‹ Les névrosesChapitre 150 sur 220 · LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE

A Charles Cros.

Ma chambre est pareille à mon âme, Comme la mort l'est au sommeil :

Au fond de l'àtre, pas de flamme A la vitre, pas de soleil !

Les murailles sont recouvertes D'un lamentable papier gris Où l'ombre des persiennes vertes Met des taches de ver-de-gris.

Au-dessus de mon chevet sombre Pend un Christ à l'air ingénu, Qui semble s'enfoncer dans l'ombre Pour ne pas se montrer si nu.

Compagnon de ma destinée, Un crâne brisé, lisse et roux, Du haut de l'humble cheminée Me regarde avec ses deux trous.

LA Cil AMIîRK. i.'6T

Des rideaux lourds et très antiques Se crispent sur le lit profond; De loniss insectes fantastiques Dansent et rampent au plafond.

Quand l'heure sonne à ma pendule, Elle fait un bruit alarmant; Chaque vibration ondule El se prolonge étrangement.

L'ange de mes amours funèbres, Porte toujouis un domino, Et chaque nuit, dans les tt'nèbres, \ a sangloter au piano.

Meubles, tableaux, fleurs, livres même, Tout sent l'enfer et le poison, Et, comme un drap, l'horreur qui m'aime Enveloppe cette prison.

Triste chambre oîi l'ennui qui raille Veille à mes côtés nuit et jour.

J'écris ces vers sur ta muraille.

Et je bénis ton noir séjour;

Car le torrent aime le gouffre, Et le hibou, l'obscurité; Car lu plais à mon cœur qui soufTre Par ton affreuse identité I

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