‹ Les mystèresChapitre 59 sur 115 · Passion d'Arnoul Greban. édit. G. Paris, v · texte numérisé non relu

Passion d'Arnoul Greban. édit. G. Paris, v

En dehors de ce rythme traditionnel et fondamental, toutes les formes de versification ont trouvé place dans les mystères; et l'on y rencontre des vers de toutes longueurs, depuis le vers d'une syllabe jusqu'au vers décasyllabique. L'alexandrin seul est d'un emploi tout à fait rare. Nous le trouvons dans YHistoire de la destruction de Troie par Jacques Millet :

Patroclus, beau compains, or ne pourroye mye

Cy exprimer mon dueil et ma melancolye.

Bien doiz celluy haïr qui t'a lollu la vie.

Tout le cueur si me part, l'arme est presque saillie.

Les auteurs de mystères trouvaient, non sans raison, ce vers un peu trop pompeux pour le théâtre. Toutes les autres mesures de vers se rencontrent chez eux.

Quand Victor Hugo alterna, dans la Chasse du Burgrave, le vers de huit syllabes avec le petit vers d'une syllabe, on crut l'invention nouvelle. Ce rythme est employé dans le mystère de Saint Didier, joué à Langres en*14?82 :

Chascun son entreprise

Prise, Car tout par efficasse

Casse, Par luy est voye esquise

Quise, Qui bien a sa devise

Vise.

Tout homme en brefve espace

Passe, etc.

C'est un peu là du galimatias; mais les tours de force poétiques se passent de sens.

Le vers de trois syllabes est d'un emploi fréquent :

Ou irav ?

Que feray?

Que diray?

Tant d'ire a y Que le cueur me part; Je ne sçay

Se Tessay Que j'essay Commencay Ou s'il fait deppart * .

Le vers de quatre syllabes est d'un emploi extrêmement fréquent. Dans la plupart des miracles de Notre-Dame écrits au XIV® siècle, chaque couplet se termine par un petit vers de quatre syllabes rimant avec le premier vers du couplet suivant. Invention ingénieuse, pour indiquer à chaque acteur le commencement de sa réplique*; cette chute à la fin de chaque couplet n'est d'^ailleurs pas sans agrément pour l'oreille, qui l'attend sans la prévoir, les couplets étant tout à fait inégaux entre eux. Cet emploi du petit vers de quatre syllabes n'est pas tout à fait oublié au xv® siècle. Il reparaît dans plusieurs mystères, soit comme accident, soit comme règle; par exemple celui de Saint Christophe (à quinze personnages) est écrit dans ce rythme. Le vers de quatre syllabes est en outre employé très souvent, soit seul, soit entrelacé avec des vers de plus longue mesure.

Ainsi dans ces plaintes de la Vierge :

mort, accours et me délivre.

Mort, vien et m'escrips en ton livre, Car sans mon fdz je ne puis vivre.

Vien, je le veil :

Si me feras cesser le dueil Dont tant amèrement me dueil Que je pleure de cueur et d'ueil.

Par grant vertu ^,

Il est seul dans ce couplet du Chérubin (dans le Vieux Testament) :

Rapaise-toy, Setli, parle a moy,

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