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Les nezprecés

r intrépide voyagenr, le savant hydrographe, dont les admirables travaux sar rOrégon <mt, les premiersi initié la Franoe aux richesses naturelles de TAmérique septentrionale,

Tauteur reconnaissant,

H.-B. GHBVALIBB.

GUAPITKË PftËMlËK-

POIGNËÏ-u'aCIËR — iNlCK WUU'l'XËâ

— Castors et loutres ! voilà un sac qui est tonnm*reineat lourde capitaine. Il y a au moius la charge de deux hommes. Tenez, c'est tout au plus si je puis le remuer. Et pourtant Nick Whiffles n*est pas une poule mouillée, ô Dieu, non ! Uuc diable fei ez-vous donc de tout cet or-là?

— Soyez sans inquiétude, mon brave, je trouverai aisément son placement, répondit le caji/ftaine en souriant.

— Aisément! aisémeuU mais il y a là de quoi acheter toutes les feiniiies de la création, et/^ n'est guère ce qui vous tente, vous, car jamais on ne vous a vu touruer les yeux sur une squaw. Ce n'est pas comme mon oncle le grandvvoyageur dans TAfrique centrale ; lui, il aurait fait dix fois k tour du monde pour rencontrer* un beau brin de fille. Il en avait toujours comme ça eiuq ou six douzaines à ses trousses, oui bien, je le jure, votre serviteur!

£l Nick Wbiffles, abandonnant un gros sac de cuir de buffle qu il avait vainement essayé de soulever, jptongea sa main dans une blague en peau de vison pendue sur sa poitrine, retira uue poignée de tabac et ^en bourra la bouche.

— Vous ne Tavez pas connu mon grand-père ï de- UKiuda-il au bout d'un instant.

— Je croyais que vous pariiez de votre racle ?

— Oncle ou grand-père, ça ne fait rien, capitaine. C'était un fameux touriste, comme on dit aujourd'hui.

U avait un fiei* cheval, allez! Ensemble ils parcoururent la terre, la mer, fMI le globe. Est-ce que vous lesavex rencontrés dans vos excursions?

— Non, ami Mck, non, répliqua le capitaine, riant, de la franche bonhomie avec laquelle le trappeur débitait ses bourdes.

— « Alors, c*esl un malheur; car vous étiear fait pour vous entendre avec eux, dit celui-ci d un ton de

regret sincère. Voyez-vous, iiioii parrain éuùt aussi fort que vous...

— C'était doue votre parrain ?

■ — Ai-je dit parrain ?

— Mais il me semble. . .

— Alors c est que c'était mou parrain, riposta Kick Whiffles sans sourciller. 11 était courageux comme un lâson, rusé comme uu carcajou; mais pourtant il avaitun défaut, un grand défaut de nature : mon oncle manquait de vigueur dans les bras et dans les jambes. Un enfant l'aurait renversé à terre.

— Conunent ! s'écria Poignet«dlAcîer, dmisaut cours à un accès d'hilarité. Comment ! tout à riieure vous disiez qu'il était aussi robuste que moi !

— Ai-je dit cela ? Castors et louties^ je me suis trompé, capitaine! Lui aussi robuste que vous ! Peuli î mon grand-père était mou, capitaine 1 et poltron • . . poltron! Un lièvre lui aurait fait virer les talons! ô Dieu, oui t

Là-des3us, i'iionnéte trappeur porta sa gourde à ses lèvres et but une copieuse gorgée.

— -* Délicieux whiskey I dit-U en faisant voluptueuse^ ment claquer sa langue contre son palais, délicieux! On n'en fait pas de meilleur au fort Cokmbîa« Encore une gobe que ces vermines d'Indiens ne. me. voleront pas. Voulez-vous y goûter, capitaine?

Poignet-d' Acier fit avec la tête un geste ^légalif.

Digiti^ca by

— Voyons, Niek, il faut nous hâter, dit-il ensuite*

— Gomme de raison, capitaine. Mais, je Tavoue, ce coquin de sac est trop lourd pour mes épaules.

— Prenez -en un autre; je transporterai celui*

— Ab! vous, e*est différent. Je Be sais pas ce que vous ne feriez pas, capitaine ; vous êtes le plus vigou* reux, le plus habile, le plus infatigable de tous les chasseurs du Nord-Ouest. Ce sera une maudite perte pour nous autres francs trappeurs quand vous serez parti, et les gens de la compagnie de la baie d*Hudson seront bien capables d'allunierun feu de joie, car vous leur avez donné fièrement du ^fil à retordre. A votre place<,je ne les quitterais pas comme ça, moi. Ont-ils un peu cherché à vous assassiner, hein? Depuis Pad

et Jœ (!)•••

Bon, bon! laissons cela, interrompit brusquement Poignet-d' Acier, dont le front se rembrunit aussitôt, comme si ces réminiscences lui eussent été pénibles.

— A votre aise, capitaine. Je me tais sur ce cha* pitre, quoique j'en auraislongà dire. Mais çan*empcche pas que ça me peine de vous voir partir comme ça ! Je

m'étais fait à vous comme à mes chiens, et je m'en

(1) \o\^Ul me-PUUe. .

vais maintenânt être tout aussi désorienté que la preluicre fois c[uej*ai quitté les établissements (1).

— Pourquoi ne m'accpmpagneriez-vous pas?

— Pourquoi ï pourquoi? répliqua le trappeur en secouant la tété; ah! c'est que Nick Whiffles ne peut pas plus se passer du désert que le désert ne peut se passer de Nick Whiffles, ô Dieu, non ! Qui est-ce qui tiendrait les Peaux-Rouges en respect si je m'en allais? Qui est-ce qui délivrerait le pays des coyotes, des ours gris et de tous les damnés serpents à sonnettes qu'on découvre à chaque pas? Non, capitaine, non, jenepeux pas abandonner comme ça les territoires de chasse. Quand je le ferai, ce sera pour n^nter là* haut, chez notre Maître à tous. D'ailleurs je n aime ni vos villes, ni vos hommes civiUsés. On y trouve plus d'li)pocrisie et de méchanceté que parmi les Indiens. Les premiers netuent pas toujours parle corps comme les seconds, mais ils assassinent, ils torturent chaque jour par Tesprit, et cela avec impunité sans que la loi les poursuive, sans que Topinion publique les mette au pilori. Au contraire, quand un blanc a bien volé ses semblables, en usant de finesse et en ne froissant pas trop ce que vous appelez des lois, quand il a fait sa fortune au préjudice d'autrui par la médisance, la

(I) Les trappeurs du Nord-Ouest nomment éluhlissi tiienls les ' lieux habités par tes gens civiiisés*

ealomniB, en raÎDAiit des familles, réduisant le père

et la mère à la mendicité, les tils ià l'opprobre, les filles k la prostitution, on Tapprouve, on le louange, OD l'admire, ou lui accorde des Ijonneurs, des récompenses, des statues! Ça peut paraître beau, mais ça n*66t pas juste et ça ne me va pas*. Voilà, «capitaine, pourquoi je prétere demeurer au milieu des sauvages. Et puis, ma foi, quand on a une carabine k la main', quelques livres de poudre et de plomb dans sa gibecière, et la liberté d'aller où l*on veut, je ne vois pa»- Xwp ce qu'on pourrait désirer. Est-ce que la terre ne vous fournit pas toujours un coin de gazou pour en faire jrotre natelas,.et est-ce que le beau ciel, avec ses miHioos d'étoiles, n*est pas un^ couverture spleudide pour vous abriter? Ah ! capitaine, c'est une bonne et joyeuse vie que la vie que uous menons ici! Vous vous ennuierez vite quand vous serez rentré au Canada, c'est moi qui vous le dis; oui luen, je le jure, votre serviteur!

Nick Whiftloft décocha cette tirade tout d'une ba*^

leine, s^ms permeilre à son interlocuteur de l'arrêter» Aissi, en terminant, cprouva-t-il le besoin de ae lubritier le gosier.

— Est-ce que vous n'êtes pas de mon avis, capitaine? dii^il après avoir donné une tendre caresse il son tlai ou.

— Vous pouvez avoir raison, dit Poignet-d'Acier

en se promenant pensivement dansUi pièce oà se pas» sait cette scëae.

C'était une grande salle oblongue qui semblait avoir été taillée dans le roc vif. Ses parois, d'un rouge terne^ annonçaient une formation porphyritique. Pour tout ameublement elle avait une table carrée^ des bancs grossiers et quelques caisses en bois de cèdre. Des armes, carabines, fusils doubles, pistolets, couteanx, harpons, arcs, flèches, étaient fixées en trophées à la muraille, le long de laquelle s étalaient plusieurs sacs en cuir de grande capacité.

Chacun de ces sacs était gonllé par les obijets qu'il eontenait et fermé hennétiquenent Am: quatre ceins on voyait un large cachet de cire rouge représentant un chien rongeant un os avec cette devise à l'exergue :

Je Svis Yn Chien Qvi Ronge 10 En le ronfieant, je prends mou repos.

Vn temps viendra, qui n'est pas venv, Que je mordray qui m'avra mordv.

Cet emblème et ces vers étaient la reproduction exacte d'une inscription qui existe encore au-dessus de la porte d'une maison delarue Buade,à ûuebec(l).

(1) Voir la Hwonne, chapitre YUL

Une lampe en terre rouge éclairait la chambre *|? souterraine, qui n'avait aucune fenêtre et dans la-

qudle on remarquait deux portes en face Tune de ^ l'autre.

— Raison ! répondit le trappeur à Poignet-d' Acier, 1; je crois bien que je pourrais avoir, raison. Est-ce que '. Nick Whiffies n*a pas toujours raison? Je vous dis que ifi VOUS reviendrez dans la Colombie, capitaine, et vous i'» y reviendrez. Mais, à votre place, moi, je ne retour*

serais même pas au Canada. Vous voulez faire h - ; ' guerre aux Anglais, faites-la donc ici. Avec cet or que '

?ous avez extrait des mines du mont Sainte-Hélène, ' vous seriez à même de fonder une société plus puis- *:

santé que celle de la baie d'Huason, et vous chasseriez

ces brigands d'Anglais du pays quand vous le vou- ;^ l driez. A quoi bon, je vous le demande, aller au ;

Canada ï Votre or ne vous y servira pas à grand' .

chose, car vos ennemis ont là, dans leurs citadelles <,

et dans leurs forts, des troupes nombreuses et agner- :*

ries auxquelles il vous sera peut-être bien difficile de - 1 résister. Quelles ressources, quels hommes aurezf vous à leur opposer 7 Nos compatriotes ne sont sans

doute pas aussi bieii préparés à la révolte que vous ^ ;^ vous Fimaginez. Ce n'est pas que je veuille médire .

des Canadiens-Français. Castors et loutres, pour cou- ; ' rageux et hardis, ils le sont', ce sont aussi les plus intré- ['

pides diâsseurs du désert. Us dirigent leurs canots

mieux que qui que ce soit au inonde, et comme tireurs,

il II) â guère que Nick VVhiflles qui puisse les égaler; mais voyez-vous, capitaine, je les connais, les CanacUeus-Français, tout Irlandais que je suis. Dans leurs villages, sous la main de leurs prêtres, ils ne valent pas une vieille chique (excusez Texpression). Âujour* d'hui ils seront avec vous, et deiiiain ils marcheront contre vous, si leur curé le commande. Dans notm lie, eu Irlande, c'est la même chose. Dans mon ten^ps, moi aussi j*ai voulu faire des révolutions. Ça m*a presque valu la corde. On ne m'y reprendra plus, à Dieu non! Suivez mon conseil, capitaine : moquezvous des Anglais du Canada, et la guerre, une guerre h mort à ceux de la baie d'Hudson ! Oh ! pour cela, vous pouvez compter sur moi, ma carabine et mes chiens, deux tines bétes qui ont horreur des Anglais comme un chat de la moutarde, vous savez !

Cette comparaison du bon trappeur amena un sourire sur les lèvres de Poignet-d'Acier.

— Je vous suis reconnaissant de votre proposition, Nick, repartit* il, mais je ne puis pour l'instant Taccepter. Plus tard. . . car vous avez dit vrai, je reviendrai. Mes pressentiments m'en avertissent. Oui, je reverrai encore le désert. Pour le moment, il faut se rendre là-bas et faire un effort. . .Mou devoir, ma vengeance merordonnenl ! Je réussirai. Is'ai-je pas cet or qui aplanit tous les obstacles ï cet or quej'ai cherché si

loDgiemps^iiûui la découverte a coulé la vie aux seules créatures qui m*aient sincèrement aimé, et dont rextraciion, ramonceHemejit dans ces caves ont en- * core exigé tant de peines, tant de misères et tant I d'années, car yoilir plus de dix ans que j*ai perdu ~ Jacques et celte pauvre Indienne... £nfin je liens ce métal si convoité, jele liens! tovs ces sacs èn'sont pleins. Il y en a là pour des millions de dollars. Dans f r deux heures le navire que j'ai acheté ii des pécheurs f yankees mettra à la voile, et dans quelques mois le ' :,' capitaine Poignet-d' Acier redeviendra Villefranche, \ rex**notaire de Montréal, Tennemi juré de* toute la \ j. race anglo-saxonne 1 . . . ;

En articulant ces paroles, ravenlurier avait oublié la présence de Nick Whiffles;il s'était animé, ses :/ \ yeux étincelaient ; la colère, la colère sourde, vior - I lente, accentuait vivement ses traits : les poingv crispés, le corps frémissant, frappant le sol du pied, il était terrible à voir.

— M'est avis, tout de même que vous allez- les entortiller dans un tas de damnées petites difficultés, •.. capitaine, dit Nick qui l'avait examiné une minute en silence.

r — Je veux les expulser de toute l'Amérique du

«I Nord, s écria véhémentement Poignet-d' Acier, et sî

ce n'est h coups de fusil, ce sera à coups de bâton.

> Ils paieront pour toutes les infamies dont ils nous ont

abreuvés depuis qu'ils se sont cniparos du Canada. ~ Mais seul, commeut ferez-vous? hasarda le

trappeur.

•-^ Seul ! répéta le capitaine avec un rire sardo-

uique, te figures- tu donc que je sois seul avec cela?

Et il frappa dtt bout de sa carabine sar un des' sacs de cuir qui sonna bruyamment*

— Oui, rcprit-il, avec cela on n'est jamais seul; on commande des légions, des armées, des empires, Tunivers! J'aurai des soldats; j'en aurai tant que je voudrai au Canada, aux Etats-Unis, partout. Et si je ne puis triompher par la force ouverte, les conjurations, les sociétés secrètes ne me donneront-elles pas la victoire? Allons, allons, Nick Whiffles, ayez confiance en moi. J'ai ce qu'il faut pour vaincre, je vaincrai. Mais ne perdons pas davantage notre temps h jaser. L'heure de la marée approche, je veux lever Tancre à son retour. Ainsi, dépéchons-notis d*embarquer les sacs. Surtout faites toujours bien attention que les matelots ne se doutent pas que c'est de l'or. Nous serions sûrs d'une révolto h bord avant huit jours, si...

— Soyez tranquille, capitaine. On les a teUement grisés, qu'ils sont tous couchés dans l'entrepont, vos matelols. Il n'y a que les engagés et moi qui sachions ce que renferment ces poches de cuir. Houp ! en voilà

une qui pèse au moins deux cents livres!

— Faut-il vous aider à la charger If

I — Oh! que uou, capitaine, ce serait bien le diable

1 si Nick Whiffles ne parvenait pas à mettre un pareil \ [ fardeau sur son dos, répondit le trappeur en s'arcboutant pour placer un des sacs sur son épaule.

— Y est-il? demanda Viilefranche.

j.': — Oui, répliqua Nick, mais c'est un peu dur. Les

i cailloux m*entrént dans les chairs comme des clous.

■ ; Dire qu'on se donne tant de mal pour des bêtises j ' ; comme ça ! ajouta-t-il en aparté.

I"! — Ainsi, dit Poignet-d* Acier, vous vous rappelez

mes instructions?

— Parfaitement, capitaine. Je descendrai les sacs ' au bâtiment, et je les remettrai à Louis-le-Iion qui les

arrimera.

— C'est cela; mais vous suivrez le seutieràgauche, près de Tancienne entrée du souterrain.

— Celle que vous avez bouchée en iHii avec Jacques ?

— Celle-là même.

— Les Indiens ont dii avoir joliment peur quand ils'ont entendu lexplosion; car vous aviez fait jouer

) . une mine, n'est-ce pas, capitaine / On m a conté cela ^ ' dans le temps au fort Caoulis.

^ — Oui, mais hàtez-vous, dit Yillelranche d'une

». voix brève, commo si ce souvenir lui était importun.

\, Le trappeur soupesa deux ou trois fois le sac pour

l'assujettir plus solidement sur son omoplate, prit sa carabine à la main, examina T amorce, et soi til de la

salle en fredonnant le refrain de la cliaiisouiielle :

Aiin, Mary-Ann... etc.

Ayant traversé un long couloir faiblement éclaiié par quelques fissures pratiquées çà et là entre les rochers, il arriva au bout de cinq minutes à l'entrée de la caverne. Elle ouvrait sur un ravin profondément encaissé entre des masses de porphyre et était masquée par d'épais buissons de houx.

En débouchant, Nick Whiffles jeta un coup dlœil rapide dans le ravin, pour s'assurer que personne ne l'obs^vait, puis il remonta d'un pas agile l'escarpe-^ ment, malgré la pesanteur de sa charge.

On était alors au commencement de Tautomne. Il faisait beau, quoique le ciel fàt marqueté par un réseau de petits nuages blancs comme le lait, qui se pourchassaient d'orient en occident. Une ridie prairie étalait comme un cachemire de l'Inde ses brillantes couleurs au sraimetde la falaise. Mille plantes odoriférantes embaumaient l'air, et des oiseaux, tapis sous les feuilles mordorées des arbres, ramageaient joyeusement, remplissant l'espace de leurs notes ciistallines.

— Et (lire qu'il y a des gens qui préfèrent l'almosphère écœurante des villes et leur bruit discordant à

ces enivrantes senteurs, k cette harmonieuse musique! pensait le trappeur, en s* avançant de toute la vitesse

de ses grandes jambes vers un gros cap au delà du-quel Toail planait sur un magnifique cours d*eau, le«* quel, embrasé parles chauds rayons du soleil, ressemblait à une immense cuve d*or en ébuUition.

Tout à coup, et tandis que Mck Wlûflles terminait sa réflexion, un cri aigu ou plutAt un hurlement si*nistre frappa sou oreille. 11 s'arrêta, arma sa carabine sans déposer son sac, et s'approcha du bord du cap. Au premier cri avaient suixédé des clameurs épotivautables, que. redisaient eu lugubres échos les rochers du voisinage. Puis on entendit des plaintes déchirantes, des imprécations en français, en anglais, en indien ; puis des détonations successives et le fracas d'un combat acharné.

Le trappeur arriva à l'extrémité d'une plate-forme étroite, d'où la vue plongeait p( rpendiculairement sur le fleuve. Un spectacle étrange, hideux, se présenta soudain à lui.

A cent pied^ au-dessous de la pointe qu'il occupait, se balançait coquettement un joli brick de cinq à six cents tonneaux. Une nuée de canots, faits avec des troncs d'arbre, des peaux de buffle, ou mémo des nattes de jonc, entouraient ce brick. Les canots étaient montés par de grands Indiens osseux, tout nus, couverts de peintures effroyables, avec des colliers de

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griffes d*ours ou de coquillages à leurs cous, et des aaueaux ou des os de poisson passés daus la cloison du liez. Pour ai lues ils avaient des ares, des flèches, des massues, dos lances, des javelots. La plupart por« taieut au bras gauche uu bouclier ovale *, quelques-uns étaient munis de carabines; tous avaient les cfaeveui relevés au sommet de la téie, serrés au moyen d'une • corde, et retombant en une grosse touffe semblable à la queue d'un cbeval sur leûrs épaules cuivrées. Lem*s embarcations se pressaient de plus en plus autour du navire, sur lequel ils faisaient pleuvoir une gfèle de flèches. Plusieurs même, s accrochant aux chaînes d'ancrage et aux porte-haubans, commençaient à Tescalader et assommaientà coups de tomabaw,ks les malheureux matelots qui, attirés par le bruit, se montraient aux ouvertures des écoutilles.

Surpris par cette attaque imprévue et presque tous avinés, ceux-ci songeaient à peine è se défendre, et périssaient misérablement sans avoir recouvré leur raison. Quelques-uns cependant, réfugiés sur le gaillard d'arrière, faisaient bonne contenance et répondaient vaillamnieut aux agresseurs.

— LesNez-Percés! Ours et buffles ! le bâtiment est perdu, murmura Mick Whiffles en apercevant les Indiens. Je cours prévenir Poignet-d' Acier, car, par malheur, il a fait enivrer ses gens, à l'exception du capitaine et du second, pour qu'ils ne fussent pas

témoins de l*embarquement de cet or, et ils seront incapables de résister.

Il jeta son sac à terre, le caclia sous des débris de roche et revint précipitamment à la caverne.

— Uu y a-t-il? Qu*avez-vous ? interrogea Poignetd*Acier, en le voyant entrer toot effaré. -

— Les Nez-Percis ont assailli votre brick ! Us sont plus de deux cents !

— Uu allons-nous faire ? répondit Nick.

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