‹ Les névrosesChapitre 179 sur 220 · LA CHIMERE · texte numérisé non relu

LA CHIMERE

J'ai dû faire l'effet, môme aux passants bkisés, D'un fou sur qui l'accès somnambulique tombe, Ou d'un enterré vif échappé de la tombe, Tant j'ouvrais fixement mes yeux magnétisés.

Secouant les ennuis qui la tenaient captive Mon àme tristement planait sur ses recors, Et je m'affranchissais de mon odieux corps Pour me vaporiser en brume sensitive :

Soudain, tout près de moi, dans cet instant si cher Un parfum s'éleva, lourd, sur la brise morte, Parfum si coloré, d'une strideur si forte. Que mon âme revint s'atteler à ma chair.

Et sur le boulevard brûlé comme une grève J'ouvrais des yeux de bœuf qu'on mène à l'abattoir. Quand je restai cloué béant sur le trottoir : Je voyais devant moi la femme de mon rêve

Oh! c'était bien son air, sa taille de fuseau I è. part la nudité miroitant sous la gaze, C'était le cher fantôme entrevu dans l'extase Avec ses ondoîments de couleuvre et d'oiseau.

Certes ! je ne pouvais la voir que par derrière : Mais, comme elle avait bien la même étrangeté Que l'autre I Et je suivis son sillage enchanté, Dans l'air devenu brun comme un jour de clairière.

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' Je courais, angoisseux et si loin du réel Que j'incarnais déjà mon impalpable idole Dans la belle marcheuse au frisson de gondole

i Qui glissait devant moi d'un pas surnatarel.

Et j'allais lui crier dans la cohue infâme, Frappant et bousculant tout ce peuple haï : « Je viens te ressaisir, puisque lu m'as jailli Du cœur, pour te mêler aux passants! » quand. la Dame

Se retourna soudain : oh ! je vivrais cent ans Que je verrads toujours cet ambulant squelette I Véritable portrait de la Mort en toilette, Vieux monstre féminin que le vice et le temps.

Tous deux, avaient tanné de leurs terribles hàles Tête oblongue sans chair que moulait une peau Sépulcrale, et dont les paupières de crapaud "^e recroquevillaient sur des prunelles pâles!

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