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LA VACHE AU TAUREAU

A Léon Cladel.

A l'aube, à l'heure exquise où l'âme du surco;: Baise au bord des marais la tristesse du saule. Jeanne, pieds et bras nus, l'aiguillon sur l'épaule. Conduit par le chemin sa génisse au taureau.

Compagnonnage errant de placides femelles, Plantureuses Vénus de l'animalité, Qui, dans un nonchaloir plein de bonne santé. S'en vont à pas égaux comme deux sœurs jumelles.

Si le pis est pesant, les seins sont aussi lourds, L'une a les cheveux drus, l'autre les crins opaaûes, !>t leurs veux sont pareils à ces petites flaques Où la lune projette im rayon de velours.

Aussi, rocs et buissons, les chênes et les chaumes Semblent leur dire, émus de cette humble union, Qu'en ce jour c'est la fêle et la comn>union Des formes, des clartés, des bruits et des arômes.

LA VACilE AU TAUREAU. 171

Un seul point les sépare, et ce poinl-là. c'est tout : Séduite un beau matin par le Serpent fart homme. Aux rameaux du Plaisir, Jeanne a cueilli la pomme. Tandis que la génisse est vierge de partout.

Ses cornes aux bouts noirs, arquant leurs fines poiates. Parent son doux visag-e ; et d'un air ingénu. Toute neuve, elle apporte à son mâle inconnu Ses lèvres de pucelle hermétiquement jointes.

Elles s'en vont ainsi le long des églantiers Où l'Aurore a pleuré son déluge de perles. Et le vol des piverts, des niargots et des merleà Les effleure et les suit par dessus les sentiers.

Bientôt, sur leur trajet, la brise encore moite Embaume son murmure et chauffe son soupir;- Le lièvre, à travers champs, flâne et vient s'accroupir, Et le ciel resourit à l'eau (|ui remiroite.

La vache, en mal d'amour, brame, le cou tendu, Ou flaire les gazons, sans danger qu'elle y morde; Et la fille, en chantant, la mène par la corde, Ivre et sereine au fond de ce pars perdu.

Soudain par la venelle où marquent les fers d'âiie Et jonchée au milieu de crotte de mouton. On vient à sa rencontre, et vite, Jeanneton Reconnaît le beau gars pour qui sou cœur se damne.

LES REFUGES

Ils sont rendus. Voici le troupeau des canards

Oui plongeonne et s'ébat sur l'étang couleur d'huile,

Le coq sur son fumier, le pigeon sur sa tuile,

El les deux chiens grognons, roux comme des renards.

Tous les fermiers sont là dans la cour du domaine, Depuis l'aïeul joufflu jusqu'au pâtre chafouin; L'un d'eux fixe aux barreaux d'une voiture à foin La taure qui mugit, s'effare et se démène.

On fait cercle, on s'installe autour du chariot, Et bientôt le taurin s'avance d'un pas ferme. Laissant choir de la morve et goulteler du germe, Trapu, la tête courte et le pied maigriot. •

II vient; sa longue queue, âpre et bien emmanchée, Sur les cuisses, les flancs, et jusque sur les reins Agite en se tordant son panache de crins Où claquent des grumeaux de bouse desséchée.

Front bourru, mal corné, les yeux sanglants et fous, Il bouffe devant lui comme un soufflet de forge ; El le fanon ridé qui crdule de sa gorge Flotte massivement et lui bat les genoux.

De sa langue râpeuse, énorme et violette, 11 fouille ses naseaux alternativement.

Et par un guttural et rauque beuglement Il aborde d'un trait la vache qui halète.

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