T-A BUVEUSE D' ABSINTHE
Elle allait, prunelle éteinte, Rampant aux murs comme un ver...
Elle élait toujours enceinte I
Oh ! cette jupe déteinte
Qui se bombait chaque hiver I
Pauvre buveuse d'absinthe !
Sa voix n'était qu'une plainte, Son estomac qu'un cancer :
Elle était toujours enceinte I
îluelle farouche complainte Dira çon hideux spencer !
Pauvre buveuse d'absinthe î
Je la revois, pauvre Aminte, Comme si c'était hier :
Elle était toujours enreinte!
Elle effrayait maint et mainte Rien qu'en tournant sa cuii'cr; Pauvre buveuse dab?inllie!
Q land elle avait une quinie
De toux, — Oh ' qu'elle a souffert,
Elle était toujours enceinte ! —
'-'li LEis 6PECTRES.
Elle làlait : u Çu m'esquinte!
Je suis déjà dans l'enler. • Pauvre buveuse d'absinthe!
Or elle but une pinte De l'affreux liquide vert :
Elle était toujours enceinte I
Et l'agonie était peinte Sur son œil à peine ouvert; Pauvre buveuse d'absinthe !
Quand son amant dit sans feinJe « D'débarras, c'en est un fier !
« Elle était toujours enceinte. »
Pauvre buveuse d'absinthe I
:.n MOT DE L'ÉNIGME. 0:3
LE MOT DE L'ÉNIGME A Francis Enne.
Longtemps cette figure obséda mes regards, Et l'éternel supplice auquel Dieu me condamne, Aux rayons ténébreux de ses deux yeux hagards S'accrut férocement dans mon cœur et mon crâne
5011 affreux souvenir me hantait : et, la nuit,
Dans mon gîte où la Peur le long des meubles rampe.
îette face où ricane un formidable ennui
luisait aux murs, et sur l'abat-jour de ma lampe.
Il avait du serpent, du tigre et du crapaud. Mais pour pouvoir en faire une esquisse vivante Et terrible, il faudrait la plume d'Edgar Poe, Cette plume du gouffre, infernale et savante '
Oh ! ce long paletot boutonné jusqu'au cou Et ces doigts bleus aussi velus aue ceux du singe ! Oh ! l'innommable horreur de ce bras sale et mou Qui semblait grelotter sous la crasse du linge !
Oh ! jamais les ■:hapeaux des plus sombres rapins N'auront la poésie atroce de son feutre ! Pour chaussure, il avait d'ignobles escarpins Où la putriditf' dos pieds nus se calfeutre.
LES SPECTltES.
Mais pourquoi cet œil blanc, fixe et cadavéreux ? D'où venait qu'il avait la démarche peu sûre. Et qu'il allait grinçant d'un air si malheureux. Comme un chien enragé qui relient sa morsure ?
Pourquoi vomissait-il plutôt qu'il ne crachait ' Avait-il la nausée amère de la vie ?
Et pourquoi prenait-il sa tête qu'il hochait Avec une fureur d'effarement suivie?
Avait-il donc au cœur un si strident remord Ou'au milieu de la rue, en face des gendarmes, 11 bégayât les mots de poison et de mort Avec un rire affreux qui se trempait de larmes'
Etait-il fou, cet homme ayant l'atrocité D"un poème vivant plein d"àpres antithèses ?
— Ainsi, j'alimentais ma curiosité Avec le vitriol des noires hypothèses.
Mais une nuit d'hiver, morbidement brutal, J'accostai ce passant dans une sombre allée, Et plongeant mon regard dans son globe fatal, J'osai lui dire avec une voix étranglée :
<i Exécrable inconnu dont l'air inquiétant
'. Pourrait faire avorter une mégère enceinte,
« Qu'es-tu? Bourreau, martyr, assassin ou Satan? »
— Et lui me répondit : « Je suis buveur d'absinthe.