‹ Les mystères du blason, de la noblesse et de la féodalité: curiosités, bizarreries et singularitésChapitre 6 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La science héraldique, si dédaignée pendant les cinquante premières années qui suivirent la révolution de 1789, tenait jadis le premier ranj» parmi celles dont se composait l'éducation d'un homme.

DU BLASON i-

LES SAVANTS AUX PRISES AVEC LE BLASON - x'« >

Depuis celte époque, on s'habitua à la considérer comme une connaissance tout à fait superflue et bonne tout au plus pour ces maniaques qui, en plein dix-neuvième siècle, rêvent le retour de la féodalité et demandent le rétablissement du droit du seigneur.

Car il fut longtemps de bon goût de traiter de fou celui qui s'avisait de dire que la France avait eu de grandes pages dans son histoire avant 1789 et d'accuser quiconque osait soutenir que les rouages féodaux formaient un mécanisme ingénieux, de vouloir ramener le droit du seigneur.

Toutefois, depuis les vingt dernières années que nous venons de traverser, une réaction s'est produite.

Les gens intelligents, les penseurs, les artistes, tous ceux qui jugent les choses, non avec l'opinion des autres, mais avec leur esprit ou leur bon sens, ont compris qu'il y avait autre chose qu'une question départi dans le blason qui, après tout, n'est qu'une science, — et que, rendre une science responsable des sottises que débitent en son nom ceux

■ LES SAV.VATS AUX l'tUSES AVEC LE BLASUN. l

qui en ignorent les premiers éléments, c'était faire bon marché de la l(^ique et du raisonnement.

Ce fut alors que nombre de gens désireux de s'instruire, s'enquirent des livres qui existaient sur la matière, les compulsèrent, les étudièrent et purent se ranger ensuite à l'avis de Gérard de Nerval qui, le premier, osa dire aux incrédules : « La connaissance du blason, c'est la clef de l'histoire de France. »

Aussi, depuis ce moment, ce fut à qui publierait de nouveaux livres sur l'art héraldique, afin de suppléer à tout ce que les anciens laissent d'obscur ou d'incomplet.

Nous avons écrit la Grammaire héraldique; — nous n'avons donc pas à rappeler ici ce que nous avons dit touchant les règles qui sont définies dans ce livre, auquel nous nous permctions de renvoyer pour apprendre la connaissance proprement dite de la langue du blason.

Le lecteur a peut-être remarqué que nous venons d'employer trois expressions difTérentcs pour qualifier le blason : — science, art, langue.

C'est qu'en effet, et chose peu commune, le blason est tout à la fois une science, un art et une langue.

Est-ce cette triple dénomination qui a fait du blason une énigme dont le sens caché est plein de mysticisme aux yeux des profanes ?

C'est possible.

Toujours est-il que toutes les personnes étrangères à la connaissance des armoiries croient à l'existence d'une secrète signification des lignes qui entrent dans la composition du blason, et qu'elles ne manquent jamais de s'écrier à la vue d'un écu :

— Que veut dire ce lion rouge, cette étoile bleue ou cet arbre vert?

Devant cette question, si simple en apparence, l'héraldiste reste muet ou cherche un biais pour ne pas répondre :

— Je n'en sais rien.

C'est cependant la vérité ; personne ne le sait, pas même le possesseur de l'armoirie, qui serait fort embarrassé de donner les raisons qui motivent

LES SAVANTS MJi PRISES AVEC LE BLASON'. &

la présence, dans son écu, de grains du sel, de glands, de bonnets, ou de toutes autres ligures qui ue sont pas précisément de nature à éveiller dans la pensée une idée de noblesse.

Lorsque les souverains s'arrogèrent le droit exclusif de conférer des armoiries, ce fut bien souvent un caprice de leur royale volonté qui régla la composition desécusbizarresqu'on rencontre parfois dans les annoriaux.

Le roi soleil — Louis XTV — se plaisait à en imaginer de singuliers ; — dans ses moments de joyeuse humeur, il ne dédaignait pas le mot pour rire, — et ce mot, il le perpétuait en l'imposant aux générations d'une famille qui, en recevant la noblesse, se trouvait désormais dans l'obligation d(i porter dans ses armes une oie, un lapin, une feuille de chou, ou quelques autres meubles peu faits pour y figurer.

Ces meubles fantaisistes ne se trouvent pas, il est vrai, dans les armoiries des vieilles familles de France, qui empruntèrent au souvenir des croisades, aux grandes expéditions militaires, ou à la

possession de hautes charges, les pièces de leur écu, ni dans celles de la noblesse impériale où sont ordinairement retracés des signes particuliers à certaines fonctions, ou servant à rappeler quelque fait d'armes spécial. — Telles isont la pyramide, indiquant que l'anobli a pris part à l'expédition d'Egypte, l'épée pour les comtes militaires, etc.

Donc, à l'exception de diverses pièces ou ^gures destinées à consacrer un épisode quelconque de l'histoire d'une famille, la généralité des autres est due au bon plaisir du souverain, et plus souvent encore à celui du juge d'armes chargé de la composition des armoiries.

Aux siècles passés, et particulièrement aux dixseptième et dix-huitième, tout était prétexte à blason, et les écrivains d'alors s'ingéniaient de cent façons pour appliquer jusqu'aux jours de la semaine et aux différents âges de l'homme, les couleurs héraldiques.

Commençons par l'étymologie de ces couleurs — et esquissons en quelques mots celle du blason, après quoi, laissant à part tout le côté aride de la

science héraldique, nous nous attacherons à en extraire les détails, piquants par leur originalité, et qui ont le mérite d'être peu connus; — et si nous sommes parfois obligé de mêler le burlesque au comique, nous prions le lecteur de nous excuser, en lui rappelant que nous n'inventons rien et que tous les faits que nous racontons sont puisés à des sources authentiques.

Il est fort possible qu'en d'autres contrées, la langue du blason ait été employée longtemps avant qu'islle ne fût connue en France, mais tout en admettant cette supposition, il est évident qu'elle différait essentiellement de celle qui, depuis les croisades, s'est universellement répandue dans toute l'Europe.

L'Allemagne seule peut revendiquer la prétention d'avoir vu naître les armoiries régulières; voici à quelle occasion, dit la tradition : Lorsque Henry l'Oiseleur fit la guerre aux Hongrois, il se vit dans la nécessité d'implorer le secours des princes ses voisins, qui lui amenèrent des renforts considérables d'hommes d'armes et lui permirent

de conclure une trêve d'une année avec ses ennemis.

Une fois la trêve jurée, Henry se demanda si, au bout de Tannée, il retrouverait prêts à combattre les hommes dont il disposait, grâceàTappui qu'il avait reçu des princes germains, et dans la crainte que, rentrés chez eux, ils ne voulussent plus lui venir en aide au moment du danger, il invita tous ces vaillants défenseurs de sa couronne à passer Tannée de repos, qui leur était accordée, dans Magdebourg, la capitale de son duché de Saxe.

Les princes acceptèrent la proposition, et la ville s'emplit des alliés d'Henry.

Mais ce n'était pas tout que de les empêcher de s'éloigner, il fallait aussi les empêcher de s'ennuyer. C'était plus difficile.

Pour y parvenir, le rusé empereur imagina les tournois, qui devaient, après avoir servi d'amusement dans le duché de Saxe, devenir le suprême jeu des gentilshommes de toutes les nations.

Il est convenu que c'est du mot sonner de la

trompe ou blazen (en allemand) qu'est venu le nom blason, parce qu'à la suite de cette sonnerie, un héraut donnait à haute voix TexplicatioD des armoiries de chaque chevalier.

Nous ne nous appesantirons pas sur ce point.

À ces mêmes tournois, les gentilshommes ornèrent la partie supérieure de leurs casques de figures bizarres, d'animaux, d'oiseaux, de tours, de clochers, de trompettes, de cors, de plumes, etc. ; ce fut l'origine des cimiers.

Pourcomplélerrétrangclé de cet accoutrement, les héros de ces fêtes attachèrent à leur coiffure de grandes bandes d'étoffe découpées, qui, partant de la tête, descendaient jusqu'au milieu du corps et ressemblaient h des guirlandes de feuillage.

Ce furent les hachemens ou lambrequins.

Les princes et les seigneurs allemands qui se divertirent ainsi en compagnie d'Henry l'Oiseleur, imaginèrent encore de costumer leurs pages ou varlets d'une façon grotesque, en les travestissant en lions, en ours, en chions, en phénix, en griffons. Quelques-uns conservèrent leur visage dé-

iO L'ART HÉRALDIQUE.

couvert, el se contentèrent de s'habiller en lions, en sirènes j^ etc.

Lorsque le combattant n'avait plus besoin de tenir à la main son écu, il le donnait à son varlet, transformé en animal, et qui prenait le nom de supporty quand sa tête était masquée, et de tenant lorsqu'elle était découverte.

Voilà, dit-on, l'origine des tenants et des supports .

Elle repose sur une donnée assez fragile. Cependant, il faut l'accepter à défaut d'autres.

L'exiguïté du nombre de pièces, dites héraldiques, qui se trouvent représentées sur une grande quantité de blasons, a toujours paru singulière.

Elle s'explique cependant facilement.

Les armoiries les moins compliquées sont, sinon les plus honorables, du moins les plus anciennes, la raison en est toute simple.

Le premier homme d'armes qui a voulu faire remarquer sa présence par celle de son écu, n'a eu besoin pour cela que de le colorier à l'aide de la première couleur venue.

LES SAVANTS AUX PRISES AVEC LE BLASON. il

Le second a dû nécessairement en choisir une autre.

Or, une fois les sept couleurs primitives employées, le huitième chevalier s'est trouvé dans j^ i la nécessité — pour se distinguer des autres — t de peindre l'écu de deux couleurs.

Puis, après les avoir alternées de toutes les façons, un autre fit plus, il peignit un fond, et traça une barre verticale, oblique ou horizontale par-dessus. ' |

De là, les pals, les barres, les bandes, les croix, etc. f

Revenons aux couleurs. . j

En première ligne vient la couleur rouge, ap- ' b

pelée en blason gueules.

On ne s'imagine guère à combien de controverses a donné lieu la recherche de l'étymologie du mot « gueules » qui fit le désespoir des savants en science héraldique.

Eh! mon Dieu, ces savants ressemblent à beaucoup d'autres : s'ils sont quatre à discuter sur un point douteux, chacun d'eux émet une

opinion qui diffère de celles de ses collègues; opinion dont il ne \eut pas démordre, ce qui éternise tellement la question, qu'elle finit par rester à l'état de problème à résoudre.

Ah ! lorsque les savants au lieu d'être quatre sont dix, c'est bien différent, — il y a dix avis divers.

Donc, pour ce qui concerne la couleur rouge ou gueules, un de ces savants a prétendu que gui en langue persane signifiait rose, et que ce fut par cette raison que les Français, grands admirateurs de la fleur de ce nom, auraient donné celui de gui, en le francisant par gueules, à la couleur rouge.

D'abord, quoique les roses revêtent de nos jours les plus brillantes couleurs, et que les horticulteurs en aient découvert de jaunes, de bleues, voire même de noires, la nuance de la généralité n'est pas rouge, et le fût-elle à l'époque des croisades, il me semble qu'il eût été bien plus simple alors de se servir du mot rose que de celui de gueules, emprunt bâtard fait au persan.

Un second savant fait dériver ce mot de sang.

Mais il oublie de développer sa théorie, et je préfère m'arréter au dire du troisième, qui soutient que la couleur gueules est ainsi nommée parce que c'est celle de l'inlérieur de la... bouche.

Celui-là pourrait bien être seul dans le vrai.

Le bleu ou azur vient de la couleur du lapis lazuli, dont les Espagnols ont fait azul et les Français azur.

Le vert ou sinople doit cette dernière dénojnination à la ville de Sinope.

Lorsque les croisés se trouvèrent en vue de Sinope, plusieurs d'entre eux furent frappés de la magnificence des arbres qui y croissaient en grande abondance; la beauté de leur feuillage d'un vert clair et transparent leur plut si fort, qu'en souvenir du plaisir qu'ils avaient éprouvé en considérant cette éclatante verdure, ils firent peindre tout ou partie de leur écu d'une couleur se rapprochant du vert qui les avait tant

charmés et à laquelle ils donnèrent le nom de sinople.

Le noir ou sable y n'en déplaise aux érudits qui ont essayé de faire croire que le sable de Jérusalem est noir, doit uniquement son nom au sabellina pelliSy petit animal fort commun dans les environs des lieux saints.

Le pourpre est la couleur de ce nom, seulement le pourpre héraldique tire im peu sur le violet.

Le vair (fourrure) est la représentation de la robe du petit-gris ou écureuil du Nord, nommé vairii par les Latins, vaïo par les Italiens et enfin vair en vieux français.

C'est de cette fourrure qu'était faite la fameuse pantoufle de Cendrillon, que la majorité des lecteurs de Perrault ont métamorphosée en pantoufle de verre^ sans avoir jamais voulu renoncer à la joie qu'ils éprouvaient, en se représentant Cendrillon dansant toute une nuit avec une pantoufle si fragile, sans la casser.

J'avoue que la chose méritait la peine d'être

lES SAVANTS AITX PRISES AVEC LE BLASON. tS •' •

remarquée. C'est prolinblemont pour celle raison "^ 1

que nous avons tu, dans plusieurs éditions des ' r

contes de Perrault, le verre soigneusement con- \ i

serve, à la honte du pauvre vair sacrifié. -, |i

L'hermine doit son nom à l'animal dont le ;

blason s'est emparé de la fourrure. Il pullulait, |" ■

dit-on, en Arménie, que les anciens Gaulois appe- j

laient volontiers Herminie, d'où est venu hermine. ; i

Ces fourrures étaient autrefois portées par les f

hommes d'armes comme doublures de leurs manteaux. Ce fut nu milieu des combats que i |

des chevaliers, tels que Thomas de Coucy el le ." !

sire de Ijongueval s'avisèrent, surpris par les infidèles j qui leur avaient enlevé leurs cottes 1'

d'armes el leurs bannières, de couper ces manteaux et de s'en faire des étendards, autour desquels accoururent se ranger leurs écuyers el. leurs suivants.

On sait qu'il y a en blason, outre les couleurs ou émaux, deux métaux : l'or et l'argent.

Voici comment un héraldiste du dix-septième siècle symbolise les métaux et les émaux. '

« L'Or. — L'or, comme le plus excellent et le plus noble des métaux, signifie dans les vertus chrétiennes la foi , la justice, la tempérance, la charité, la douceur, la clémence et Fhumilité. Dans les vertus et les qualités mondaines, il dénote la noblesse, la chevalerie, la richesse, la générosité, la splendeur, la souveraineté, l'amour, la pureté, la netteté, la santé, la constance, la solidité, la gravité, la joie, la prospérité, la longue vie et même l'éternité. »

Le brave héraldiste eût aussi bien fait de dire en deux mots que l'or dénotait toutes les vertus et toutes les qualités, chez celui qui le possède.

Il y a bien des gens qui, de nos jours, pensent de même.

Il est vrai que le naïf auteur a le soin d'ajouter :

c( Il n'est pas besoin de mettre ici que Jésus- Christ sur le mont Thabor se transfigura, luisant comme le soleil, en couleur d'or, pour marquer la prééminence de ce métal sur les autres.

c< L'Argent. — Après l'or, l'argent, comme le

LES SAVANTS AUX TOISES AVEC lE BLASON. 17 plus considérable el le plus lumineux de lous les métaux, entre les vertus et les qualités spirituelles signifie l'humilité, l'innocence, la pureté, la fêlicité, la virginité, la tempérance et la vérité. , ^

« Entre les vertus et les qualités mondaines, il signifie la beauté, la gentillesse, la franchise, la blancheur.

« L'argent est au respect de l'or, ce que la lune est au respect du soleil, et comme ces deux astres tiennent le premier rang entre les autres planètes, de même, l'or et l'argent excellent sur le reste des métaux, et sont employés par leur dignité dans les armoiries, à l'exclusion des autres métaux,

«L'azur, quireprésente)eciel, signiHe la justice, l'humilité, la chasteté, la joie, la loyauté, l'amour et la félicité éternelle,

« Entre les vertus mondaines, l'azur symbolise la louange, la beauté, la douceur, la noblesse, la victoire, la persévérance, la richesse, la vigilance et la récréation, »

Quant au gueules, c'est la justice, l'amour de

Dieu, la vaillance, la hardiesse et rintrépidité, la cruauté, la colère, le meurtre et le carnage.

On s'étonnera peut-être de ce que la même couleur symbolise la justice, l'amour de Dieu, le meurtre et le carnage, mais c'est ainsi, — et Théraldiste auquel nous empruntons ces détails, ne s'embarrasse pas pour si peu .

Continuons :

c< Le sable, ou couleur de la terre, signifie deuil, affliction, simplicité, humilité, douleur, sagesse, science, prudence, gravité et honnêteté.

« Le sinople représente l'honneur, la courtoisie, la civilité, l'amour, la vigueur, la joie et l'abondance.

«Et enfin la pourpre qui symbolise la foi, la chasteté, la tempérance et la dévotion, signifie entre les vertus mondaines, la noblesse, la grandeur, la souveraineté, la gravité, la récompense d'honneur, l'abondance, la tranquillité et la richesse. »

On a probablement remarqué que des couleurs différentes ont absolument la même signification;

— nous avons cité ces prétendues symbolisations pour montrer combien elles sont abusives et puériles.

Un autre héraldiste, contemporain du premier, appliquant le blason à tout ce qui lui passe par la tête, donne des armoiries au printemps, auquel il consacre le sinople ; à Tété, qu'il gratifie de gueules, à l'automne qu'il dote de l'azur et, enfin, à l'hiver dont l'écu est de sable!...

Les jours de la semaine sont ainsi blasonnés :

Dimanche, l'or; — lundi, l'argent; — mardi, l'azur; — mercredi, le gueules; — jeudi, le sinople; — vendredi, le sable; — samedi, le pourpre.

Il partage la vie de l'homme en sept couleurs héraldiques :

L'âge d'argent qui conduit à septans; — d'azur, de sept à quinze ; — d'or, de quinze à vingt-cinq ;

— de sinople, de vingt-cinq à trente-cinq; — de gueules, de trente-cinq à cinquante ; — de pourpre, de cinquante à soixante-dix ; — de sable de soixante-dix à cent.

Ce n'est pas tout, les tempéraments ont également part à cette distribution héraldique : on voit le tempérament sanguin blasonner de gueules ; le cholérique, d'azur; le flegmatique, d'argent ; le mélancolique, de sable.

Puis viennent les vertus et les qualités :

Or, foi ; — gueules, charité ; — sinople, force ;

— pourpre, attrempance ; — argent, espérance ;

— azur, justice ; — sable, prudence.

Les éléments :

Le feu, gueules-, — l'eau, argent; — l'air, azur ;

— la terre, sable.

Les pierres précieuses :

Le rubis, gueules; — la topaze, or; — Témeraude, sinople; — -le saphir, azur; — la perle, argent ; — le diamant, sable.

Tout cela est longuement expliqué dans un petit volume extrêmement rare et qui a pour titre : le Blason des couleurs en armes^ livrées et devises.

C'est pousser trop loin la manie du symbolisme,

mais encore une fois les premiers héraldistes expliquaient tout, — même ce qu'ils ignoraient.

Rabelais s'est élevé avec force contre l'auteur de ce livre, et voici le jugement qu'il porte sur lui :

« Je ne sçai quoi premier en lui je doibve admii*er ou son oultrecuidance ou sa besterie.

« Son oultrecuidance, qui sans raison, sans

cause et sans apparence, ha ausé prescribre de son autorité privée, quelles choses seroient dénotées par les couleurs : ce qu'est usance des tyrans, qui veulent leur arbitre tenir lieu de raison ; non des sages et sçavanls, qui par raisons manifestes, contentent les lecteurs.

<c Sa besterie, qui ha existimé que sans aultres démonstrations et arguments valables, le monde régleroit ses devises par ses impositions badaudes... »

Les animaux tiennent une large place dans le blason.

Naturellement on a dû leur assigner une signification; ainsi, en prenant au hasard, nous voyons

que selon Topinion de graves écrivains dont les noms faisaient autorité :

Le Griffon est le symbole de la force jointe à la vitesse et à la diligence.

Le Lion et le Léopard indiquent la force, la magnanimité et la vaillance.

Le Cerf est habituellement concédé à un homme adonné au plaisir de la chasse et qui dans le temps d'une paix tranquille ou d'une retraite glorieuse, s'occupe à celte guerre innocente. — Mais le cerf indique aussi le succès et la rapidité.

Le Bœuf et le Taureau signifient le labeur et l'agriculture, la patience et l'assiduité au travail. Et à Tappui de celte opinion, on cite les monuments antiques décorés de têtes de bœuf désarmées, enlacées de festons et couronnées de fleurs qui, selon Pierrus, symbolisent la récompense des longs travaux.

Les Brebis et autres bêtes à laine, qui sont l'image de la douceur et de la mansuétude, marqueraient aussi les pays riches et abondants en pâturages.

LES SAVANTS AIX l'RlSES AVEC LE BLASIAS. 33 t' .'

Le Bouc et la Chèvre dénotent la pétulance, ou f ,

désignent un terroir montagneux, plein de roches f.

et d'escarpements. J t

Par le Cheval on a toujours indiqué l'iraage de ' i

la guerre, à l'exception cependant des chevaux nus '

et paissants, qui figurent le repos. ' '

La iicorae représente l'amour. :

Le Chien, la vigilance, la fidélité cl l'aflection. i (

Le Chat, rindcpendance. I .

Le Loup, l'homme cruel et sanguinaire, — un :

conquérant enclin au meurtre et au pillage. j

Le Itenardy un esprit malicieux, fin et rusé. ' '

Le Lièvre, un cœur pusillanime. ' 1

L'Ane, le travail et la patience. j f

L'Ours, un homme trop adonné aux choses lerreslres.

Le Castor, l'adresse et la persévérance.

VÀigle symbolise la puissance, la domination, de même que VArc et le Chêne.

Les Aiglons et les Lionceaux expriment la volonté qu'ont les descendants d'une famille de suivre les traces de leurs ancêtres. '

Les Alérions et les Merlettes représentent les ennemis désarmés et mis hors de combat.

Le Vautour et les autres Oiseaux de proie et de fauconnerie sont le partage des hommes de

guerre.

La Colombe est Timage de la société conjugale, de l'humanité, de la douceur et de la fécondité, de la clémence, de la simplicité et de l'union.

Le Cygne démontre une vieillesse glorieuse et honorable.

Le Perroquet marque l'éloquence.

Le Corbeau^ la médisance, la dissension et la discorde.

Le Paon^ l'opulence pompeuse et éclatante.

Le Coq, la bravoure et la hardiesse^ la fierté et le courage.

Le Pélican^ le dévouement.

La Grue et le Héron ^ la vigilance.

La Chouette, la science.

La Cigogne, la reconnaissance et la piété filiale*

Le Dauphin exprime le commandement sur mer.

LES SAVANTS AIX PRISES AVEC LE BLASON. Vo

V Olivier est le symbole de la paix ; — le Cyprè$^ celui de la mort et de l'affection ; — la Vigncj c'est la joie et la récréation ; — le Figuier, la douceur et la tranquillité de la vie.

Le Pommier et son fruit représentent Tamour.

La Grenade^ Tunion.

La Ro$e, la grâce et la beauté.

Le iis, l'espérance — comme toutes les Fleurs^ d'ailleurs — et les Fruits, la fécondité.

Le Chou indique la joie troublée

Faut-il encore citer la Balance, comme signe d'équité et d'impartialité ; — le Caducée, comme un gage de paix et de concorde ; — le Chandelier, qui montre la foi orthodoxe ; — le Chérubin, la science religieuse; — une Foi, la sincérité et la réconciliation; — le Cœur, la ferveur religieuse ; — la Comète, la renommée ; — les Etoiles, le bon et le mauvais destin ; — la Palme, la victoire ; — le Chapeau, la liberté

Dans la nomenclature des symboles applicables aux diverses pièces qui entrent dans la composition des armoiries, Théraldiste Baron, arrivé aux

mots sanglier et porc^ prétend que ces animaux représentent Thomme d'un naturel voluptueux et peu enclin aux exercices d'honneur et de vertu .

C'est peu flatteur pour les familles qui ont des sangliers ou des porcs dans leurs armoiries ; — aussi, désespéré sans doute d'être dans la nécessité d'avancer une opinion si désobligeante, Baron se hâte-t-il de lui donner une application toute spéciale, ce qui peut passer pour une subtilité des plus adroites.

Et d'abord il va au-devant de l'objection qu'on ne manquera pas de lui opposer.

c< Je ne doute pas qu'on ne me puisse objecter que ce que j'ai avancé ci-devant semble se contredire, en ce qu'ayant dit que les armes et tout ce qui les remplissoit étoit la marque et le caractère de la noblesse et de la vertu : que cependant, ceux qui portent en leurs armes de tels animaux et autres semblables qui dénotent des qualités vicieuses, ont de très-mauvaises démonstrations pour la marque el principe de leur famille. Il est aisé de parer à ce coup d'estocade : Je réponds donc

que vérilablçment les armcset toutcc qui Icscom ,

pose ont élë données et prises i>our les raisons cidessusetque, pour cela, on se sert (le cequi centre, ; *

pour mieuxfairecntendrcenconsidérationdequoy ^ k^

on a été annobly, et que bien souvent une victoire ou quelque serviw important en a été la cause. * *

Bien souvent on la désigne par la chose vaincue, i

terrassée, surpassée et surmontée ; comme par exemple, lorsqu'un capitaine ou commandant a abattu ou désarmé son ennemi, ou conquisquelque *

place sur un prince ou un seigneur vicieux, et f.

lorsqu'il voudra perpétuer cet exploit dans l'éter- • f

nel souvenir des hommes; pour lors il prendra pour armes un animal ou autre chose qui marquera les j

habitudes vicieuses de celui qu'il aura vaincu ; s'il a passé pour un voluptueux et adonné à l'intempérance, il pourra mettre pour mémoire un porc dans ses armes. »

Ainsi voilà qui est entendu : En ce cas le porc ne désigne pas l'anobli — mais bien son ennemi. j

Ce n'est pas généreux, après avoir vaincu quel- ' I

qu'un, de faire peindre un porc dans ses armes

pour perpétuer dans l'éternel souvenir des hommes la mémoire de son adversaire !

Il serait véritablement fâcheux, d'ailleurs, qu'on personnifiât Timage grossière d'un porc dans un écusson. — Quand il y figure, c'est généralement par allusion au nom de famille — ou en raison de quelque événement particulier — ou enfin par caprice royal — mais nous ne saurions trop le répéter, il serait absurde de se fonder sur les figures meublant un écu, pour en tirer une analogie avec le caractère ou les défauts pu qualités — de celui qui en obtint la concession.

Mais c'est assez, nous craindrions, en poussant plus loin cette nomenclature, de lasser la patience du lecteur, qui sait parfaitement que tous ces emblèmes s'emploient aussi en dehors de la langue du blason, auquel nous avons hâte de revenir.

Un autre admirateur de cette science, Oronce Fine, dit de Brianville, conseiller et aumônier du roi, publia vers 1660 le Jeu des armoiries qu'il dédia à S. A. R. deSavoye.

C'étaient des cartes ordinaires, portant chacune le nom d'un souverain ou d'une province et donnant l'explication des armoiries du monarque ou de celles du pays ; les as et les valets étaient changés en rois et chevaliers.

Avec ces cartes on jouait au hère, au malcontant ou au coucou, jeux aussi inconnus de nos jours que les cartes héraldiques, dans lesquelles nous avons trouvé cependant des renseignements assez curieux et qui apprennent, entre autres particularités :

Qu'il faut regarder comme une fable le dire de certains auteurs qui prétendent que les armoiries des rois de France, prédécesseurs de Clovis, étaient J

trois crapauds.

11 est vrai que d'autres soutiennent que ces ar- ^

moiries furent : les uns trois couronnes, les autres trois croissants, ou bien encore un dragon étranglant un aigle à l'aide de sa queue.

Oronce Fine nie tout cela. Quant aux fleurs de lis :

« Elles furent prises (dit-il), par Glouis après

qu'vn saint hermite de Joyennal luy eut dit qu'vn ange les luy auoit apportées du ciel pour en orner l'escu de France. Ceux-là n'en tombent pas d'accord qui disent qu'on n'en trouve point de vestige auant Louys le Jeune. Ses successeurs en semèrent leurs escus iusques à Charles VI qui les réduisit à trois. »

Baron confirme cette opinion, et dans son Art héraldique s'exprime ainsi : « Au temps que Clovis, premier roy chrétien, se faisoit baptiser à Rheims, furent changées (les armoiries) en trois fleurs de lys d'or en champ d'azur qui, par un miracle singulier, parurent dépeintes sur un étendart de soye blanche qui fut apporté du Ciel par un Ange qui mit cet oriflame entre les mains d'un saint Hermite vers Saint-Germain-en-Laye, pour le présenter à ce grand prince et augmenter par le présent l'éclat de la Cérémonie de son baptême qui fut le jour de Noël, l'an 496. »

Les fleurs de lis ont, d'ailleurs, donné lieu à de nombreuses dissertations touchant leur origine et leur signification.

Nous nous garderons bien de reproduire ici les opinions les plus contradictoires qui ont été émises à ce sujet, depuis celle qui soutient que les fleurs de lis ne sont que des crapauds mal dessinés, jusqu'à celle qui prétend qu'elles représentent les fleurs croissant sur les bords du Nil et qu'on confond à tort avec le nénuphar.

M. Borel d'Hauterive a dit, avec beaucoup de bon sens, que rien ne justifiait la nécessité de chercher l'origine des fleurs de lis ailleurs que dans la plante elle-même. Nous sommes entièrement de son avis.

M. Borel d'Hauterive aussi fixe à l'année 1576 la réduction à trois du nombre de fleurs de lis meublant l'écu des rois de France, et explique que le motif fui en l'honneur de la sainte Trinité.

« Le symbole du royaume de France se compose de trois et non de deux fleurs de lis pour porter en soi le type de la Trinité, et les trois lis ne forment qu'un symbole, comme les trois personnes ne forment qu'un Dieu. »

Ces détails ont été puisés par lui à une source

non suspecte, dans une charte donnée par le roi Charles V, le 14 décembre 1379. Ils sont donc exacts.

Passons maintenant aux pièces héraldiques et aux diverses âgures employées dans le blason.

Encore une fois, la présence de telle ou telle autre n'a pas, sauf de rares exceptions, de signification proprement dite ; mais comme il est certain que les noms de chacune d'elles ont une raison d'être, nous allons essayer de la démontrer et d'expliquer pourquoi les souverains et les hérauts d'armes multiplièrent l'emploi de quelques pièces, et pourquoi bon nombre de gentilshommes les choisirent de préférence à d'autres.

Quant à l'adoption des couleurs spéciales, il est facile d'en reconnaître le motif. Lorsque les ducs

de Bretagne, de Bourgogne, etc., créaient des nobles, avant la réunion de ces duchés à la couronne, ceux-ci ne manquaient pas, en signe d'hommage, ou tout au moins de reconnaissance, d'adopter soit le champ, soit une pièce des armes de ceux qui leur avaient conféré l'ordre de la chevalerie. C'est à cette coutume qu'il faut attribuer la similitude qu'on remarque dans les armoiries de la noblesse d'une même province : tels sont les ccus de Bourgogne, généralement de gueules, parce que le gueules était l'émail du blason des ducs, ceux de l'Ile-de-France d'azur, parce que l'azur était la couleur du champ de l'écu du souverain.

De même que les croix et les coquilles sont fréquentes sur les blasons normands, en raison de ce que cette province fournit nombre de chevaliers aux croisades, les merlettes abondent en Champagne, les tours et les châteaux en Provence, et les lions en Guyenne.

Revenons aux étymologies, nous arriverons ensuite à la partie anecdotique de ce travail.

Les étymologies ! là plus que jamais nous som-

mes en présence d'une confusion extrême et d'une divergence d'opinions incroyable. Relatons -en quelques-unes, en les donnant pour ce qu'elles valent.

Le pa/, une des pièces honorables les plus usitées, soulève tout d'abord une question de rébellion contre l'autorité académique.

L'Académie française veut qu'on dise : un pal, des paux, et les héraldistes soutiennent mordicus qu'il faut : un pal, des pals, c'est l'usage qui l'emporte — et les paux ne figureront jamais que dans le dictionnaire de la docte assemblée.

Qu'est-ce qu'un pal ? ou plutôt que représentet-il ? bien des choses :

La lance du cavalier;

Le poteau, qu'en signe de juridiction, le châtelain faisait dresser devant le pont-levis de son manoir féodal ;

Une pièce d'étoffe ; — les anciens tapissaient les murailles d'étoffes diverses alternées et posées lés par lés, — et le mot tapisser se disait alors paler, — de là le mot pal, bande perpendiculaire.

A ces opinions, si nous joignons la nôtre, nous

ajouterons que le pal vient de palissade, qu'il re-

. présente un pieu, et qu'il est destine à rappeler

un assaut ou la prise d'une place défendue par

des ouvrages en bois.

La bande et la barre représentent l'écharpe du chevalier — comme la fasce sa ceinture.

Le giron vient du mot giro^ tourner; cette pièce ressemble à une marche d'escalier en spirale et est l'emblème de la prise d'une tour.

Le maclej qjii dérive du latin macula^ figure la maille des filets de chasse ou de pêche, et celle de la cotte dont se revêlait le chevalier.

Le chevron représente les éperons du cavalier, ou les étais en bois destinés à soutenir les travaux de fortification.

Le pairie {pergula) est la fourche dont on se servait pour étendre les habits sacrés et suspendre les lampes dans les églises.

Le sautoir^ ou croix de Saint-André^ était jadis un cordon de soie ou de chanvre couvert d'une étoffe précieuse, et qui, attaché à la selle du che-

val, servait d'étrier pour monter dessus, ce qui lui a fait donner le nom de sautoir.

Lsi pile ^ du hiin pilum (trait), représente les bâtons armés de fer, dont les anciens se servaient dans les combats.

Outre ces diverses pièces principales du blason, il est un grand nombre de figures qui ont une signification déterminée. Aussi ne les rencontre-t-on généralement que sur les écus des familles anciennes ou de celles qui ont été en possession de certains droits.

Nous citerons entre autres :

Le besant^ pièce de monnaie de Byzance.

Le besant indique souvent que la famille a eu quelqu'un des siens prisonnier des infidèles et obligé de payer sa rançon, — presque toujours qu'elle descend d'un croisé ; — mais quelquefois aussi^ le besant est une marque des fonctions de maître d'hôtel, de trésorier ou d'argentier des rois de France.

Les billettes servent aussi à indiquer ces fonc-^ tions ou des charges de finance.

Toutefois elles sont plus souvent employées comme représentation des briques avec lesquelles les seigneurs féodaux avaient seuls le droit de faire construire leurs demeures.

Les aiglettes indiquent ordinairement la part prise à quelque grande bataille.

Vanille indique la possession d'une maison ayant pignon sur la rue.

Le bar indique la possession de terres coupées par des rivières.

Le bourdon indique les voyages en terre sainte, ainsi que les canettes ^ les merlettes^ les coquilles.

Le bourrelet indique la noblesse militaire, — comme le badelaircj — la bouterolle^ la molette d'éperon^ la banderole^ le casque j les crampons^ Vépée, les fers de lance , de dard, etc., les flèches.

IjC lambelj qui vient du vieux mot gaulois /a- 6e/, rappelle le nœud de rubans que Ton attachait au col du heaume, il pendait en arrière ; quand on le plaçait au-dessus de Técu, il en couvrait la plus haute partie et servait à distinguer, dans les tournois et les cérémonies, les enfants de leur

père; il n'y avait que ceux qui n'étaient pas mariés qui en portassent. C'est pour cette raison que le lambel est employé par les puînés comme brisure.

La chaudière^ employée fréquemment dans les armoiries d'Espagne et de Portugal, est l'attribut particulier des Ricos Nombres qui nourrissaient les soldats levés par eux.

Les clefs dénotent un titre de seigneur châtelain, ou la charge de gouverneur de lieux fortifiés.

La cloche indique la noblesse commencée par l'échevinage; noblesse de cloche, disait-on autrefois, par allusion aux cloches qu'on mettait en branle, pour célébrer l'élection des échevins.

Les coupeanx indiquent la possession de châteaux construits sur des points élevés.

Le crancelin ou partie de couronne, qui vient du mot allemand krenslin^ signifie petite couronne ou chapeau de fleurs.

Le doloire^ du latin dolobra^ représente un couteau de sacrificateur.

LE POURQUOI ET LE œMMENT. 59

Les poissons j en général, et particulièrement les écrevisseSy indiquent le droit de propriété sur un cours d'eau.

Le fer à moulin indique la possession de moulins, où les vassaux étaient obligés, en payant une redevance, de faire moudre leurs grains.

Le gambisson représente le pourpoint de cuir rembourré, qui se portait sous le haubert.

La girouette est l'emblème du droit féodal.

Le gland indique la possession de forêts.

Le hamaïdej que certains auteurs croient être une barrière à jour, de trois pièces, semblable à celles qui traversaient les grands chemins, pour faire payer le droit de passage, indique la possession de ce droit seigneurial de passage; — il est vrai que d'autres héraldistes prétendent que le hamaïde représente tout simplement un chantier, propre à soutenir les tonneaux dans les caves, lesquels sont appelés hames en Flandre *

Tenons-nous à la première version, qui est beaucou{) plus héraldique.

Le ruste vient du mot allemand raute et représente les écrous des portes de castel.

Les têtes de Maure indiquent une ancienne noblesse, elles représentent les prisonniers faits sur les infidèles, lors des croisades.

Les anneaux prennent leur nom, dit-on, des anneaux que, dans les tournois, les chevaliers étaient appelés à enlever avec la lance pour faire preuve de leur adresse, ainsi qu'au jeu de bagues. On prétend aussi qu'autrefois l'anneau figurait le plan d'une tour vue à vol d'oiseau. Les anneaux prennent aussi le nom de vireSj du latis viriae^ et parfois signifient les bracelets enrichis de pierres précieuses que les femmes, dans les joutes et les tournois, donnaient souvent comme gages à leurs chevaliers.

[îne pièce très-peu usitée en blason, mais qu'on y rencontre cependant , est Vécope^ espèce de pelle de bois longue et recourbée, dont on se sert pour arroser les toiles sur les prés.

LEii ARMOlIttES DES SOUVBRAtHS

Peut-être nous saura-t- on gré de donner l'explication de certaines armoiries souveraines.

Sans les passer toutes en revue, nous signalerons seulement celles qui sont de nature à présenter quelque intérêt.

Depuis Louis le Jeune jusqu'à Charles V, les rois de France ont porté : d'azur, semé de (leurs de lis d'or sans nombre. Nous avons dit qu'en i 576, Charles V réduisit à trois les fleurs de lis. Depuis l'avènement au trône de Henri IV, nos rois, prenant le tilre de rois de France et de Navarre, poi-tèrent jusqu'en 1850, les armes de Navarre accolées à celles de France. Ces armes étaient : de gueules, aux chaines d'or posées en croix en sautoir et en double orle, enfermant une émeraude nt amr.

*Les chaînes de Navarre furent prises pour armes par Sance le Fort, roi de Navarre, après qu'il eut défait Mahomet le Vert, miramolin d'Afrique et d'Espagne en 1212. Ce caUfe avait fait tendre des chaînes tout autour de son camp pour en défendre Feutrée, mais cet obstacle n'arrêta pas Sance, qui le força, après s'être emparé des chaînes, qu'il fit suspendre en trophées en diverses églises de la Navarre, et dont il fit la pièce principale de ses armes, en les disposant en croix, en souvenir des armes de son prédécesseur, Eneco Arista, qui portaient une croix.

Avant lui, Garcia Ximenez portait : de gueules plain^ il prétendit avoir vu un jour un écu briller au ciel, sur lequel était représenté un chêne surmonté d'une croix, et ce fut la cause que les armes de Navarre furent , jusqu'au changement apporté par Eneco : (Tor, au chêne de sinople, pommelé de gueules.

Pendant le règne de la maison d'Orléans, les armes de France furent : d^azur\ au livre d^or^ chargé de ces mots*: Charte de 1830.

LES ARUOmiES DES S0IIVEIU1NS. tS •'

Les armes impériales, aujourd'hui celles de la i

France, sont celles que l'empereur Napoléon I" choisit pour remplacer les siennes propres, qui étaient : de gueuleSy à deux barre* d'or^ accompa- t

gnéet de deux étoiles de même, l'une en chef et ^ »

l'autre en pointe. ^

Ces armes sont, on le sait : d'azur, li l'aigle j

d'or, empiétant un foudre du même.

L'aigle était l'enseigne de l'empire romain .

La division des deux empii-es d'Orient et d'Occident donna naissance à l'aigle à deux têtes d'Autriche, qui, regardante droite et à gauche, mai-que cette séparation d'Ëtats. On prétenil aussi que les aigles à deux têtes viennent des aigles de Varus, que les Germains victorieux auraient par dérision attachées dos« dos '.

Le globe surmonté d'une croix, qui domine les couronnes souveraines, a pour objet de continuer la tradition remontantà Justinion, qui se fit élever une statue sur une colonne tenant un pareil globe,

< En blason, aij;le esl réminin.

44 L'ART HÉRALDIÇTE.

c< pour signifier, selon Suidas, que par la croix, les empereurs chrétiens avaient subjugué Tunivers. ».

Saint Etienne, premier roi de Hongrie, prétendit avoir obtenu en 1000 le diadème royal du pape Sylvestre II, par l'inspiration d'un ange et par ordre exprès de Dieu, pour le récompenser de la conversion de son peuple.

Et pour en témoigner sa reconnaissance, il ordonna qu'on porterait toujours une croix devant lui ; de plus, il fit son blason d'une croix patriarcale de gueules sur argent.

Ses successeurs changèrent ces armes en un écu burelé d'argent et de gueules de huit pièces; les quati*e d'argent, représentant les principales rivières du royaume : le Danube, la Drave, le Nisse et la Save; les quatre de gueules, le terroir rougeâtre et' fécond en minéraux de toute espèce.

Dans les armes d'Angleterre, on remarque les léopards, enseigne particulière de l'Angleterre proprement dite, et la harpe, armes d'Irlande,

qui furent prises par un des premiers possesseurs de i'ile, qui se nommait David, exemple qui Tut imité depuis par la plupart des familles françaises f

du même nom.

Le Léopard fut adopté par Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, parce qu'il considéra que c'i'v tait le véritable emHème qui lui couTÎnt, le léopard passant pour être un billard, puisque Pline soutient qu'il est le produit des relations d'une panthère mâle et d'une lionne.

Le roi de Bohême porte dans ses armes un lion à queue fourchée.

Au pi'éalable, il perlait une aigle-, mais l'empereur d'Allemagne, Frédéric 1", changea l'aigle en lion en faveur de LadJslas II; par malheur, l'artiste chargé de représenter le noble animal, avait ^ ii plus de bonne volonté que de talent, et il fit au bon une queue si courte, que les soldats de Lidisias refusèrent de reconnaître dans cette peinture l'image du roi des animaux, et s'obstinèrent à n'y voir que celle d'un singe.

Qui fut mécontent? ce fut Ladislas. C'était bien

af

naturel ; il avait le droit de s'armer d'un lion, et on prenait ce lion pour un singe. C'était désagréable ; aussi, cédant à un mouvement de dépit très-compréhensible, il fit non-seulement allonger la queue de son lion, mais il voulut qu'il en eût deux, et deux bien dressées et passées en sautoir.

C'était une idée originale; mais il faut avouer qu'il devenait impossible de prétendre désormais que le lion manquait de queue, puisqu'il en avait deux au lieu d'une.

Depuis, la Bohême a conservé le lion à double queue, et à son exemple d'autres l'adoptèrent.

Les trois lions d'azur qui figurent dans les armoiries du Danemark, représentent les trois bras de la mer Baltique, comme les trois couronnes qui se trouvaient anciennement dans celles de la Suède, marquaient l'alliance des trois royaumes de Suède, Danemark et Norwége.

Léopold II, duc d'Autriche, revenait d'un combat contre les infidèles, sa cotte d'armes en toile d'argent toute couverte de sang; comme on lui

LES ARMOIRIES DES SOUVERAINS. Al

déceignil son écharpe, il ne parut de blanc sur lui que la place qu'elle recouvrait. A partir de ce moment, il porta : de gueules^ à la fasce d! argent.

Tous les auteurs ne sont pas d'accord sur ce point.

Certains prétendent que ce même Léopold, afin de rallier les chrétiens mis en déroute par les Sarrasins, aurait combattu longtemps, tenant d'une main une épée et de l'autre une écharpe blanche qui fut teinte du sang des ennemis, après quoi il l'attacha au bout d'une lance et la montra aux fuyards qui, reprenant courage, firent des prodiges de valeur et gagnèrent une victoire que Léopold célébra en adoptant les armes que nous venons d'indiquer.

Cette version n'est guère probable et manque de vraisemblance ; car, puisque ce fut à la vue de l'écharpe rougie par le sang des Sarrasins que les chrétiens se rallièrent, il eût été alors beaucoup plus naturel que Léopold prît pour armes une fasce de gueules qu'une fasce d'argent.

Un héraldiste allemand soutient, peut-être estil dans le vrai, que la fasce représente tout simplement le Danube qui traverse TAutriche, a dont le terroir est rougeâtre, » ajoute-t-il.

Il faut généralement se défier des récits chevaleresques pour lesquels les écrivains d'autrefois avaient un faible tout particulier; ce sont bien souvent des fables entièrement dues à leur imagination, toujours portée vers les prouesses et les hauts faits militaires.

Même incertitude et mêmes fictions à l'égard du Portugal.

Alphonse Henriquez, petit-fils de Hugues Capet, prit pour armes : (Targent, à cinq écussonsd^azur en croix^ chargés chacun de cinq besanls d'argent en sautoir.

On ne manque pas de raisons pour en expliquer le motif.

Alphonse vainquit cinq rois maures à la bataille d'Ourique, en 1139.

Il conquit cinq bannières dans cette bataille.

Il y reçut cinq plaies.

Il y vit Jésus-Christ montrant ses cinq plaies et combattant pour lui.

On n'a que l'embarras du choix.

Le roi de Castille, Alphonse le Noble, après la bataille de Muradat, eut le pavillon du miramolin pour sa part du butin, et il le représenta sous forme de château dans ses armes.

Les armes d'Aragon sont : d^or, à (juatre pals de gueules.

Voici pourquoi :

Geoffroy le Velu, comte d'Aragon, à l'issue d'une bataille, vint tout sanglant se présenter devant le roi Charles le Chauve, pour lui annoncer la victoire ; le roi, trempant ses quatre doigts dans son sang, les porta sur son écu d'or, et les tirant

de haut en bas, forma quatre pals de gueules.

La Galice porte un calice d'or, par allusion au mot Galice.

L'Andalousie : un roi sur son trône, symbole de la conquête de Séville sur les Maures, en 1248, par Ferdinand II.

Grenade : une grenade, allusion au nom qui fut

donné à la capitale de ce royaume, en raison de ce que ses maisons étaient nombreuses el pressées les unes contre les autres, comme le sont les grains d'une grenade .

Les armes de Jérusalem offrent une particularité singulière ; — tout le monde sait qu'en blason, on ne peut mettre couleur sur couleur, ni métal sur métal, — ces sortes d'armes sont dites à Enquerre, c'est-à-dire de nature à ce qu'on s'enquière du motif qui les a fait prendre.

Or, Godefroy de Bouillon savait cela, et désireux qu'on sût qu'il était bien le conquérant de la ville sainte, il composa une figure avec les lettres H et J, les deux premières de Hierusalem (ce que plus tard on a pris à tort pour une croix potencée), et la peignit d'or sur un fond d'argent, de manière à ce que les curieux ne manquassent pas de s'informer du pourquoi et d'apprendre ce qu'il désirait tant qu'on sût.

Il est aussi l'auteur des armes de Lorraine, proprement dite, qui sont : âJor^ à la hande

de gueules^ chargée de trois alérions d^argent.

Ces alérions rappellent une prouesse du célèbre conquérant. En faisant le siège de Jérusalem, il décocha un jour une flèche qiïi dans son parcours enfila trois oiseaux qui se promenaient dans l'espace.

Ce coup de flèche est assez joli, et on s'explique que les ducs de Lorraine en aient voulu garder le souvenir, en mettant les trois oiseaux dans leurs armes.

Cependant l'anecdote est contestée, ou plutôt elle a une variante ; la voici :

Il paraîtrait qu'une querelle s'étant engagée entre les Francs et les Lorrains au milieu d'une fête donnée par le roi Pépin le Bref, le duc Begon, qui remplissait l'office de sénéchal, se mit à la tête des gens de cuisine, les arma de pestels, de cuillers et de crochets, puis, saisissant lui-même une broche garnie de pluviers qui tournait paisiblement devant le feu, en attendant l'heure du dîner, il se jeta au milieu de la mêlée et y fit un grand carnage.

Ce serait donc en souvenir de ce fait culino-héroïque que les seigneurs de la maison de Lorraine auraient fait représenter la broche célèbre sur leur écu, en lui donnant toutefois une forme plus héraldique, c'est-à-dire en la métamorphosant en une bande, chargée de trois alérions faisant l'office de pluviers.

Pour notre compte, nous n'ajoutons qu'une très-médiocre foi à ces deux récits inventés par les héraldistes de jadis, bonnes gens qui imaginaient volontiers les contes les plus burlesques et les imposaient comme de grosses vérités, pour satisfaire la manie qu'ils avaient de vouloir tout expliquer.

Nous ne sommes pas le seul d'ailleurs à nier l'authenticité de l'origine de ces armoiries, puisque l'auteur de la Science des armoiries avance que les alérions qui chargent la bande du blason de Lorraine forment tout simplement l'anagramme du mot : Lorrain

C'est possible ! — avec un r de moins toutefois?

Les armes d'Ecosse étaient : (Tor^ au lion de gueules y enclos dans un double trescheur ou essonnier fleuronné et contre-fleuronné de gueules.

Ces armes furent réglées par l'empereur Gharlemagne qui permit à Achains, roi d'Ecosse, d'enfermer le lion dans un trescheur pour perpétuer à la postérité la mémoire de l'alliance offensive et défensive qu'ils contractèçent ensemble envers tous autres princes et potentats aux environs de l'an 809.

Dest armoiries souveraines, passons à celles des princes, des ducs, etc., pour arriver ensuite aux blasons des nobles.

Les ducs de Lorraine portaient les armoiries de Hongrie, de Naples, de Jérusalem, d'Anjou, de Gueldre, de Julierç, de Bar et enfin de Lorraine.

Nous avons parlé de celles de Jérusalem et de Lorraine.

L'écu de Bar montrait originairement deux truites, que Renard, fils puîné de Thierry P', trouva bon de changer en deux bars adossés et d'en faire ainsi une armoirie parlante.

Guillaume au Court nez, prince d'Orange, ne dédaignait pas ce genre de rébus, et affreusement camard, ce souverain prit pour armoiries, comme prince d'Orange, un cornet, dont avec un peu de bonne volonté on arrive à faire Cor... né ou Cour... nez. Il est vrai que cette facétie a jeté une

certaine confusion sur le motif du sobriquet imposé par l'histoire à Guillaume au Court nez, et quelques étymologistes prétendent que son nom vient au contraire du cornet de ses armes.

A qui s'en rapporter ?

De Guillaume au Court nez la principauté d'Orange passa à la maison des Baux, qui portait : de gueuleSy à une étoile à seize rais d'argent^ en souvenir de rétoile qui guida les mages -rois vers | rétable dans laquelle venait de naître Jésus-Christ, et prétendait descendre de l'un de ces rois-mages.

A ce compte, elle serait presque aussi ancienne que la maison de Levis, qu'on prétend être alliée» à celle de la Vierge et descendre de la lril)u de Lévi.

On raconte qu'avant de partir pour la croisade, un Levis alla prier Dieu dans la chapelle de son castel afin qu'il bénît ses armes, et qu'afçenouillé devant une statue de la Vierge, il la vit soudain s'animer et lui faire signe de se lever.

Quelque brave que fût Levis, il ne put réprimer un. mouvement de crainte.

— Ne craignez rien, mon cousin, lui dit la statue.

Et elle lui expliqua sa généalogie.

On prête au roi Charles X un mot assez joli à son sujet.

11 était question devant lui de l'ancienneté de la famille Levis.

— Lors du déluge, fit le roi en souriant, et quand tout fut prêt dans Tarche, Noé se retourna et dit h un de ses enfants qui veillait à ce que rien de ce qui devait s'y réfugier ne manquât :

— N'oublie pas surtout les papiers delà famille Levis.

Les sirènes qui tiennent les armes de Naples rappellent la sirène Parthénope dont on voyait autrefois le tombeau dans la ville de ce nom.

La Weslphalie porte un poulain dans ses armes par allusion au mot phaleUy qui en vieux saxon signifie poulain. — C'est donc une armoirie parlante.

Les Médicis portaient : (Tor^ à cinq tourteaux de

TRAIHTIOSS CT FANTAISIES. bl

gueules, $urjn(mté$ (Tuntixième d'azur, chargé de (roù fleurs de lis d'or.

Voici ce qu'on racûnt4', r-elativemcnt à l'origine de cesaiinoiries.

Evrard de Médicis, soulcnanl Charlemagne contre les I^ombards, se mesura contre le géant Miigel ; celui-ci leva sur lui sa massue de laquelle pendaient cinq gouttes de sang; Evraitl évita le coup en préscDlanl son écu, qui reçut le choc et l'empreinte des cinq gouttes qui formèrent les cinq tourteaux de gueules conservés par les descendants de Médicis, en souvenir de cette lutte.

C'est la version la plus accrédilée; toutefois il en existe une autre beaucoup moins enjolivée.

Il paraîtrait que c'est tout simplement des pilules, faisant allusion au nom de Médicis, que représentent les cinq tourteaux de gueules.

Ce fut Louis XII qui octroya, en 1509, à Pierm de Médicis le sixième tourteau — ou pilule !

Les géants jouent un grand rôle dans l'histoire héraldique, et cela s'explique, si on songe que les armoiries, nées de la chevalerie, ont dû nécessaire-

menl se ressentir du goût du merveilleux, si général au moyen âge.

Les Sforza, qui possédèrent aussi le duché de Milan, portaient : d'azur^ au lion (Tor^ tenant de la patte gauche une pomme de coing.

Mutio Attendulo, surnommé Sforza « pour son grand courage qui forçait tout, » prit le lion dans ses armes, comme image de force, et lui mit un coing dans la patte, par allusion au lieu de sa naissance.

Scala, duc de Parme, Lucques, etc., eut des aïeux, poriant le prénom de Mâtin; ce fut en souvenir d'eux qu'il se composa des armoiries : de gueules^ à V échelle cFor en pal^ tenue par deux chiens de même; les chiens faisaient allusion aux mâtins et l'échelle au nom de Scala.

Les armes des Caraffa ont à peu près la même origine que celle des Médicis ; armes et nom viennent du fait suivant :

Un grand capitaine sortait d'un combat tout couvert de sang; comme l'empereur d* Allemagne ^embrassait en le félicitant, il laissa sur sa cui-

rassc d'argent les marques de scfs doigls et l'empereur lui dit : Cara fe m'é la vostra cara fe. — Depuis lors lut et ses descendants prirent le nom de Caraffa et pour armes : de gueuleSy à trois fasces d^ argent.

Les Colonna portent : de gueules^ à la colonne d'argent.

Nom et armes viennent de ce qu'un des leurs apporta la sainte colonne de Jérusalem, à ce que dit la tradition.

Un Ursin fit quelque chose d'approchant; il portait l'étendard de l'armée chrétienne, bandé^ dor et de gueules; sommé de se rendre, il s'enveloppa dans le drapeau et préféra mourir; les soldats Tenterrèrent ainsi enveloppé et couvrirent son tombeau de roses.

Les Ursins portent : bandé d'argent et de gueules^ au chef d'argent^ chargé dune rose de gueules^ etc.

Le premier qui fut désigné sous le nom d'Ursin était Mundilla^ lils du prince Aldouin qui fut allaité par une ourse.

Les Michaeli de Venise portaient vingt et un besants sur des fasces d'argent, parce que le doge Dominico Michaeli se trouvant à la croisade sans argent, fit faire, pour payer ses soldats, des monnaies de cuir qu'il remboursa plus tard avec de la monnaie d'or.

La maison de Frangipani est originaire de Rome. Son nom lui vient, dit-on, de ce qu'un des siens distribua du pain aux pauvres dans un temps de grande disette. Ce fut aussi ce qui leur fit prendre pour armes : d'azur j à deux mains d'argent^ tenant un pain d'or^ coupé en deux moitiés. Muggio Frangipani servit en France dans les troupes du pape, sous le règne de Charles IX. Ce fut lui qui, au dire de la Chesnaye des Bois, ce inventa la composition du parfum et des odeurs qui retiennent le nom de frangipane. »

Les chanoines comtes de Lyon portaient dans leurs armoiries un lion et un griffon affrontés, pour distinguer les deux juridictions temporelle et spirituelle ; le lion, surmonté d'une couronne de comte, marquait leur dignité de comte de

TRADITIONS ET FANTAISIES. 6i

Lyon. Le griffon, par sa nature moitié aigle et moitié lion, désignait les deux parties de la ville, dont Tune était de l'Empire, qui a Taigle pour symbole, et Tautre du Forez, dont un lion est la principale pièce des armoiries.

La famille de Chateaubriand portait originairement : de gueuleSj semé de pommes de pin d'or. A l'occasion du courage déployé par un de ses membres, Geoffroy V, à la bataille de Mansourah en 1250, le roi Louis IX l'autorisa à remplacer les pommes de pin par des fleurs de lis.

Le mari de la nourrice de Charles IX fut anobli et recul pour armoiries : Semé de France^ à la VACHE d'argent^ couronnée d'une couronne antique^ accolée et clarinée^ le tout de gueules.

C'est ce qu'on peut appeler une armoirie symbolique.

La nourrice de Louis XV reçut aussi la noblesse, ainsi que son mari et toute sa lignée, et ce en considération de ce que ladite dame avait eu le bonheur d'allaiter successivement deux fils de France

qui furent tous deux dauphins, on lui donna pour

'ai* i'ciIl

armes : coupé (Tor et (Targent^ chargé de deux fleurs de lis d^or^ de deux dauphins adossés^ avec une couronne royale posée sur le coupé.

Au temps de Louis d'Outre-mer, le flls de Richard, duc de Nonnandie, fut confié au roi de France par les états normands, qui donnèrent à l'enfant pour gouverneur le chevalier Osmond.

Or, Osmond soupçonnant de mauvais desseins

à regard du jeune héritier de la Normandie,

songea à l'enlever ; un jour, profitant d'une par-

W tie de chasse, il mit le jeune duc dans une

botte de fourrage, le prit en croupe, et s'enfuit avec lui chez le comte de Laon, parent de son pupille.

Depuis cette époque, et en mémoire de cet événement, la maison d' Osmond a porté sur son écu un cheval renversé d'hermine avec la devise : nihil obstat, pour exprimer la rapidité avec la-

Ji

f j quelle le chevalier Osmond sauva le prince nor-

! mand.

r" Les comtes de Toulouse portaient jadis : de

^îl gueules^ au mouton d^ argent.

L'un d'eux, Torsin, investi par Gharlemagne, ea SiO, du comté de Toulouse, se mit en guerre pour aller combattre les Maures ; et la tradition rapporte qu un ange lui changea ses armoiries sans qu'il s'en aperçût, en substituant une croii d'or au mouton.

Personne ne vit l'ange, mais chacun put voir la croix, qui ne quitta plus le blason des comtes.

La maison de Béarn porte : d'or, à deuxvache$ de gueules.

« Ces vaches marquent possible l'ancien nom des Vaccéens, d'où les Béamois se disaient originaires, ou l'aboiuiartcedespàluragesquientrelien- tlf^ nent les vaches en quantilé dans le Béarn : du moins, c'est faussement qu'on les tire du miracle des vaches qui traînèrent le corps de saint Volusian. » (Oronce Fine.)

L'origine de Vltermine de Bretagne n'est guère plus définie.

Selon Bichard de Vassembourg, Je roi Arthur combattant le géant Frollo, vit la sainte Vierge, qu'il avait invoquée, laisser tomber sur son écu

ïlf-

un pan d'hermine par la vertu duquel il vainquit le terrible géant.

Ce fut pour prouver sa reconnaissance à la Vierge qu'il abandonna ses armoiries : (Tazur à treize couronnes, pour celles d'hermine plain. C'était bien le moins qu'il pût faire.

Charles d'Anjou, qui fit la conquête de Naples, étant un jour à la chasse, fut renversé de cheval en luttant contre un ours. Le prince se trouvait ainsi en danger de mort; soudain un des officiers de sa suite, Horace Bonfigli, accourut à son secours, abattit d'un coup de sabre une patte de l'animal et donna sa monture au prince ' français, qui l'embrassa, et, par un jeu de mot gracieux, l'appela son bon fils.

En souvenir de ce fait, les descendants d'Horace, devenus : de Bonfils, échangèrent le griffon qu'ils portaient dans leurs armes, pour une patte d'ours, et leur blason devint : de gueules, àunepatte d^ours d'or, onglée de sable; au chef d'azur^ chargé de trois fleurs de lis d'or.

Les famille de Bouillane et de Richard doivent

leurs armoiries à un fait semblable. François Bouillane était un bûcheron de la forêt de Vercars, en Diois, qui avec Michel Iticbaixi, un autre bûcheron de la vallée de Quint, sauvèrent la vie au roi Louis XI, encore dauphin, un jour qu'il chassait à Vercars, cl cela en abattant un ours blessé qui grimpait, à la poursuite du royal personnage, le long d'une roche où il s'était réfugié.

L'ours mort, le dauphin descendit de la roche, et après avoir embrassé Michel Richard et François Bouillane devant toute sa suite, il leur présenta son épée, en disant :

— A l'avenir, vous porterez le glaive en place de la cognée, et pour armes je vous octroie un écu d'argent, à deux épécs croisées, à la poignée desquelles sera suspendue la patte emblématique de l'ours, que vous avez si vaillamment occis.

Ce blason fut simplifié plus tard, car les Bouillane portent ; d'azur, à la patte d'ours, mise en bande. .

Les armes anciennes des de Sèze étaient : d'azur, à trois tours d'argent, rangées en fasce, et accom-

pagnées en chef de deux étoiles d^or et d'un croùsant de même en abîme.

Ce-fut un membre de cette famille qui défendit Louis XVI. — En souvenir de ce service, le roi Louis XVIII autorisa en 1817 le comte de Sèze à substituer c< au croissant et aux trois tours qui s'y trouvaient, des fleurs de lis sans nombre et une tour figurant la tour du Temple. »

La maison d'Orsanne portait jadis : d' argent j au chevron de gueules. — René d'Orsanne fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers en 1556, et resta trois ans captif en Angleterre. Le roi Jean, pour perpétuer le souvenir de la valeur qu'avait déployée René, ajouta à ses armoiries un chef d'azur^ chargé de trois macles d'or, emblème de trois anneaux de chaîne, en mémoire de ses trois années de captivité, et lui composa cette devise : Spes captivos alit.

La maison de Las Cases porte : d'or, à la bande d'azur et à la bordure de gueules. La tradition dit ceci : Un ancêtre de cette famille, compagnon d'armes d'Henry de Bourgogne, fondateur du

royaume de Portugal, s'élait vu confier, dans une bataille livrée aux Maures, la bannière de ce prince. Après avoir fait des prodiges de valeur, il ne lui resta plus, à l'issue du combat, qu'un lambeau de cette bannière. Henry voulut alors que ce glorieux débris, entouré d'une bordure rappelant le sang que son porte-étendard avait versé pour lui, devînt l'emblème héraldique du vaillant chevalier, auquel il donna pour cri de guerre, les mots : Sem- /)er/?(iraîus,et pour sa part de butin, les habitations (en portugais, las casas) des Maures qui se troU' vaienten vue du champ de bataille. — Les armes, la devise et le nom de cette famille, viennent donc delà.

Jean d'Âvesnes, fils de Marguerite de Flandre, ayant injurié sa mère, en présence du roi saint Louis, le monarque exigea qu'à l'avenir le lion qu'il portait dans ses armoiries fut privé de sa queue, de ses griffes et de sa langue. Ce lion ainsi mutilé devint en effet la principale pièce de l'écu de la maison d'Âvesnes.

Le frère d'Herbert comte de Vermandois ayant

trahi la cause royale, fut obligé d'échanger ses armes, qui étaient : échiqueté d'or et d'azur^ en celles : de gueules^ à la panthère d'argent; la panthère étant considérée comme le symbole de la félonie.

Les armes d'Auvergne sont : rf'o?% au gonfanon de gueules y frangé de sinople. Ce gonfanon est celui que porta Eustache, comte de Boulogne et frère de Godefroi de Bouillon, à la conquête de la terre sainte, — du moins les historiens auvergnats le prétendent.

La féeMélusine, moitié femme et moitié serpent, que la poésie a immortalisée et dont la crédulité du vieux temps a pris l'histoire au sérieux, naquit à Lusignan, selon la chronique. Ce fut la raison qui tit prendre à la famille de Lusignan un cimier qui se compose d'une sirène sortant à mi-corps d'une cuve d'argent, cerclée d'azur, et qui d'une main arrange sa chevelure et de l'autre tient un miroir ovale.

Vers H 45, Henry le Libéral, comte de Champagne, était destiné à mourir sous les coups de

trois gentilshommes qui avaient conspiré sa perte; les meurtriers attendaient leur victime dans un couloir obscur du palais. Une femme, nommée Anne Meunier, qui les vit et put entendre leurs paroles sinistres, n'écoutant que la voix de sa conscience — elle n'avait pas le temps nécessaire pour aller chercher de l'aide — appelle le chef du complot, l'éloigné de ses compagnons, et soudain, s' élançant sur lui, elle le terrasse, avant même qu^il ait pu se mettre en défense, puis elle attaque les deux autres, et malgré les blessures reçues dans la lutte, elle parvient à maintenir les assassins jusqu'à ce qu'on soit venu les arrêter.

En récompense de cette héroïque action, Anne Meunier, ainsi que son mari, Gérard de Langres, fut anoblie et dotée d'un écu : (Taziir^ au lion d'or, emblème de la force virile qu'elle avait déployée dans cette circonstance. — La devise Vincit omnia lui fut en outre concédée.

La famille d'Estaing porte les armes de France, avec un chef d'or pour brisure. Ces armes lui furent concédées par Philippe Auguste comme témoi-

gnage de, sa reconnaîssance envers Dieudonné d'Estaing, l'un des vingt-quatre gentilshommes commis à sa garde, en raison de ce qu'à la bataille de Bouvines, ce noble combattant s'était élancé audevant d'un coup qui menaçait le roi, et lui avait ainsi sauvé la vie, au péril de la sienne.

L'empereur Robert, de la maison de Bavière, guerroyait de concert avec le duc Sforce, dont les drapeaux étaient ornés d'une pomme de coing garnie de ses feuilles. L'Empereur dit à ce sujet, que si cette pomme de coing était entre les pattes de son lion il ne ferait pas bon venir lui tirer des ongles ; et dès le moment, la maison de Sforce ajouta un lion à ses armoiries.

Les ducs de Milan portaient : (Targent^ à une gmvre d'azur^ couronnée (Tor^ halissante de gueules. Boniface, comte de Pavie, se maria à Blanche de Milan, et le premier enfant qu'il eut d'elle fut étranglé au berceau par un serpent d'une grosseur démesurée. Boniface était alors en guerre en lointain pays.

Lorsqu'il revint, sa douleur fut grande, et il

jura de venger la morl de son enfant, en faisant une chasse acharnée aux serpents.

Il trouva, tenant un autre enfant à la »gueule, celui-là même qui avait mangé son fils ; il courut à lui : le serpent lâcha Tenfant, et à son tour menaça Boniface.

Mais celui-ci, prompt ^mme la foudre, coupa la bête en deux, ce qui n'empêcha pas le reptile de réunir les tronçons de son corps et de jeter tant de venin sur le comte, qu'il en faillit mourir.

Ce fut en souvenir de ce fait que les ducs de Milan portèrent une guivre^ c'est-à-dire un serpent, de la gueule duquel sort un enfant. 1^.

Il existe une seconde version, mais elle est moins accréditée que la première.

Un Visconti, duc de Milan, nommé Othon, aurait défait un géant appelé Volux, qui se vantait d'être issu d'Alexandre le Grand, et qui, en raison de cette descendance, portait pour armoiries un serpent vomissant un enfant*

Le géant vaincu, le duc se serait approprié ses

armoiries, afin de perpétuer le souvenir de sa victoire.

Le lecteur est libre de choisir dans ces deux traditions celle qui lui plaira davantage.

La maison de Lopis, venue d'Espagne au comtatVenaissin, porte : de gueules, au loup (Tor, passant au pied d'un château d'argent, avec cette devise : Salutem ex inimicis nostris.

Un loup avait dérobé quelque chose à la porte d'un château que le chef de cette maison possédait ; toute la famille s'apprêta à courir après le loup ravisseur ; mais en même temps une partie du château s'écroula, et sous les ruines furent ensevelis la plupart des gens qui se disposaient à sortir.

Ce fut à l'occasion de cet événement que le seigneur de Lopis se crut obligé de prendre le loup et le château dans ses armes.

Nous avouons ne guère comprendre la nécessité de rappeler aux générations futures le souvenir d'un semblable accident, — et n'en déplaise à l'historien qui a consigné le fait, il serait beaucoup

plus raisonnable de supposer que le loup qui ûgure dans les armoiries de la famille de TiOpis, rappelle tout simplement le nom de Lopis, par analogie.

Le blason de la famille des Baux est celui-ci : de gueules^ à Véloile d'argent. — Il a aussi une origine qui vient de loin.

Selon la tradition de cette maison rapportée dans la généalogie dressée par Joseph de la Pise, tradition confirmée par Nicolas Pavillon, son commentateur, et suivie par Nostradamus et par Ruffi, cette famille descendrait de Balthazar, l'un des trois rois-mages qui vinrent adorer Jésus-Christ dans la crèche de Bethléem, conduits par une étoile.

C'est cette étoile que les Baux ont pris pour armoirie.

Ceci nous amène à mentionner ici les armoiries de la famille de Jessé, qu'une autre tradition (iiil tenir par quelque branche au roi David, parce que, dans un chapitre de saint Mathieu, il est dit qu'Obed engendra Jessé, et que Jessé fut le père de David.

L'inventaire des actes qui furent produits par devant les commissaires chargés de la recherche de 1668, s'exprime de la sorte sur le fait des armoiries de cette famille et sur la descendance que nous venons d'indiquer :

ce La ressemblance de nom et des armes que porte cette maison ont donne lieu à cette présomption, puisqu'elle porte d'argent^ au laurier naissant desinople; au chef d'azur^ chargé de trois cœurs d^or.

« Ce laurier est mystérieux, puisqu'on demeure d'accord que la Vierge est née de la racine de Jessé, qu'elle a porté dans ses sacrés flancs, comme dans un champ d'argent, à cause de sa pureté el de sa candeur, le Roi des rois, le vainqueur des vainqueurs, ligure j)arun laurier naissant, comme le symbole de la vicloire qu'il a remportée sur le péché, comme le seul arbre garanti de la foudre, (le la tache d'origine.

« Il est de sinople, à cause des blessures et meurtrissures qu'il reçut sur son sacré corps dans la Passion, ([ui h rendirent tellement livide qu'il sem-

blait avoir du rapport avec la couleur du sinople.

c( Les trois cœurs sont le symbole de la Trinité, qui se trouve en quelque manière accomplie, selon le langage des saints Pères, par le ministère de k sacrée Vierge issue par la Providence de la maison de Jessé, afin que ce que les prophètes avaient si souvent chanté, qu'il naîtrait une vierge de la maison de Jessé, trouvât en elle son dernier accomplissement.

« Ils sont d'or, parce que comme c'est la plus pure substance élémentaire qui se forme dans les entrailles de la terre, par le plus pur rayon du soleil, de même cet adorable mystère delà Trinité, qui est le chef-d'œuvre de la main de Dieu, se trouvcformé dans les entrailles de la sainte Vierge par les plus pures irradiations de ce soleil éternel de justice.

c< Le chef est d'azur, comme étant un ouvrage tout céleste.

c( Le champ d'argcnl, à canse de l'immaculée conception de la sainte Vierge figurée par la blancheur de ce méiah

c< C'est la raison pour laquelle la race du produisant a voulu porter dans ses armoiries ce laurier naissant, ces trois cœurs d'or, ce chef d'azur et le champ d'argent, comme une marque et un signe presque assurés de l'honneur et de la gloire qu'ils ont de tenir à cette illustre et éclatante race de Jessé, qui a contribué à la naissance de ce laurier mystérieux, et une prérogative, presque singulière à tous ceux qui ont porté ce beau nom de Jessé.

c( On a remarqué, depuis cent soixante-seize ans, que pas un de cette famille n'est décédé subitement sans avoir été aidé et assisté des sacrements de l'Église, par une protection singulière de la sainte Vierge ; ce qui contribue beaucoup à persuader l'opinion publique, que cette race tient en quelque façon à cette grande race de Jessé, la plus noble, la plus glorieuse et la plus connue du monde. »

Racine était d'une famille noble.

c( Je sais, disait-il dans une lettre qu'il écrivait à sa sœur, madame Rivière, que les armes de notre famille sont un rat et un cygne, dontj'avois

TRADITIONS ET FAiNTAISlES. 77

seulement garde le cygne parce que le rai me choquoit; mais je ne sais point les couleurs du chevron, sur lequel grimpe le rat; j'ai ouï dire que feu notre grand-père avoit fait un procès au peintre qui avoit peint les vitres de sa maison, à cause que ce peintre, au lieu d'un rat, avoit mis un sanglier. »

Le père de Racine connaissait peut-être l'opinion de ThéraldisteBaron^que nous avons rapportée plus haut, touchant le symbolisme du sanglier, et dans ce cas il était bien naturel qu'il fût mécontent du peintre, comme l'avait été le roi de Bohême à roccasion de son lion sans queue !

La famille de Porry, de Provence, descend de Othon Porro, chevalier banneret et conseiller do l'empereur Frédéric I" Barberousse, qu'il suivit à la croisade de H 89.

Endcfendant l'empereur Othon, Porro fut grièvement blessé et tomba à ses pieds, baigné dans son sang. Frédéric trempa son doigt dans le snr.g de son sauveur, et traça sur son bouclier trois bandes en lui donnant le droit de porter l'aigle

impériale, et y ajoulant la devise : Virtutis prœmium.

Plus tard, une branche de la même famille prit des armes spéciales et introduisit dans son écusson un poireau, que quelques héraldistes appellent un oignon déraciné.

En 1390, les oignons ou poireaux avaient multiplié ; sur le tombeau d'Etienne Porro on en compte trois dans les armes. Il est inutile d'ajouter que la présence de ce légume est due à la similitude du nom el forme des armes parlantes.

La famille de Lannby en Picardie porte (T argent^ à dix annelets de gueules , 3,5,3, 1; ces annelets figurant les anneaux d'une chaîne qui fut donnée par Louis XI à Raoul de Lannoy, qui s'était bravement distingué dans une bataille. Le roi lui avait dit, en lui remettant cette chaîne d'or :

— Par la Paque-Dieu, mon ami, vous êtes trop furieux en un combat ; il vous faut enchaisner, car je ne veux point vous perdre, désirant me servir de vous plus d'une fois.

Ce fut en souvenir du royal cadeau et des paroles

.RADlTlONS ET FANTAISIES. 79

qui raccompagnaient, que Raoul de Lannoy et ses descendants portèrent des annelets.

Les Réginald de Ghàtillon portent : d^or^ à trois tètes humaines arrachées de gueules. Ce blason n'est pas tout à fait à la louange de celui qui le choisit de son plein gré, car il paraît que Réginald de Ghàtillon, qui prit part à la croisade, s'empara d'un château dont il fît un repaire de brigands ; — de sa propre main il trancha la tête à trois émirs musulmans. — Ce furent les têtes de ses victimes qu'il introduisit dans son écusson.

La famille Legendre de Saint-Aubin blasonne d'azur^ à la fasce d'argent^ accompagnée de trois bustes de filles de même^ chevelées d'or. — Elles sont une allusion au proverbe : « Qui a des filles aura des gendres. »

La famille Anjorran de la Villatte, en Berry, a pour armes : d^azur^ à trois lis au naturel nourris.

Ces armes, ainsi que le nom d' Anjorran, forment le fond d'une chronique assez curieuse.

Il paraît que François P**, se trouvante lâchasse, s'en vint demander l'hospilalité au château de la

Villatte, dont les maîtres, entourés de leurs vassaux, entendaient alors la sainte messe.

Le roi fut conduit à la chapelle.

Mais à sa vue, personne, — gentilshommes ou manants, ne prit garde à lui, tant chacun était absorbé par le soin d'écouter religieusement la parole du prêtre.

Le roi fut frappé de cette piété peu commune, et ne put s*empêcher de s'écrier avec admiration :

— Ce sont tous des anges orants (priant, oraré) . L'office fini, François P** embrassa le seigneur

et lui répéta :

— Oui, vous êtes un ange orant.

Puis il ajouta :

— Et de ce jour vous en aurez le nom, et vos armes attesteront votre piété ; elles seront d'azur^ couleur du ciel, dont le séjour vous est acquis ; des lis témoigneront de votre foi, de votre candeur et de votre dévouement; — et ils seront nourris^ car je les aurai moi-même coupés par le bas pour vous les donner.

Les armes de la maison de Caasbeck en Flandre :

d'argent, à la croix de gueules, sommée d'un croissant de même, sont légendaires.

Scion la tradition, un jeune homme, fils d'un marchand drapier, aimait la fille d'un certain comte de Caasbcck, à laquelle il avait vendu des étoffes. La mère de la demoiselle ayant eu connaissance de cet amour, ne s'en formalisa pas, mais conseilla au jeune homme d'acquérir la chevalerie et de la fortune, après quoi, elle le présenterait à son époux.

L'amoureux prit la croix en 1202, se battit bravement à l'assaut de Constantinople, sous les yeux du comte de Flandre, auquel il fit un rempart de son corps.

Le comte l'anoblit en récompense de ce service, et, trempant le doigt dans le sang qui coulait des blessures qu'il avait reçues pour préserver la vie de son seigneur, il en traça une croix et un croissant ,1:^^

sur son bouclier.

— Voilà tes armes, lui dit-il, et à bientôt Tordre

de la chevalerie.

Non-seulement il reçut l'ordre, mais encore il

lui fut concédé, à titre de comté, autant de terre qu'il pourrait en parcourir en chevauchant quatre heures durant.

Ce fut alors qu'il put épouser la fille du comte de Caasbeck dont il prit le nom féodal, et qu'il porta les armoiries si noblement gagnées.

Les Gramont, duc de Caderousse, portent, rf'azm\ à trois têtes de reine de carnation., couronnées d^or à r antique.

Suivant la tradition, ces armes furent concédées à un membre de cette famille, pour avoir tué en duel un géant qui faisait la guerre à trois sœurs, filles et héritières d'un roi d'Ecosse.

La maison do Pons de Thors en Saintonge, porte : d'argent, à la fasce bandée d'or et de gueules de six pièces.

Les trois bandes d'or représentent trois ponts, et les trois bandes de gueules les eaux de la Charente teintes du sang des ennemis :

Puis vint le brave Pons qui, d^un bras sans repos. Sur trois ponts de Charente arrêta tous les Goths. Il porte le beau nom de ce fait mémorable Pour en rendre à jamais le souvenir durable.

]^t,cojnme un fier vainqueur, encore que taiocu. Il ose de trais ponts enrichir son écn.

Lit maison de Félix du Muy d'Aix, en Provence, maison originaire de Savoie, porte : de gueitles, à la bande d'argent chargée de trois F de sable. Le comté de Savoie accorda les F à celte famille, pour la récompenser des services qu'elle lui avail rendus pendant la guerre civile, Ces F signifiant felicet fverunt fidèles. — Les Félix furent fidèles.

La famille Coleoni ou Coleone est originaire de Bergame, elle a changé ses armes et son nom ; il était primitivement Goglioni.

Elle portait des armoiries parlantes, ainsi que le consta te un armoriai manuscritqui existait en 1848, à la bibliothèque publique de la ville de Laon. Ces armes étaient : Coupé, d'argent et de gueules, à trois paires de testicules percés de l'un en l'autre.

Plus tard, la maison de Coleone a substitué auv trois pièces principales de ses armes trois cœurs de même émail.

Il est présumable que ce singulier blason n'a pas été choisi uniquement comme représentation du

nom, et il est fort probable qu'il a été pris en souvenir de quelque mutilation opérée sur un membre de la famille soit pendant une croisade, soit pendant une des guerres intestines qui se sont répétées si souvent en Italie.

Mais nous venons de parler d'armes parlantes, le moment est venu de nous occuper spécialement d'elles.

LES nÉBUS DU BLASON

Les armoiries parlantes — rébus d'un goût douteux — paraissent être venues du besoin qu'éprouvaient certains gentilshommes d'écrire ou parler leui nom à l'aide de signes de nature à le rappeler.

C'est au douzième siècle qu'il faut remonter pour trouver les premiers essais de ce genre, auxquels semble avoir présidé le roi Louis VII, pre-

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