LA MARIÉE
La mariée est toute pâle, Aussi pâle que son bouquet, Lorsque la danse el le banquet Ont cessé dans la grande salle.
Le père sonrit d'un air mâle, Et la mère a l'œil inquiet.
La mariée est toute pâle, Aussi pâle que son bouquet.
— Plainte exguise, liainionieui Interminable et doux boquetl — »
Aussi, quand le matin coquet Montre sa rose et son opale, i a mariée est toute pâle.
LE CHAT
LE CHAT
A Léon CladeL
Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire Par son être magique où s'incarne le sphinx; Par le charme câlin de la lueur si claire Qui s'échappe à longs jets de ses deux yeux de Ijnx, Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire.
Femme, serpent, colombe et singe par la grâce, Il ondule, se cambre et regimbe aux doigts lourds ; EL lorsque sa fourrure abrite une chair grasse, C'est la beauté plastique en robe de velours : Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,
Vivant dans la pénombre et le silence austère Où rontle son ennui comme un poêle enchanté, Sa compagnie apporte à l'homme solitaire Le baume consolant de la mysti^té Vivant dans la pénombre et le silence austère.
LES LUXURES
Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre, C'est bien l'àme du gîle où je me tiens sous clé; De la table à l'armoire et du fauteuil à l'âtre, Il vague, sans salir l'objet qu'il a frôlé, Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre.
Sur le bureau couvert de taches d'encre bleue Où livres et cahiers gisent ouverts ou clos, Il passe comme un souflle, eflleurant de sa queue La feuille où ma pensée allume ses falots, Sur le bureau couvert de taches d'encre bleue.
Quand il mouille sa patte avec sa langue rose Pour lustrer son poitrail et son minois si doux, Il me cligne de l'œil en faisant une pause, Et je voudrais toujours l'avoir sur mes genoux Quand il mouille sa patte avec sa langue rose.
Accroupi chaudement aux temps noirs de décembre Devant le feu qui flambe, ardent comme un enfer, Pense-t-il aux souris dont il purge ma chambre Avec ses crocs de nacre et ses ongles de fer? Non 1 assis devant l'âtre aux temps noirs de décembre
Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes A la face bizarre, aux tétons monstrueux, Il songe à l'angora, mignonne des mignonnes, Qu'il voudrait bien avoir, le beau voluptueux. Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnea.
LE CHAT. 10
Il se dit que l'été, par les bons clairs de lune,
Il possédait sa chatte aux membres si velus ;
Et qu'aujourd'hui, pendant la saison froide et brune,
Il doit pleurer l'amour qui ne renaîtra plus
Que le prochain été, par les bons clairs de lune.
Sa luxure s'aiguise aux râles de l'alcôve, Et quand noirs en sortons encor pleins de désir, 11 nous jette un regard jaloux et presque fauve Car tandis que nos corps s'enivrent de plaisir, Sa luxure s'aiguise aux râles de l'alcôve.
Quand il bondit enfin sur la couche entr'ouver'r-
Comme pour y cueillir un brin de volupté,
La passion reluit dans sa prunelle verte :
Il est beau de mollesse et de lubricité
Quand il bondit enfin sur la couche entrouverte.
Pour humer les parfums qu y laisse mon amante, Dans le creux où son corps a frémi dans mes bras, Il se roule en pelote, et sa tête charmante Tourne de droite à gauche en Uaii'ant les deux draps. Pour humer les parfums qu'y laisse mon amante.
Alors il se pourh'îche, il ronronne et. miaule, Et quand il s'est grisé de la senteur d'amour, 11 s'étiie en bâillant avec un air si drôle, Que l'on dirait qu'il va se pâmer à son (our; Alors il se pourléche, il romonne et miaule.