade et d'cnfan-s.

MADELEINE

Mon Dieu, que j'ai soif!

MOKEL , à Félix.

Donne vite, Félix. (S'arréiani.) Mais ça va ^Ire trop froid; ça le fera du mal.

MADELEINE

Tant mieux! Tout sera fini.

MOREL

Madeleine, ne me parle pas comme ça, je ne le mérite pas... Tiens, je t'en prie, ne me fais pas de chagrin.

MADELEINE

IVIon Dieu! je ne veux pas l'en faire... mais quand je vois à quoi je le sers, à quoi servent nos enfans...

MOREL

?\0S ctifans ! ils servent à me donner du courage; sans eux, je ne me tuerais pas à travailler; sans eux, il y a long-lenps que le découragement... que le désespoir!,..

MADELEINE

Oui, mais ces enfans, ces enfans !

MOREL

Tu vois donc bien qu'ils sont bons à quelque chose.

MADELEINE, qui à bu.

Mon frisson redouble, je n'ai plus la force de trembler.

MOUEL, ôtant sa veste, cl la mettant sur les genoux de sa femme.

RéchaulTe-lui.

MADELEINE

Oh ! tu es bon... J'ai eu tort tout à l'heure, il ne faut pas m'en vouloir... et quand je pense qu'avec un de ces diamans qui sont là...

MOUEL.

Puisqu'ils ne sont pas à nous.

MADELEINE

Mon Dieu ! que nous sommes malheureux !

MOREL, assis sur le bias du fauteuil et lui tenant

une main dans les siennes.

(Chacun a ses peines, les grands, comme les petits; car enfin s.ins ce diamant volé fju'il nous a fallu payer, nous ne serions pas dans la misère. Le travail cl l'ordre ne nous avaient-ils pas donné l'aisance et le boidieur?

MADELEINE

Oui , mais en attendant, le boulanger ne veut plus nous accorder de crédit... Comment vas-lu faire ?

MOREL

Je n'en sais rien.

Acrr: Jii, tap»li:ai; y, slÈiNE ii.

ik

MADP.LEINE.

Voilà le jour, éteins donc iacliandelle (]iii hiide pour rien. (Merci éU'iisl la cliandclle.) ^Jais à quoi jicnses-lu donc? tu ne dis rien.

MORICL.

Je pense à ce billet pour leiiucl on nous poursuit.

MADFI.FIMÎ.

Que >I. Férand le paie.

MORia,.

Mais, ma fille , ce n'est pas à ^î. Fc^rand à le payer, puisque c'est nou^ qui avons reçu l'argenl.

aiADF.LF.INSÎ.

Oh ! les riches, les riches!

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