‹ Les névropathies à Bagnères-de-BigorreChapitre 59 sur 61 · APPLICATIONS SECONDAIRES · texte numérisé non relu

APPLICATIONS SECONDAIRES

Les affections qui relèvent de la médication sulfureuse (boisson et bain de Labasscre ;) le lymphatisme et la strume chez les enfants, etc.

Une mention particulière est due au traitement parallèle des affections des voies respiratoires par Labasscre et Salies (traitement complet : boisson , pulvérisation, etc.), à Labasscre, les formes torpides de la tuberculose, les affections franchement catarrhales du larynx et des bronches ; à Salies , la tuberculose éréthique , congestive et toutes les formes irritables des laryngites, bronchites, etc.

En résumé, Bagnères-de-Bigorre est la station des névropathes — névropathes simples et neurarthritiques.

Les neurarthritiques trouvent à Bagnères tous les éléments d'une médication complémentaire pour traiter les manifestations chroniques, périphériques ou viscérales, de leur dialhèse.

/ 1 II est rare qu'un malade atteint de troubles ner- - • veux puisse se contenter d'une médication uniquement dirigée contre ses nerfs; il présente habituellement d'autres troubles morbides, et, bien souvent, pour guérir la névrose, c'est le névropathe tout entier qu'il faut traiter.

Les faux rhumatismes 15

§ P^ — Les faux rhumatismes.

Pour ceux de mes confrères qui liront celte courte étude et qui sont en droit de se demander jusqu'où va la prétention des médecins thermaux de guérir les affections rhumatismales avec des bains et des douches, je crois nécessaire d'entrer dans quelques explications nosologiques.

Je commence, par déclarer que, seul, le rhumaftisme vrai, périphérique ou viscéral, relève de la H /médication hydro-minérale. Dans les pseudo-rhuma- ' tismes et autres manifestations articulaires rattachées au rhumatisme par une vaine apparence, les eaux thermales , si elles sont mises en réquisition , ne peuvent être appelées à intervenir que d'une manière indirecte, accessoire et généralement peu efficace.

Les eaux thermales triomphent au contraire dans le rhumatisme légitime, et celte indication est à ce point souveraine et universelle, qu'il n'est peut-être pas une eau thermale qui ne soit applicable au traitement des rhumatisants. Thermalité et rhumatisme forment une sorte d'équation.

Mais quelle est la limite de cette indication de thérapeutique thermale ? Quelles sont les frontières du rhumatisme vrai? Voilà la question que je suppose posée par mes confrères, et à laquelle je me propose de répondre en ce moment.

Quelques précisions s'imposent d'autant plus en pareille matière, que la question du rhumatisme est une des plus débattues de la pathologie actuelle. On discute son origine, sa nature ; quelques-uns vont jusqu'à contester son existence. Les données de la

16 Bagnères-Médical

clinique et de l'anatomie pathologique ont été soumises au critérium du laboratoire. On a cherché le microbe. Nous verrons bientôt que ces recherches ne sont pas encore concluantes.

Ce qui est certain et ce qu'il importe d'établir tout de suite, c'est que toutes les déformations articulaires, même médicales, ne sont pas du rhumatisme ; c'est que le groupe, très hétérogène, des pseudo-rhumatismes occupe dans la pathologie une place de plus en plus étendue, et que toute confusion, en un pareil sujet, aurait pour effet de donner au médecin de sérieux mécomptes et de discréditer, bien à tort, la médecine thermale.

Geo afTections, d'apparence rhumatismale, peuvent se ramener à deux catégories : les arthropathies d'origine nerveuse (lésion des centres ou de la périphérie) ; les arthropathies d'origine infectieuse.

Parmi les premières , on connaît bien les lésions articulaires des tabès , l'attitude de la main dans la paralysie agitante , la griffe de l'atrophie musculaire progressive, le poingt fermé des hémiplégiques ou des hystériques, etc., sans parler des déformations cogénitales (différents types de pied bot, etc.)

Les arthropathies d'origine infectieuse nous offrent à considérer, principalement, le pseudorhumatisme blénnorrhagique , les arthrites qui surviennent au cours ou au déclin de l'érysipèle, de la fièvre typhoïde, des angines; les nodosités phalangiennes décrites par Bouchard , chez les dilatés de l'estomac... — Mentionnons aussi les troubles articulaires (1) amenés par la syphilis, par

(i) Toutes les maladies infectieuses peuvent présenter des déterminations articulaires distinctes du vrai rhumatisme et relevant de l'infection générale de l'organisme. (Bourcy).

Les faux rhumatimses 17

la tuberculose , notamment V ostéopathie hypertropliiaute pneumique de P. -Marie.

Ces diverses affections articulaires et d'autres que leur origine ou les circonstances qui en accompagnent l'évolution, permettent aisément d'éliminer dans la plupart des cas, laissent un champ encore considérable aux manifestations articulaires du rhumatisme. Mais, avant d'entrer plus avant dans notre sujet, je crois devoir procéder à une dernière élimination et donner une attention spéciale à une forme d'arthropathie qu'on a pu souvent confondre, au moins au début, avec le rhumatisme proprement dit : je veux parler du rhumatisme articulaire chronique progressifs ou rhumatisme noueux, plus justement appelé polyarthrite déformante progressive.

Celte maladie se caractérise ainsi : elle a une marche éminemment chronique , sans tendances aux complications cardiaques ; elle n'est pas influencée par les préparations salicylées ; elle aboutit de bonne heure à des déformations, qui frappent d'abord les extrémités périphériques et entraînent lentement la destruction des surfaces articulaires. Elle se développe d'une façon symétrique, progressive et systématique, sans subir de temps d'arrêt. Le pronostic est sombre. La polyarthrite déformante et progressive tend fatalement, du moins chez les adultes, à l'infirmité et à la cachexie; et cette cachexie finale revêt souvent les caractères de la phtisie ; ce qui a fait penser à une relation pathogénique entre les deux maladies.

Et, en elfet, une des hypothèses qui ont été soutenues au sujet de la nature du rhumatisme chronique progressif, c'est qu'il serait une maladie

1S . Bagnères-Médical

de déchéance , amenée par un état constitutionnel mauvais, tel que la tuberculose.

Quelques auteurs pensent, au contraire, qu'il s'agit d'une trophonévrose , sous la dépendance d'une lésion centrale du système nerveux. D'autres en font une maladie infectieuse , déterminée par l'action d'un névro-organisme.

Toutes ces ^-eclierches prouvent au moins que la polyarthrite déformante progressive ne peut pas être rattachée au rhumatisme.

Quelques médecins croient pouvoir la guérir ou tout au moins l'améliorer par les eaux thermales. Nous croyons qu'on s'expose à des mécomptes en entreprenant le traitement hydrominéral de cette affection. Tout au plus admettrions-nous qu'on fasse, au début, sur des malades encore jeunes, l'essai des bains de boue thermale, ou plutôt des bains arsenicaux.

Le rhumatisme vrai

J^ II. — Le Rhumatisme vrai.

Grisolle déthnssait ainsi le rhumatisme, vers 1860 : « Le mot rhumatisme, dérivé de p£w (je coule), est consacré pour désigner une maladie essentiellement mobile très sujette à se déplacer et à récidiver, pai'aissant siéger essentiellement dans les parties libreuses et musculaires, et dont le principal symptôme est une douleur plus ou moins vive, que la pression exagère souvent, mais qui augmente surtout par le mouvement des parties malades. »

Jaccoud écrivait en 1873 : « Jentends par rhumatisme une maladie primitive et spontanée, caractérisée anatomiquement par la fluxion ou l'inflammation de divers tissus qui entrent dans la composition de l'appareil locomoteui'... Qn^'int aux phénomènes douloureux et inflammatoires produits par le froid dans les muqueuses ou dans les viscères, phénomènes qui constituent ce que l'on a appelé le rhumatisme viscéral, leur relation avec le rhumatisme n'est admissible que dans un cas, savoir lorsqu'ils coïncident ou alternent avec les manifestations communes et régulières de la maladie rhumatismale. »

Bouchard introduit dans la question les données de la pathologie générale et de la biologie. Parmi les maladies soi-disant rhumatismales, il cherche un « type clinique bien net, bien délimité, c'est la polyarthrite aiguë fébrile primitive. » Puis il fait « le dénombrement des maladies qui précèdent celle polyarthrite ou qui l'annoncent, qui lui succèdent ou qui sont annoncées par elle, qui l'accompagnent ou qui la compliquent, qui enfin alternent avec elle...

20 Bagnères-Médical

maladies qui se montrent très fréquentes dans les antécédents personnels ou familiaux des malades atteints de la polyarthrite primitive. » Il fait « un groupe naturel de ces maladies » , et à. ce groupe naturel il donne le nom de rhumatismal.

« Parmi ces maladies diverses que relie une disposition générale commune de l'économie, la polyarthrite aiguë fébrile primitive est en quelque sorte la tète de iile... On lui consacre le nom de rhumatisme articulaire aigu. Les autres maladies sont dénommées par leur processus, par leur siège, par leur évolution, et caractérisées par Tépithèle rhumatismale. C'est ainsi qu'on a l'inflammation de la plèvre à évolution rapide et de nalure rhumatismale; de même la névrite chronique rhumatismale, etc.

«... 11 y a des arthrites chroniques qui succèdent volontiers au rhumatisme articulaire aigu, au cours desquelles il n'est pas rare de constater une attaque de rhumatisme articulaire aigu... Ces arthrites chroniques sont rhumatismales. De ce nombre sont le I rhumatisme mono-articulaire chronique et les nodo- / sites d'Héborden. »

En résumé, pour Bouchard, le rhumatisme est une maladie type, une espèce individuelle, à évolution constante, à lésions anatomiques identiques, à terminaisons toujours semblables, dont les couiplications possibles sont toujours les mêmes.

Anatomiquement, l'arthrite rhumatismale (aiguë) se caractérise par un épanchement de synovie avec exsudât muco-iibrineux, sans tendance à la suppuration ; par l'irritation et l'épaississement des membranes synoviales, l'œdème des tissus périphériques,

Le rhumatisme vrai

des iiiodificalions plus ou moins marquées des cartilages...

Si les séreuses viscérales se prennent, leur inflammation présente des caractères analogues, toujours sans production de pus.

Dans le sang, la fibrine est augmentée de quantité, ainsi que les globules blancs, tandis que les globules rouges diniinuent.

Cliniquement , l'inflammation toujours possible, souvent réalisée, des séreuses cardiaques, établit Tunité des manifestations rhumatismales et constitue une sorte de critérium de la diathèse.

Thérapeuliquement, l'efficacité du salicylate de soude dans toutes les formes du rhumatisme vrai, est un autre critérium certain. De récentes observations confirment la valeur de ce procédé de diagnostic.

Enfin, on a eu recours aux recherches du laboratoire. Achalme (1891 et 1897), Carrière (1896), Thiroloix (1897), Triboulet, Coyon et Zada (1897), ont trouvé des micro-organismes qui paraissent jouer un rôle dans l'évolution du rhumatisme.

Il existerait dans la sérosité des synoviales enflammées, dans le sang veineux des rhumatisants, dans la cavité pleurale , dans la sérosité sousarachnoïdale, — au cours des accès de rhumatisme, — un bacille anérobie, qui, injecté à des cobayes, déterminerait des accidents analogues, notamment des ai'lhriLes, des péricardites et des endocardites.

L'expéi'ience thérapeutique viendrait confirmer la nature pathogénique de ce bacille, car le salicylate de soude en rendi'ait stérile la culture, et, chez les cobayes inoculés, empêcherait ou retarderait fexplosion des accidents.

22 Sa prières- Médical

Malheureusement, les faits observés manquent de constance et d'unité. Go n'est pas un , mais plusieurs microbes, qui ont été constatés et non toujours les mêmes. Bacille d'Achalme, staphyrocoque, diplocoquc, sheptocoque, ont été trouvés, ensemble ou séparément. On a , constatation utile pour la clinique, reconnu deux portes d'entrée principales du rhumatisme : l'amygdale, l'inteslin. On a, notamment, décelé, dans le tube digestif des rhumatisants, la présence du diplocoque et d'un bacille ressemblant beaucoup au bacille d'Achalme. Mais rien n'auiorise à dire qu'on tient l'agent pathogène du rhumatisme ; et tout porte à croire que les microbes constatés sont des agents d'infections secondaires, — découverte qui n'est pas, il est vrai, sans importance au point de vue clinique, car la recherche, au cours d'un accès de rhumatismes, de ces micro-organismes, permet de reconnaître ces infections secondaires et d'établir ainsi le degré de gravité, le pronostic de la maladie.

On a demandé aussi à la clinique des arguments en faveur de la théorie infecUeuse du rhumatisme ; on a mis en avant la fièvre et les autres symptômes infectieux qui caractérisent la crise rhumatismale aiguë.

La théorie humorale, théorie traditionnelle qui attribuait le rhumatisme à la prédominance des acides dans l'économie, fut rajeunie, il y a quelques années, par les recherches expérimentales de Porter, qui provoqua l'apparition du rhumatisme en faisant ingérer de l'acide lactique à ses malades. Mais l'acide actique se trouve également en excès dans 'd'autres maladies.

Restent la théorie embolique, dont nous ne dirons

Le rhumatisme vrai 23

rien, cl la théorie névrcusc qui a élé souteiuie récemment par des ailleurs séi'ieux. D'après eux , « le refroidissemeul, (mi agissant sur le système nerveux, produirait par une sorte d'action réllexe trophique, des arthrites comparables à celles que Gharcot et ses élèves ont décrites au cours de certaines maladies nei'veuses; on a admis encore que le système nerveux n'agirait {]ue d'une façon indirecte en produisant des modifications profondes dans la vie cellulaire des éléments anatomiques et en viciant la nutrition général^... C'est ainsi, par exemple, que le froid agissant sur la peau en état de sudation pourrait produire des troubles dans la sécrétion des glandes sudoripares , et déterminer par résorption ou par rétention une modification chronique des humeurs. » (W. OEttinger).

Ceux qui cherchent dans ces pages de simples indications thermales , et , particulièrement , la manière de traiter ii Bagnères les diverses formes des rhumatismes justiciables de ces eaux, nous pardonneront d'èlre entré un moment dans des considérations théoriques. Il le fallait pour établir la notion scientifique du rhumatisme et prouver aux esprits défiants et prévenus que la médecine thermale repose sur autre chose que de vagues et indécises banalités.

g III. — Les rhumatisants qui viennent aux eaux.

Nous voulons parler des rhumatisants qui ont raison de venir aux eaux. Ils sont encore légion, en dépit du triage que nous venons de faire et des exclusions que nous avons pi-ononcées. Ce triage a, d'ailleurs, besoin d'être complété : il ne suffit pas d'appartenir au groupe des vrais rhumatisants pour faire de droit partie de la clientèle thermal^. Il y a des lois générales qu'on ne saurait oublier, telles que la loi qui interdit les eaux aux fébricitants et aux malades aigus; il y a aussi des lois particulières au rhumatisme.

Nous rappellerons et déterminerons les unes et les autres au cours de ce travail, dans l'analyse succincte que nous ferons des formes et des cas de la maladie rhumatismale, susceptibles de recevoir un traitement hydro-minéral.

Au point de vue où nous nous plaçons, il y a lieu d'envisager dans le rhumatisme le siège, la modalité symptomatique, la relation constitutionnelle ou dia- Ihésique, la phase d'évolution, le degré de gravité, les complications.

Siège. — Le rhumatisme siège, par ordre de fréquence décroissante, sur les articulations, les muscles, les nerfs, les séreuses du cœur, la plèvre, les viscères thoraçiques et abdominaux... Il est évident que les localisations périphériques se prêtent mieux que les autres au traitement thermal. Ne fût-ce que pour la facilité des applications hydriatiques, une articulation est bien plus aisée à traiter qu'un endo-

Les rhumatisants qui viennent aux eaux 25

carde ou une plèvre, et les contre-indications sont bien plus rares dans les manifestations externes que dans

p les manifestations viscérales. Il n'y a pour ainsi dire pas de contre-indications pour le traitement d'une articulation ou d'un muscle atteint de rhumatisme chronique : toute eau minérale jouissant d'une température élevée, applicable en bain et en douche, peut être prescrite utilement. La différence ne consisterait

^ que dans le plus ou moins d'efticacité de telle ou telle eau, suivant l'ancienneté du rhumatisme, son degré de gravité, le tempérament du malade, etc.

Quelle réserve et quelle prudence ne commande pas, au contraire, dans le choix d'une eau et d'un procédé de traitement, une localisation du rhumatisme sur le CŒ^ur, sur la plèvre , sur l'intestin ! Ainsi pour les rhumatisants cardiaques, avant même de discuter la nature de la lésion, il faudra écarter les stations dont l'altitude est excessive, tandis que la même altitude sera recommandée contre les localisations gastro-intestinales.

Modalité symptomatique — Une articulation frappée de rhumatisme peut donner lieu à de simples douleurs, exagérées par la fatigue, par l'humidité,

Il par les variations brusques de température ; ou à des

■ troubles trophiques, depuis l'empâtement cellulaire jusqu'à la déformation profonde et l'ankylose. De même les autres localisations rhumatismales. Le traitement thermal différera suivant la qualité et la quantité des symptômes, la chose est évidente.

Dans le premier cas, des eaux thermales simples, indéterminées, seront suffisantes. Dans le cas d'altérations articulaires prononcées , il faudra recourir aux eaux sulfureuses ou chlorurées sodiques fortes,

Bagnères-Médical

Autre sera aussi le traitement de l'arthrite sèche , autre le traitement de l'arthrite avec épanchement.

Relations constitutionnf:lles et diathésiques. — Cet ordre d'indications est le plus riche au point de vue thermal, la thérapeutique thermale ayant pour ohjet principal de régulariser les conditions vitales de l'organisme, les processus physiologiques généraux, la modalité nutritive propre à chaque individu.

Le tempérament lymphatique fera préférer des eaux actives T sulfureuses ou salines; à plus forte raison, la diathèse scrofuleuse , qui est comme l'exagération et le passage à l'état pathologique du lymphatisme. La chloro-anémie se trouvera hien des eaux ferrugineuses; la diathèse herpétique, des eaux arsenicales; la diatliése arthritique, des eaux alca-, lines.

Les névropathes, si sujets aux rhumatismes, auront hesoin d'eaux modératrices et calmantes , comme Néris, Plombières, Ussat, Bagnères-de-Bigorre; les dyspeptiques, tributaires en grand nombre des affections arthritiques, devront traiter leurs voies digestives à Vichy, Koyat, Ghâtel-Guyon, Vais.

Il importe de souligner ce fait, — (]ui n'est point particulier au rhumatisme et s'observe très souvent en clinique thermale, — que rien ne favorise la chronicité du rhumatisme comme une disposition morbide de l'économie. Il semble alors que l'organisme « dérangé déjà dans son harmonie, soit dans ses sécrétions, soit dans son dynanisme, possède des conditions insuffisantes pour en amener la résolution, ou, si Ton veut, pour s'en débarrasser (1). » Le

(i) Durand-Fardet^.

Les rhumatisants qui viennsnt aux eaux 27

rhumatisme est ainsi comparable à un trauuiatisme^ à une plaie dont la cicatrisation est retardée par les conditions vicieuses de Féconomie.

Mais n'existe-t-il pas une diathôse rhumatismale, une disposition spéciale aa rJiumatisme? On l'a soutenu, et le D'" Vidal (d'Aix-les-Bains), a tracé le portrait du rhumatisant de profession, qui a le teint pâle, la peau flasque, morte; qui craint le froid, s'enrhume facilement, se plaint d'oppression, de lassitude et pourtant vit à peu près comme tout le monde, prenant le lit rai-ement.

Le mot diathèse nous parait un peu ambitieux dans respècc. Mais on ne peut nier que la disposition rhumatismale existe, mélangée d'asthénie du tégument et de chloro-anémie, et on a souvent mis cet état en regard de la goutte qui présente des caractères réactionnels opposés, mais qui présente aussi des traits communs, à tel point qu'on a inventé l'expression d'arthritisme pour être placée comme une accolade sur les termes rhumatisme et goutte.

Ces deux états palhologiques, à la fois opposés et voisins, peuvent môme se pénétrer et donner lieu à des combinaisons comme, par exemple, le rhumatisme goutteux. En matière de doctrine et de philosophie médicale, on peut raisonner et discuter à perte de vue; en clinique thermale, ces expressions servent à qualifier des faits et à établir des distinctions nécessaires dont le tact du praticien sait tirer un sage parti.

Phase d'évolution. — Il est superflu de l'appeler que la période aiguë d'une affection quelconque contre-indique le traitement thermal.

A la période subaiguë, la contre-indication n'est

28 Bagnèrec-Médical

plus que relative. Il est des eaux qu'on peut prescrire au lendemain d'une crise fébrile chez certains rhumatisants. Nous le verrons tout à l'heure pour les bains du Foulon ou du Platane^ à Bagnères. On peut en dire autant des bains de Néris, de certains bains de Plombières.

Quand, au contraire, le rhumatisme est très ancien, quand il est en train de produire la sclérose des parties molles, la destruction des cartilages, la soudure des surfaces osseuses, c'est aux eaux les plus énergiques qu'il faut s'adreser, sulfureuses ou salines, comme Barèges ou Bourbon l'Archambault, ou encore à certaines eaux dites indéterminées qui jouissent cependant d'une activité et d'une efficacité reconnues, telles que La Malou, Louèche*:

On s'inspirera de pareilles considérations pour diriger le traitement des rhumatisants atteints de localisations viscérales : une légère et récente endocardite, une lésion d'orifice ancienne et bien compensée ne comporteront ni les mêmes eaux, ni le même mode de traitement.

Degré de gravité — Complications. — Le degré de gravité correspond à l'ancienneté de la lésion, à la nature et à l'intensité des symptômes, à l'état général du malade, aux complications de toute nature qui peuvent survenir. Il suffit de signaler cet ordre d'indications, qui se déduit aisément des éléments d'appréciation que nous venons d'examiner.

Les complications peuvent consister en des localisations secondaires du rhumatisme ou en des accidents ou troubles morbides d'une autre nature, survenus à l'occasion de la maladie rhumatismale. On peut rapprocher des complications, au point de

Les rhumatisants qui viennent aux eaux 29

vue ihérapeulique, tels ou tels phénomènes palhologiques n'ayant aucun rapport avec le rhumatisme, mais compliquant l'état du malade et constituant une indication ou une contre-indication particulières dans Tusage des eaux.

30 Bagnères-Méclical

^ IV. — Les rhumatisants à Bagnèresde-Bigorre.

Nous voici en plein dans noire sujet. Les considéralions précédentes ont déblayé le terrain et rendent maintenant noti'e tache facile.

Laissant de côté les divisions systématiques et ne songeant plus qu'à faire de la clinique journalière, je passerai en revue les divers aspects sous lesqueUi se présentent les malades que nous traitons : d'abord les rhumatisants périphériques, dans les formes les plus simples et les plus ordinaires; les états constitutionnels ou dialhésiques auxquels ils appartiennenl. Puis les localisations internes du rhumatisme, les symptômes et les états pathologiques secondaires inséparables, dans une cure thermale, de l'indication première et dominante.

DÉTtuMiNATiONS pÉRiPHÉiuQUES. — Lcs articulations, les muscles et leurs extrémités fibreuses, les nerfs superficiels, la peau, sont susceptibles d'un traitement local et direct par l'eau thermale employée en bain, en douche, en bain de piscine.

Toutes les eaux de Bagnères qui atteignent ou dépassent 34" sont propres à ce traitement.

Le Foulon^ St-Rocli, le Grand-Pré paraissent posséder une efficacité particulière, qu'ils doivent, soit à leur composition j soit à leur leuipérature qui se rapproche davantage du degré auquel se prennent les, bains. Le Grand-Pré (34°) et le Foulon (près de 35") s'administrent même à leur température native, ce qui est toujours préférable en matière de balnéation thermale.

Les rhumatisants à Bagnères-de-Big)rre 31

SlRoch est véritablement excellent dans les douleurs et roideurs articulaires, dans les épaississements fibreux, les tuméfactions cellulaires sous-cutanées d'origine rhumatismale. Il faut le prendre avec suite et assez longtemps.

Salies (baignoires et piscine) sera préféré dans les arthrites anciennes, avec déformation, commencement d'ankylose, atrophie musculaire, symptômes paralytiques. C'est notre eau la plus active et aussi la -plus chaude (51°) ; on est obligé de la refroidir, par des procédés spéciaux, sans mélange d'eau étrangère, à 36« ou 35°.

La piscine a sur la baignoire l'avantage que le •malade, pouvant faire de l'exercice, combine en quelque sorte la gymnastique et la balnéation.

La douche est le complément nécessaire du traitement : douche locale, et mieux douche générale, qu'on localise à volonté, avec la recommandation au douchcur de ne pas immobiliser le jet sur la jointure malade, mais de procéder par un mouvement continuel circulaire ou de va-et-vient.

La température de la douche variera de 35° à 40° et au-delà. Sa durée sera variable, de I à 5 minutes.

Un autre procédé de traitement encore plus énergique, le bain de vapeur, suivi ou non de massage et de douche (bain russe), est mis en usage par les rhumatisants qui ont le cœur et les vaisseaux en bon état. Un bain de vapeur pris à temps peut conjurer une crise rhumatismale. Un traitement de sudation et de massage peut aussi terminer d'une manière avantageuse une cure thermale.

Tempérament, diathèse , etc. — Une première

grande division s'impose parmi les rhumatisants : les asthénrques, les excités.

Les premiers, mous, lymphatiques, sans réaction, seront envoyés aux bains excitants de la Reine^ du Dauphin, de Salies même. Si le lymphatisme est très marqué, et surtout s'il se complique de scrofule, les bains sulfureux à l'eau de Labassère seront indiqués.

Faut-il faire remarquer, en passant , que les lésions articulaires scrofuleuses ne rentrent pas dans le cadre de cette étude, exclusivement consacrée au rhumatisme et à ses diverses manifestations ? Mais la médecine thermale revendique à bon droit la diathèse strumeuse, souvent traitée avec succès dans les grandes stations sulfureuses ou chlorurées sodiques.

Les chloro-anémiques, en plus de la balnéation dans nos eaux thermales ferrugineuses, feront usage à table d'eau ferrugineuse froide (sources de la Ville^ de Mélaou, du Grand-Pré).

Les rhumatisants de la seconde catégorie , les excités, les irritables, les nerveux, sont en quelque sorte les clients de prédilection des eaux de Eagnères, ou plutôt de certaines eaux sédatives, notamment le Foulon. Ce bain est mentionné par les anciens auteurs comme particulièrement favorable aux rhumatisants et aux dartreux. La clinique contemporaine a démontré qu'il est par excellence le bain des névropathes arthritiques ou herpétiques (l).

La névralgie sciatique, si souvent d'origine rhumatismale ; les douleurs articulaires ou périarticulaires tenaces, les diverses manifestations du rhuma-

(i) La présence de l'arsenic dans les eaux de Bagnères, communique à ces eaux, et particulièrement à l'eau de Salies, une vertu spéciale dans les affections herpétiques.

Les rhumatisants à Ba^nères-de-Bigorre 33

lisiiie nerveux cèdeiiL à Tusage un peu prolongé des bains du Foulon. De môme, certaines dermatoneuroses rebelles à d'autres traitements, par exemple le prurit viïlvaire, certaines formes sèches et irritables d'eczéma.

La chorée, en tant que névrose rhumatismale, est justiciable du Foulon.

Les bains de Salut, plus franchement sédatifs que le Foulon, pourront être employés avec profit quand l'élément rhumatismal sera passé au second plan, laissant en quelque sorte le champ libre à la névralgie ou à la névrose. J'ai établi ailleurs {les Névropathes à Dagnères-de-Bigorre) le parallèle de Salut et du Foulon ; je n'y reviendrai pas.

Ces deux bains types ont leurs succédanés et leurs intermédiaires, le Platane,. Marie- Thérèse, Versailles^ le Petit-Prieur, le Petit- Barcges, Tivoli. Ces divers bains peuvent, la plupart, être utilisés à leur température naturelle et à eau courante, ce qui est une double et précieuse condition de succès. Il ne faudra pourtant donner aux rhumatisants qu'exceptionnellement et avec prudence des bains dont la température sera inférieure à 34°.

A raison de leurs propriétés hyposthénisantes, le Foulon, le Platane et les bains similaires pourront être prescrits aux goutteux, dans les périodes d'accalmie, contre les manifestations rhumatoïdes, articulaires et autres.

On s'aidera en outre, dans le traitement des goutteux et des arthritiques, des eaux diurétiques de Salut, la Rampe, la Peyrie, etc., prises en boisson, à la dose moyenne de 2 à 5 verres par jour.

DéterminatiOxNS viscérales. — Nous réunissons

sous ce titre non seulement les diverses localisations internes du rhumatisme, mais aussi les affections chroniques viscérales qu'on observe chez les rhumatisants, qu'elles soient influencées ou non par la diathèse rhumatismale. Ainsi un rhumatisant envoyé aux eaux peut présenter un catarrhe bronchique, d'abord indépendant du rhumatisme, mais susceptible d'affecter à la longue les caractères et l'allure de la maladie principale. Plus ou moins, il y aura toujours lieu de tenir compte, en traitant ces affections, de la qualité de rhumatisant de malade.

Coeur et vaisseaux. — La question du traitement thermal des affections chroniques de l'appareil circulatoire est une des questions les plus intéressantes et les plus complexes de la médecine thermale. Je n'en dirai que quelques mots ici, me réservant de traiter plus tard ce sujet avec quelques développements.

A cause de son altitude modérée (550*"), de la douceur de son climat , de ses eaux modérément actives, diurétiques, laxatives, Bagnères-de-Bigorre est une des stations où l'on peut traiter les cardiaques. Les convalescents d'endocardite légère, les rhumatisants menacés ou atteints d'insuffisance mitrale simple, les aortiques au début, les candidats à l'artério-sclérose et les artério-scléreux eux-mêmes dans les intervalles de calme, se trouveront bien d'un traitement sagement institué et conduit attentivement. Aux uns des demi-bains à 36^ de 15 minutes seulement, seront profitables. Aux autres conviendront des bains entiers moins chauds et un peu prolongés. Qnelques-uns devront s'abstenir des bains. Tous boiront des eaux diurétiques, éliminatrices des produits morbides qui ont tendance à se déposer dans

Les rhumatisants à Bagnères-de- Bigorne 35

la trame des séreuses. L'eau de Salut, secondée par la promenade du vallon de Salut (cure de terrain, d'OErtel), m'a donné d'excellents résultats dans les altérations commençantes de Forifice aortique (1).

Nos bains calmants triomphent dans les affections douloureuses et fonctionnelles du cœur : palpitations, fausse angine de poitrine, etc.

Les phlébites et périphlébites d'origine ibumamatismale peuvent retirer, comme à Bagnoles de l'Orne, un bon effet de nos bains : St-Roch, le Foulon, le Plata7ie,

En somme, on demandera aux eaux de Bagnères soit une action révulsive (balnéation) pour dégager la circulation centrale, soit une action résolutive et diurétique, parfois même laxative.

On ne traitera pas ou on ne traitera qu'avec les plus grandes précautions les lésions orificielles compensées avec hypertrophie cardiaque, l'artériosclérose parvenue à la période d'état avec hypertension marquée, le rétrécissement mitral très prononcé, les lésions aortiques avancées et tous les états cardiovasculaires en imminence d'arystolie.

Appareil respiratoire. — H y a des pharyngites qui sont sous la dépendance manifeste du principe rhumatismal. En plus du traitement général, elles comporteront un traitement local : pulvérisation de Lahassère ou de Salies, ou des deux alternativement.

Les vieux exsudats de la plèvre : les bronchites et catarrhes chroniques , môme avec altération du parenchyme pulmonaire, se trouvent bien de l'usage en boisson de Labassère et de Salut, celle-ci préférable

(i) Communication au Congrès d'hydrologie de Paris 1889.

dans la forme sèche et érélhiqiie, celle-là dans les formes torpides avec expectoration abondante.

Quand la bronchite a un caractère rhumatismal, les agents thérapeutiques dirigés contre le rhumatisme, tel que le bain du Foulon^ jouissent d'une efficacité qui paraît atteindre les bronches ellesmêmes.

Appareil urinaire. — Il en est des affections de cet appareil, et notamment du catarrhe de la vessie, comme des affections thoraciques. Le traitement thermal doit agir à la fois sur le trouble de l'organe et sur l'élément rhumatismal. Dans ce but, on combine sagement la méthode balnéaire avec les procédés dirigés spécialement sur le rein ou la vessie.

On prescrira les bains, les demi-bains, les bains de siège à eau courante, de concert avec les buvettes diurétiques de Salut, de la Peyrle^ de Marie-Thérèse, etc.

Appareil digestif. — La constipation, l'engorgement du foie et des vaisseaux biliaires commandent l'usage des eaux laxatives : Lasserre, la Rampe, la Peyrie, Pierras.

Le choix d'une eau pour le traitement de l'estomac comporte un diagnostic dilférentiel préalable, souvent assez délicat. On conseille Salut dans la gastralgie, la dyspepsie hypersthénique (A. Robin), les crampes et les spasmes de l'estomac ; les estomacs sujets aux pesanteurs, aux flattuosités, aux aigreurs, se trouveront mieux de l'eau de la Reme ou du Dauphin ; les buvettes du Grand-Pré et de Tivoli seront prescrites aux estomacs les plus irritables, à l'instar d'Evian ou d'Alet.

La diarrhée chronique sera traitée par les bains et l'eau de Salut, si elle s'accompagne d'excitabilité,

Les rhumatisants à Bagnères-de-Bigorre 37

par les bains et Teau du Daupliin, si c'est l'atonie qui domine.

Une des névralgies viscérales les plus douloureuses et parfois les plus tenaces par sa répétition, Tentéralgie, a été plusieurs fois guérie par l'usage combiné de l'eau de Salut en boisson et du bain du Foulon ou du Platane.

Il faut savoir recourir, dans les affections de l'intestin, aux douches rectales d'eau thermale, administrées soit d'après l'ancienne méthode (douche ascendante proprement dite), soit d'après la méthode nouvelle (grands lavages intestinaux pris dans la position couchée). Ces douches, en plus de leur action évacuante, modifient avantageusement les sécrétions et l'innervation motrice des tuniques intestinales.

Maladies des femmes. — Il n'est pas jusqu'à l'utérus et ses annexes qui ne puissent être le siège d'une répercussion rhumatismale. Certaines métrites sont lentes à guérir, parce que la malade est rhumatisante. On en peut dire autant de certaines fluxions et douleurs ovariennes, et de certaines névralgies, telles que la névralgie lombo-abdominale.

Bains du Foulon, du Platane, de la Reine, de Salut, de Versailles ; bains de siège ; injections de Salies à 40°, 45** et 50^. Ces injections sont très appréciées, surtout loi'squ'il y a de l'atonie des ligaments et de l'asthénie vasculaire, avec ou sans hémorrhagies.

Je veux, en terminant ce travail, signaler âmes confrères un point délicat, une contre-indication qu'il est peut-être malaisé de dépister dans les cas, heureusement rares, où elle se présente.

Les rhumatisants chroniques sont exposés , la chose est banale, à subir des poussées aiguës sous

38 Bagnères-Médical

rinfluence d'un refroidissement, d'un écart de régime ou sous Taction, parfois aggressive, du traitement thermal. Si la poussée est simple et franche , on interrompt le traitement quelques jours et tout est dit. Mais il peut arriver qu'un feu plus alarmant couve sous la cendre; au lieu d'avoir une allure franche, une courte durée, les accidents fébriles peuvent traîner en longueur , se compliquer de troubles généraux et faire soupçonner, disons le mot, un état infectieux. Dans ces conditions, un médecin tant soit peu attentif interdira la reprise du traitement. Mais la fièvre peut tomber, les phénomènes aigus peuvent s'effacer... Méfiez-vous! Observez bien le patient, scrutez ses moindres aveux, ses moindres doléances , les symptômes en apparence les plus insignifiants, l'état un peu saburral de la langue, de la céphalée, une certaine lassitude, de l'inappétence, des malaises digestifs... L'infection guette le malade. Si vous lui faites prendre des bains, des douches, des boissons minérales qui donneront un coup de fouet à la maladie, l'incendie éclatera, vous aurez à combattre une crise violente, dont vous ne serez pas toujours maître, et Ton racontera que Monsieur ou Madame X..., qui n'avaient qu'un léger rhumatisme en partant pour les eaux, y ont gagné des accidents très graves dont ils sont morts ou dont ils ont failli mourir.

Il faut donc considérer comme une contre-indication thermale formelle l'imminence d'accidents infectieux chez les rhumatisants. Sans doute, nous l'avons établi au début de cette étude, les rhumatismes et pseudo-rhumatismes infectieux par leur nature ou leur origine sont radicalement exclus des

Les rhumatisants à Bagnères-de-Bigorre 39

eaux minérales; mais ce qu'il faut savoir aussi, c'est que tout rhumatisme peut devenir infectieux, surtout en temps d'influenza ou de toute autre épidémie propre à modifier le caraclère et l'allure des maladies ordinaires. Et le tact des médecins en pareille occurrence sera de prévoir et de prévenir d'aussi redoutables éventualités.

Les anciens, sous d'autres noms et sous l'empire de théories aujourd'hui démodées, connaissaient cet écueil des cures thermales, et c'était sans doute pour l'éviter qu'ils conseillaient tant à leurs malades de faire une cure pjéparatoire avant de partir pour les eaux. « Si Ton veut obtenir du secours des eaux minérales, prises en boisson ou en bain, dit un vieil auteur, on se préparera par des bouillons ou des tisanes faites avec des simples recommandés pour le mal qu'on veut extirper. Avant de faire usage des eaux, il faudra prendre une purgation, et dans une infinité de circonstances, il faudra avoir recours à la saignée, etc. Gartetbert. »

Le même auteur blâme vivement les malades qui dédaignent ses conseils et s'exposent à des « catastrophes » pour avoir négligé « ces préliminaires. «

« Il est aussi nécessaire de se purger quand on quitte les eaux, » dit encore cet auteur, visant en cela des troubles de santé qu'on observe en effet, parfois, après la cure et qui en compromettent les bons effets.

Mais c'est sur le premier point que je veux insister, la nécessité de la. cure préparatoire. Cette préoccupation des anciens prouve bien et qu'ils redoutaient certains efïels fâcheux des eaux thermales et qu'ils croyaient utile, pour mettre ces eaux en valeur, pour

40 Bagnères-Médical

en accroître les bons effets, d'en faire précéder l'usage par un traitement approprié, pratiqué à domicile.

Sans vouloir faire une règle de ces vieux préceptes, il est permis de penser que dans nombre de cas l'observation en serait opportune. En ce qui concerne le rhumatisme, je serai persuadé que dans certains cas douteux et suspects, un traitement préalable au moins hygiénique aurait pour résultat de faciliter l'usage des eaux, d'augmenter leur chance d'efficacité et surtout d'écarter le danger que je viens de signaler, ces accidents infectieux qui seront toujours, le cas échéant, une sérieuse contre-indication.

Conssils pratiques * 41

CONSEILS F»R.A.TIQXJES

Epoquk et durkk dk la saison. — Nos Etablisseiiienls élaiit ouverts toute Tannée, on peut, comme à Dax ou Amélic-les-Bains, faire usage de nos eaux au camr même de l'hiver. Néanmoins, la saison dite thermale ne commence guère que dans les premiers jours de mai pour se prolonger jusqu'à la fin d'octobre ; la période de plus grande animation va du 15 juillet au 25 septembre.

Nous recommandons aux rhumatisants et surtout aux rhumatisants nerveux les belles journées de septembre et même d'octobre (première quinzaine).

Il est admis dans le monde qu'une saison thermale doit durer 21 jours. C'est un préjugé. Tout au plus peut-on dire que trois semaines représentent la petite moyenne d'un traitement aux eaux. Mais la vérité est que le médecin seul peut déterminer le nombre de jours que nécessite le traitement. Parfois, quinze jours ont pu suffire. Plus souvent, un mois sera nécessaire. Il faut compter avec les interruptions qui, pour des causes physiologiques ou autres, viennent couper le traitement. Dans bien des cas, il serait bon de pouvoir faire deux saisons de quinze ou vingt jours chacune, séparés par une période de plusieurs jours ou de plusieurs semaines.

Autrefois , avant de partir pour les eaux , on suivait un traitement préalable, ou tout au moins un régime diétique. C'est à tort que cette pratique a été radicalement abandonnée. Il serait utile parfois de se préparer à nos eaux en prenant une ou • deux purgations. (Voir plus haut).

42 « Bagnères-Médical

Au retour des eaux , il conviendra d'observer quelques règles d'hygiène que , d'ordinaire , le médecin a soin de prescrire. Généralement , on recommande de s'abstenir de toute médication pendant un certain temps, qu'on a appelé judicieusement la convalescence de la cure, et c'est le plus souvent pendant cette période que les eaux produisent leurs meilleurs effets.

Les résultats obtenus pendant le traitement donnent rarement la mesure des résultats définitifs. Aussi, ne faut-il pas se laisser impressionner par les incommodités que les eaux amènent parfois : lassitude ou excitation du système nerveux, insomnie, fièvre, dérangement d'estomac ou d'entrailles, éruptions sur la peau, réveil des douleurs rhumatismales, etc. — Le médecin donne à ces ciises thermales leur réelle signification et fait interrompre le traitement, s'il y a lieu.

Boisson. — On boit moins à Bagnères que dans les stations voisines, Gapvern, Barbazan, Aulus, eaux sulfatées calciques magnésiennes comme Bagnères. Peutêtre est-ce un tort, et sûrement on obtiendrait des effets laxatifs plus fréquents et plus considérables si l'on ingurgitait six, huit, dix, douze verres et au-delà, comme dans ces stations de gros buveurs. La dose moyenne est ici de 4 verres par jour, — Labassère et Salles réservés. Dans bien de cas, il faudra savoir dépasser cette dose.

Labassère se prend habituellement par 1/2 verre, Salies par 3/4 de verre ou verre entier.

Il y a des sources dont on peut faire usage à table aisément et avec profit : Salai, Tivoli, la l^cijrie, Marie-Thérèse.,.

Conseils pratiques 43

Quand on parle de verre en thérapeutique thermale, on a en vue le verre de 200"% le 5'"® de litre, c'est d'aileurs, à peu de chose près, le verre en usage dans les buvettes.

Bains. — La direction du traitement balnéaire est plus délicate à Bagnères qu'ailleurs, à cause du grand nombre et de la variété des sources qui alimentent nos baignoires. Le médecin désigne la source, détermine la durée, la température et les autres conditions qui règlent ce mode d'emploi de l'eau thermale : bain entier, demi-bain*, température égale ou variable, plus élevée, par exemple, pendant les dernières minutes; bouillotte d'eau chaude aux pieds (très utile pour certains l'humatisants), etc. La durée du bain peut varier de 10 minutes à 3/4 d'heure; durée moyenne, 1/2 heure. Dans les piscines de Salies, pour certaines formes de rhumatismes, le bain peut être prolongé plusieurs heures (système de Louèche).

La température préférée pour les rhumatisants est 3i'»à 35°.

L'heure du bain eet encore un point important. Une heure matinale est en général préférable, pour plusieurs raisons, entre autres pour qu'on ait le temps, si le médecin le prescrit, de se mettre au lit quelques moments et de faire ensuite une promenade avant l'heure du déjeuner.

Mais il est bien difficile et souvent impossible dans le milieu de la saison de choisir son heure, quand on se baigne à certaines sources peu abandanles et très recherchées.

En prévision de cette difficulté, il faudrait se faire inscrire à l'avance au bureau des Therm.es et ne pas

44 Bagnères-Médical

attendre pour venir à Bagnères que la saison soit entrée dans sa phase la plus active.

Douches générales et locales. — Les douches, comme les bains et à plus juste titre encore, comportent une formule médicale et ne doivent pas se prendre au hasard. La formule d'une douche comprend, outre la nature de l'eau employée, la température, la pression, la durée, la forme (en pluie, à lance, circulaire, fixe ou mobile, etc.), toutes les indications, en somme, qui font d'une douche non pas un moyen banal de médication à la portée de tout le monde, mais un agent thérapeutique sérieux et approprié à l'état morbide et physiologique de la personne qui en fait usage.

Les douches locales s'adressent à un membre, à un organe, à une région limitée du corps. Il faut ranger dans cette catégorie les douches pharyngiennes, nasales, oculaires et auriculaires qui se donnent dans les salles de pulvérisation.

Régime. — Il faut que le régime alimentaire, l'exercice, les distractions, loin de contrarier le traitement, viennent à son aide. — Il faut éviter les veilles prolongées, les excès de table, les refroidissements.

La vie d'hôtel est déplorable pour certains dyspeptiques qui ne savent pas résister aux entraînements de la table d'hôte et qui mangent à tort et à travers tout ce qui leur est servi, sans se soucier de la qualité et de la quantité des aliments qui défilent dans leur assiette. Avec un pareil oubli de l'hygiène alimentaire, la guérison est impossible. Il faut que le malade, instruit et dirigé par le médecin, obtienne

Conseils pratiques

(la maître d'iiôlel le régime qui lui est prescrit et s'y conforme scrupuleusement.

On peut habiter en ville ou hors ville, suivant son goût, pourvu que le logement soit sain et aéré. Les rhumatisants doivent éviter de coucher au rez-dechaussée, si le parquet de leur chambre n'est pas élevé de quelques marches au-dessus du sol.

La question des vêtements est très importante. Il ne faut pas oublier que les pays de montagne sont sujets à de grandes variations de température; il faut se munir préventivement de vêtements d'hiver, tout au moins de demi-saison et porter de préférence des vêtements de laine.

On doit bien se pénétrer de la vérité de ce précepte, que nous trouvons dans les écrits de Sarabeyrouse : « Il est une foule de maladies qui guérissent par le régime seul ; mais il n'en est aucune qui guéi'isse sans le régime. »

Page 1