‹ Les mystifications de Caillot-Duval avec une choix de ses lettres les plus étonnantes Suivies des Réponses de ses victimes Introduction et éclaircissementsChapitre 12 sur 69 · AMI · texte numérisé non relu

AMI

Nanci : vous m’obligerez beaucoup de lés inserer le plutôt possible, pour detromper les persones qui pourraient avoir pris de fausses-opinions sur un auteur estimable, d’après le raport d’un M. Terrin. Il est question de M. Reftif-de-la-Bretone. En parcourant le no-15 du tome XI du Journalde-Nancy, par M. Terrin, et que je ne lis que par occasion, j'y ai vu une frase singulière : M. T., en rendant compte des Délassemens-d’un-homme-sensible de M. d’Arnaud, s’exprime ainsi : « L’empressement « avec lequel ses ouvrages sont recherchés, « fait voir que pour trouver des lecteurs, 1l «est d’autres moyens, que d’offrir, comme « l’auteur des Contemporaines, des images « lubriques, des histoires scandaleuses, et « d'écrire les annales de la debaûche et de « la dissolucion. » Assurément M. T. pouvait louer M. D’A. sans chercher à denigrer M. R.; et cette frase, si elle était vraie, lui ôterait pour jamais l’envie de se faire imprimer : mais par bonheur, elle est aussi denuée de vérité, que de decence et de politesse. Au reste, ce n’est là qu’un

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manque de judiciaire : Voici qui est plus serieus. J’ouvre le n°-o du Tome XI, c’estèdire, du même que je viens de citer, et je vois sur le nom de M. R. un logogrife de l’indecence la plûs incroyable ; il est d’un M. le Lecat-d’Abbeville : on ne sait quelle est la sotise la plûs complette, de lavoir fait, ou d’y avoir mis son nom.

J’ignorerais encore l’existance de M. Lecat, sans cette inconcevabie production. D’abord, elle regorge d’absurdités revoltantes : M. R. n’a jamais-fourni les épiciers, et je crais que ceux -d’Abbeville , par-ex emple, n’'iront-pas se-fournir chez lui ; ils ont dans leur Ville-même un magasin qui me paraît bien-assorti : M. Lecat appelle M. R. prote ignorant. Il aura de la peine à nous persuader sur ce point-là : si cela était, ce prote ignorant aurait-donc-plus de merite qu'Un-autre, d’avoir si bien profité de son temps, et d’être devenu Auteur varié, amusant, instructif, (non dans le genre facil de M. T.), profond, inépuisable. Passons au Journaliste, qui me paraît

encore plûs-étonnant dans cette occasion.

RMI

M. T. conviendra sans doute avec moi, que la première obligacion d’un comme qui se charge d’un Journal quelconque, est d’avoir le sens commun, et sil veutêtre de bonne-foi, il avoüra qu’il ne l'avait pas, quand il a inséré dans ses Feuilles le logogrife de M. Lecat : de-plûs, il avait un moyen de reparer sa faute en partie, comme l’ont-fait les Auteurs du Journal-de Paris il y-a environ deux-ans, dans une occasion semblable, et cela en-ne-mettant pas le mot du logogrife au. n° suivant.

M. T. a-eu quinze-jours pour faire ses réfleccions : mais j’ai-vu le nom de M. R.

écrit tout-au-long : c’estune impudence dont iln’y-a-pas d'exemplasss us.

. . . . .« .« Que conclure ? Que ces trois Messieurs ont fait chaqu’un dans leur genre, la plûs-grosse bevue possible. Le plûs-coupable , à mon avis, et le Journaliste, qui était-libre de rejeter cette pièce ; et comme je ne doute-pas qu’il ne reconnaisse ses torts, s’il veut y-refléchir, je suis-persuadé qu’il en-conviendra publiquement dans son

mar 0.0. Que

premier Journal, ainsi-que M. Lecat d’Abbeville : s’ils le font, je m’engage à me nommer dans le Journal-de-Provence. Mais si ces Messieurs prennent la mouche, et s'endurcissent dans leur impenitence, je les previens qu’ils auront souvent de mes nouvelles ; je suis en fonds pour cela. Hà!

M. T.! prenez-y-garde! on ne vous dira pas; comme le Teinturier à son Juge, qui

lui ordonnait d’ôter son gant : «Monsieur,

mettez vos lunettes : » mais on vous dira :

« Monsieur , Ôtez vos lunettes, » et on aura raison, car elles ne vous rendent pas-plûsjo, et surtout ne vous font pas-voirmieus.

Le Comte-de-F'**, Officier du Régiment-du-Roi.

Nous croyons avoir apporté des soins particuliers à cette édition. — Les lettres reproduites ont été mises dans un ordre plus naturel; chacune est suivie de sa-réponse, tandis que

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toutes les pièces avaient été classées par le premier éditeur à leur ordre de date, sans tenir compte de leur sujet. Cette confusion nuit singulièrement à l'intérêt du volume, qu’elle rend d’une lecture difficile. Il faut le reprendre À deux fois pour en comprendre tout le sel. — Il va sans dire que l’orthographe a été respectée dans tous ses caprices. — Enfin une clef éclaircit le texte, auquel ont été ajoutées deux lettres qui nese trouvent pas dans l’édition de 1795. Comme nous l’avons dit, cette correspondance offre un attrait comique tout particulier. C’est une immense mystification soutenue avec une persistance rare, avec un flegme tout britannique. Malgré soi, on sourit aux résultats incroyables de cette chasse à la crédulité, de cette pipée à l’imbécile pour laquelle deux hommes d'esprit s’unissent afin de contrefaire un seul niais. Sans qu’ils y aient pensé le moins du monde, ce travail d'imitation leur a fait créer un type. Non pas un grotesque vulgaire, non pas un Jocrisse de convention, mais un badaud sérieux, frotté de littérature, écrivant sans faire une faute d'orthographe, ayant son opinion à lui et tenant surtout à la manifester! A ces airs solennels , à ces périphrases verbeuses et entortillées, à ces périodes creuses et sonores, à

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ces petites pointes de grosse gaillardise, on reconnaît dans Caillot-Duval le Joseph Prudhomme du dix-huitième siècle; on salue en lui le père du bourgeois qu'Henri Monnier a rendu immortel.

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