LE COEUR MORT
Je rêvais que mon cœur flottait dans le château
Au-dessus d'une coupe étrange et poussiéreuse :
— Pour y saigner, bien sûr! Car sa plaie est si creuse
Que le temps y retourne encore le couteau'
Eh quoi? La chose alors était par trop affreuse : Ni la meule du spleen, ni les coups de marteau Du malheur, ni l'angoisse aux mâchoires d'étau Ne pouvaient exprimer sa pourpre douloureuse.
Mon cœur vit! m'écriai-je, il palpite; il ressenti Je perçois son tic-tac. et certes, c'est du sang, Du sang qui va couler de sa blessure ouverte!
Mais non! Il était mort, archi-mort, et si mûr,
Qu'une larme de pus nauséabonde et verte
En suinta lentement comme l'eau d'un vieux mur.
LES LARMES
LES LARMES
A Georges Lonn.
Le crâne des soulTrants vulgaires Est un ciel presque jamais noir, Un ciel où ne s'envole guères L'abominable désespoir.
Chaque nuage qui traverse En courant cet azur qui luit, Se crève en une douce averse Apaisante comme la nuit.
Une pluie exquise de larmes Sans efforts en jaillit à flots.
Éteignant le feu des alai-mes Et noyant les âpres sanglots.
Alors pour ces âmes charnues Au martyre superficiel, Les illusions revenues Se diaprent en arc-en-ciel.
Mais le cerveau du solitaire, Vieux nourrisson de la terreur, Est un caveau plein de mystère Et de vertigineuse horreur.
Du fond de l'opacité grasse Où pourrit l'espoir enterré, Une voix hurle : « Pas de grâre !
Non! pas de grâce au torturé I »
Près des colères sans courage Et qui n'ont plus qu'à s'accroupir, La résignation qui rage S'y révolte dans un soupir,
Et comme un vautour fantastique, Avec un œil dur et profond, La fatalité despotique Etend ses ailes au plafond 1
Crâne plus terrible qu'un antre De serpents venimeux et froids, Où pas un rayon de jour n'entre Pour illuminer tant d'effrois,
Par tes yeux, soupiraux funèbres.
Ne bâillant que sur des malheurs, Tes lourds nuages de ténèbres Ne se crèvent jamais en pleurs i
Oh! quand, rongé d'inquiétudes.
On va geignant par les chemins, A.U plus profond des solitudes, ht pouvoir pleurer dans ses mainsi
LES LARMES
Jalouser ces douleurs de mères Ayant au moins pour s'épancher Le torrent des larmes amères Que la mort seule peut sécher!
Quand on voudrait se fondre en source Et ruisseler comme du sang, Hélas! n'avoir d'autre ressource Que de grimacer en grinçant!
Oh! sous le regret qui vous creuse, Mordre ses poings crispés, avec La paupière cadavéreuse Et l'œil implacablement sec!
0 sensitive enchanteresse, Saule pleureur délicieux, Verse à jamais sur ma détresse La rosée acre de tes yeux !
Que ta plainte humecte ma vie!
Que ton sanglot mouille le mienî Pleure! pleure! moi je t'envie En te voyant pleurer si bien !
Car, maintenant, mon noir martyre, De ses larmes abandonné.
Pour pleurer n'a plus que le rire, Le rire atroce du damné I
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