JALOUSIE FÉLINE
A André Slom.
Cependant que jaché sur l'un des hauts divans Le chat jaune poussait de /onronnanles plaintes, Dans un boudoir gorgé de parfums énervants,
Je veillais la très chère à genoux et mains jointe», Et mon baiser rôdeur, papillon de ses seins, Effleurait leurs contours et vibrait à leurs pointes.
Vierges des nourrissons, vampires assassins,
Ils étaient froids et durs comme des pommes vertes
Et plus blancs que le cygne- errant sur les bassins.
Voluptueusement elle dormait, et certes,
Jamais femme n'aura, pour mordiller l'amant.
Les dents que laissaient voir ses lèvres entr'ouvertes.
Très blanche, comme pour un enlinceulemertt. Sa robe la couvrait d'un brouillard de guipure, En sorte que les seirjs étaient nus seulement.
JALOUSIE FELINE.
Et les reflets de l'ûtre en livide jaspure Rampaient sur le divan d'où le chat regardait Cette gorge d'amour aussi belle qu'impure.
Même dans le sommeil profond elle garaall Sa morgue! et telle était sa magique attirance Qu'irrésistiblement tout mon être y tendait.
Voilà pourquoi je vis avec indifférence
L'œil toujours si câlm du gigantesque chat
Se charger tout à coup de haine et de souffrance.
0 langueur criminelle indigne de rachat! Je ne pris nulle garde à la jalouse bête, Quand il aurait fallu que ma main l'écorchât!
En vain, il se tordait les yeux hors de la tête, En vain, il écumait fou de rage, en grinçant Comme une girouette au fort de la tempête ',
Je fus aveugle et sourd pour lui! tout languissant D'amour et de sommeil, j'accrochais mon extase A ces deux bouts de seins plus rouges que du sang.
Et je bâillaiè, râlant je ne sais quelle phrase, ' orsque soudain je vis le chat jaune vers nous Kamper lentement comme un crapaud dans la vase.
Ltiiii L i ' X L' K E S.
Oh! ces poils hérissés! ces miaiilenients fous!
— Mais la chambre devint ténébrpiise et mouvante, Puis, plus rienl et je dus m'endormir à genoux.
Et la paix du cercueil hantait ma chair vivante
Lorsque je fus tiré de ce fatal sommeil
Par un cri surhumain d'horreur et d'épouvante»
Oh! maudite la lune et maudit le soleil!
Que sous Ihomme à jamais la terre se dérobe 1
Pourquoi donc pas la mort, plutôt que ce réveil !
— Là, hurlant de douleur, pâle dans une robe De pourpre, ensanglantant la neige des coussins, Rachel se débattait sous la bête hydrophobe
Qui miaulait en lui déchiquetant!' - bii!i>: