CHAPITRE III
UX MAKIAGE CHKZ LES NEZ-PERCtis
Lu mois avant ces eveueuieuls uieiiiorables qui agirent si puissamment sur les destinées des Nez- Percés, uu mariage s étail célébré ilans le priacipal village de cette tribu. Molodun, le Keiiard-Noir, chef renommé par- son courage et son habileté, épousait Lioura, la Blanche-Nuée, vierge aussi réputée pour sa beauté que Molodun Tétait pour sa valeur.
Le village des Nez- Percés était situé à trente milles environ du fort anglais de ce nom, sur le bord de la partie du riu Columbia appelée la Graude-Couibe, entre les ri\ières Voila-Voila au sud, et Saaptiin au nord. A celte époque, c est-à-dire eu 1834, il se coiuposail de trois ou quatre cents huiles, dislribuéos
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sans ordre daus une plaine stérile, bordée à Touest par desprairicsiiJOUvaiiU'S, eiilrccoiipées de lacs d'eau saumâtre, et fuyant à Test vers une région volcanique horriblement coiivulsiuuiiec.
Les babitations étaient en boue, récrépies avec de la liente de bulile. Elles afiectaient la forme d'un c<irré long, percé à son extrémité supérieure pour livrer issue à la fumée. Des peaux de bison séchées au soleil tenaient lieu de portes. Dcîieaiiuls en ecorec ou creusés dans des troncs d*arbre, au moyen de cailloux rougis au feu , des harpons, des filets en corde de ouatap; des armes de chasse et de guerre; de longues lignes faites avec des joncs étaiept étalés péle-méle devant les huttes, autour des(|uelles on voyait circuler des troupes d*hommes entièrement nus, de femmes h demi velues et d'enlants des deux sexes dans l'appareil le plus primitif. Toiîs étaient généralement beaux et bien faits, quoique défigurés par une profusion de peintures nmllitolores et des ornements grossiers en os, en corne, en minéral, qui descendaient parfois jusque sur leui* [joitrinc. Des bandes de chiens sales et décharnés vaguaient librement à Tentour des cabanes, près desquelles ou remarquait encore, attachés à des pieux, des chevaux d'une race petite, mais vigoureuse et pleine d* ardeur, qui hennissaient bruyamment et chercliaiont a briser leur longe.
Comme le soleil touchait îr son méridien, quatre
jeunes geusarrivèreiit, par quatre cheittius différeuliv sur la place du \illago, sorle de carré, ayant deux cents pas sur cha()ue côté.
Cétail Iribinou, 1 Ours-Gris;
Vomotiroe, le Ravisseur-de-Scalpes;
Micauiûpou, la lèche-Iui'aillible ;
Molodun, le Renard-Noir.
Les trois premiers étaient armés d'un arc en corne de mouton des montagnes et«d une seule tlèche. Nul habillement ne cachait leurs membres muscuîeux, oials de graisse, comme ceux des lulteurs antiques.
En débouchant sur la place, tous les ((uatre coururent ensemble à un gros tas de gypse qu'on avait amoncelé au milieu et s'y roulèrent à qui mieux mieux pendant qiie]([ues minutes. En se relevant, ils étaient blancs comme la neige. Lue foule de curieux s'était assemblée sur la place. Elle poussa des cris de joie. Âlors les quatre jeunes gens ramassèrent, près de la couche de gypse, quatre masques qui y avaient été déposés et s'en couvrirent le visage. Ces masques laits avec de l'écorce do platane étaient exactement semblables > ce qui acheva de rendre les Indiens méconnaissables, car ils avaient à peu près la même taille.
Gela fait, ils se rangèrent devant la porte d'une maison. A travers cette porte entre-bàillée,se projeta iiii bras charmant quoique brun» Il tenait un sac dcf
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peau d'auiUope à demi ouveii. Ciiacuu des sauvages plongea la main dans le sac et eu retira un caillou qu'il montra, sans le regarder, aux spectateurs. Trois de ces cailloux étaient gris, le quatrièuie noir. Il appartenait à Vomotiroe, le Ravisseur-do-Scalpes. Le bras avait aussitôt disparu et la cabane s était refermée.
Les jeunes gens laissèrent retomber leurs iMsques.
— Vomotiroe a perdu ! dirent-ils d'une seule voix.
Celui-ci n'articula pas une parole ; mais, fronçant les sourcils et se mordaju les lèvres de dépit, il se planta sur le seuil de la porte de la hutte, le bi*as droit tendu et le caillou noir, que le sort lui avait douué, maintenu entre le pouce ei T index.
Ses compagnons, ou plutôt ses rivaux, allèrent se poster à cinquante pas de lui, bandèrent leurs arcs et y ajustèrent leurs flèches. Chacune des flèches se distinguait par uu empeuneineut particulier. Ils devaient tirer tour à tour. Celui qui toucherait le caillou épouserait la vierge retirée dans la loge devant laquelle se passait celle scène; mais celui qui, par malheur, atteindrait le porteur de la cible deviendrait Tesclave de ce dernier. Uans le cas où deux ou trois des adversaires frapperaieut le caillou noir, on recommencerait la partie, eu s'éloiguaut, chaque fois, de deux pas du but, les conditions restant toujours les mêmes, à savoir : la lîlle pour le vainqueur, Tesclavage pour
le maladroit qui blesserait celui que la fortune n'avait pas favorisé dans le choix des lots. (On conçoit que le sac renferme autant de cailloux que de concurrents, et que les filles attendent généralement qu'elles en aient plusieurs avant de se décider à servir dlenjeu.)
Tels sont les préliminaires d'une cérémonie nuptiale chez les Nez-Percés. Ce n'est pas tout, car nous verrons bientôt que ce qui suit est plus bizarre encore.
Iribinou, TOurs-Gris, tira le premier comme le plus âgé; sa flèche siffla dans l'air, effleura le pouce de Vomotiroe et s^enfonça dans la porte de la cabane, d'uù jaillirent des éclats de rire ironique.
L*Ours-Gris était mis hors^ de lice. 11 s'empressa de se sauver ; mais il fut relancé par les.huées de la multitude, qui lui aurait même donné la chasseet lui aurait fait payer cher son inhabileté, si la curiosité ne l'avait retenue sur la place.
Micamopou, là Flèche-Infaillible, vint ensuite. Des murmures flatteurs partis de la foule raccueillirent. On comptait probablement qu'il remporterait la victoire. Il se campa d*un air fier et assuré, en véritable conquérant, sourit à ses approjjateurs, visa une seconde et lâcha son trait. Mais à ce moment même, une bouffée de vent souleva un tourbillon de gypse et le poussa dans les yeux de Micamopou. Cette circonstance fâcheuse lui lit faire un léger mouvement, la flèche dévia de quelques lignes et perça Tindei d'Iribinou, qui exhala
un hurlement de triomphe, s*élanca sur le maladroit, lui arracha violeuimeut Tanneau qu'il avait au nez, et lui fit, avec la flèche qu'il avait retirée àe son doigt .blessé, une profonde incision cruciale surTépaule.
Ce sont là les signes du servage chez ces peuplades.
D*assourdissantès clameurs de mépris s*éleverent autour du n^alheureux Micaniopou. Les femmes et les enfants lui jetèrent de la boue et des ordures. Et, malgré les invectives dont on Taccablait, il fut obligé de s'accroupir au centre de la place, jusqu'à ce qu'il plût h son maitre de remmener.
Celui-ci s'était remis en position, el tenait, de nouveau, le caillou noir entre ses doigts ensanglantés.
Molodun, le Renard-Noir, éleva lentement son arc à la hauteur do ses veux. En le faisant, il Ireuiblail un peu. L'attention de la foule était puissamment e.vcilée. C'est ([ne Molodnn rlail le dernier rejeton d'une longue suite de guerriers illustres chez les Nez- Percés. Quoique âge de vingt-cinq hivers à peine, il s'était déjà rendu redoutable à leurs enneinisles Pieds- Noirs et les Chinouks, qui ne prononçaient son nom qu'avec terrour. Vingts chevelures pendues dans sa cabane disaient éloquemment sa valeur. Son cou, ses épaules, ses bras, ses jambes étaienl rayés de colliers de griffes d'ours, et son arc était fait avec la dent d*un narval qu'il avait tué lui-même dans une excursion à la baie d*Hudson. Cette particularité ajoutait à sa
renommée, car ou sait que le uarval inspire aux iribus sauvages de T Amérique du Nord un effroi superstitieux. Du reste, Molodua, le Renard-Noir, était doue d'une beauté rare, bien que sa taille fût gigantesque. li mesurait six pieds de hauteur, mais ses proportiona étaient admirablement prises. Elles aonoofaient la force jointe à Tagilité, Tardeur du sang unie à spn aboa«> (lanco. Les lignes de son visage ne manquaient ni de noblesse ni d'agrément. Cependant il avait les lèvres un peu grosses et les narines fort développées, indices eor(ains d'une nature inflammable et sensuelle. Ses yeux pétillants, pleins de feu, contirmaient dans cette opinion.
La couleur foncée, presque noire de sa peau, avant qu'il l'eût blanchie dans la couche de gjpse, lui avait valu son nom.
SiMoloduu était ému en apprêtant son arme, il recouvra bien vite son sang-froid. Sa flèche partit : Ton entendit un son sec, et elle tomba avec le caillou noir aux pie^s d'Irihinou, qui s'empressa d'aller prendre son esclave et de partir avec lui, tandis que la foule acclamait tuiiiullueusementriieureux Molodun.
On le prit, on leliissa sur les épaules, et on le porta à un ruisseau où quatre vigoureux Indiens le plongèrent h diverses reprises. Quand il fut bien lavé, on le transféra dans une loge en forme de rotonde. Elle ne recevait do Tair que par la porte. Un grand feu était
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allumé à riiitérieur el y répandait une fumée qui eu( asphyxié tout autre qu*ua Peau-Rouge. Autour de ce feu chauffaient de gros cailloux. Les quatre indiens jpntrèreut dans la hutte avec Molodun. On leur passa des vases en écorce reoaplis d'eau, et ils fermèrent bermétiqaement la porte; puis, sur les cailloux rougis à blanc, .ils versèrent Teau, qui dégagea d'épaisses vapeurs. Ce procédé fut renouvelé pendant une heure. Ensuite le jeune chef, baigné de transpiration, sortit brusquement de la loge aux Sueries (1) et courut se jeter de nouveau dans le ruisseau.
Il y demeura seul pendant dix minutes, après quoi il se rendit k la cabane qu*il avait coutume dliabiter et s'y tint, sans boire ni naanger, pendant deux jours el deux nuits.
Durant ce temps, la hutte devant laquelle avait eu lieu le tir des prétendants ne fut pas ouverte. iMais aux sons et aux chants qui s*en échappèrent, il était facile de juger qu'on y faisait féte.
Le soir du deuxième Jonr, comme le soleil se couchait dans un lit de pourpre et d*azur, Molodun quitta son wigwam.
Sa téte était ornée de plumes d'aigle, et sa longue chevelure, peignée avec soin, flottait en ondes épaisses
(I) C*e6t le Wmc employé par les Gauadieos-KraïKais.
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jusqu'à ses pieds. Une peau de caribou, blanchie à la
pierre-ponce et eajolivée de broderies eu rassade était gracieusement drapée comme un manteau sur ses épaules.
Le sagamo ne portait aucune arme; néanmoins, dans ses mains il tenait des couvertes écarlales qu'il avait troquées avec les chasseurs blancs contre les produits de sa chasse , des colliers de ouampums et de tiacomoshak, des robes d'hermine, de renard argenté, et son grand arc en dent de narval, mais sans une seule flèche.
Les couvertes, les colliers, les pelleteries étaient des présents de niice pour sa fiancée^ la belle Lioura, la Blanche-Nuée; Tare était destiné au père de celleci. Ce n'était pas sans regret que Molodun s'en séparait, car lui aussi croyait à sa vertu magique ; mais le père de Lioura l'avait exigé en échange de la main de sa hlle, et Tamour du jeune homme pour Lioura avait triomphé de sa répugnance à se dessaisir d*un objet aussi précieux.
Molodun s^achemina vers la loge de la Blanche- Nuée.
En y arrivant, il déposa ses présents à la porte et frappa avec la paume de la main droite.
— Le coyote ! le coyote ! crièrent aussitôt plusieurs voix de femmes à l'intérieur de la hutte.
Il frappa une seconde fois.
— Le coyole! le coyote 3 répétèrent les voix avec irritation.
— Ce n'est plus le coyote, dit-il; c'est Molodun, le chef aimé des Nez-Percés, qui a battu ses rivaux et qui vient réclamer Lioura, la vierge que son cœur a choisie.
— Mais, fut-il répondu d'un ton moqueur, qu estce qui prouve que le coeur de Lioura a choisi MotoduB ?
— Molodun est prêt à subir les épreuves auxquelles Lioura voudra le soumettre.
— Ûue Molodun essaye d'entrer.
AIorsfesagamotirahiporCiB^hi. Elle céda. Et,
dans lahutte, il put voir une douzaine de jeunes filles échevelées, les vêlements en désordre, qui brandissaient, qui un javelot, qui une pique, qui une flèche, (pii un couteau de silex. Furieuses, elles le reçurent l'insulte et la menace à la bouche. Derrière elles apparaissait Lioura, plus furieuse, plus menaçante que les autres.
Molodun devait l'enlever à ses compagnes. Ce n*était pas une tâche facile, car il lui fallait d'abord dénouer et dévider, sans le briser, un interminable lacis de oualap, que les jeunes squaws avisent enchevêtré, comme des rets, entre les pieux auxquels était fixée la porte en cuir de buffle.
Sans prendre garde aux injures et aux coups de
ces mégères, Molodun se mil bravement à l'œuvre. Malgré l*obscarité de la nuit qui tombail rapidement, malgré la lutte qu il a^ait à soutenir, malgré le brouillamini des cordes, il parvint a délier le filet, ets*avança dans la loge où réguaieiit des ténèbres impénétrables. Son succès fut salué par un redoublement de cris. Toutes les femmes se précipitèrent comme des furies sur lui, le lardèrent avec leurs armes, l'égraugnèrent avec leurs ongles, le inordirent à belles dêtots et lui tirent cent plaies, cent contusions, jusqu'à c^ qu'il eût réussi h saisir Lioura et h l'emporter sur la place, où les Indiennes le poursuKirent encore* à coups de pierres.
Lioura ne demeifralt pas inactive. De 4ies pieds, de ses poiugs elle meurtrissait sou ravisseur, le traitant de lâche, de loup«cervier, et se débattant de toutes ses forces pour échapper à ses étreintes.
Ma!s Molodun semblait insensible aux reproches comme aux blessures. Continuant agilement sa course du côté du ruisseau, il s'y plongea sans hésiter avec son cher fardeau, nagea- à Fautre rive, aborda et se dirigea vers les bois.
Si, malgré la profondeur de la nuit, il eût pris une des compagnes de Lioura pour elle, la première serait devenue sa femme , car les sorciers nez-percés auraient jugé (pf Atalapas ou l' Être-Créateur l'avait voulu ainsi.
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Dès qu ils eurent franchi le cours (i*eau, Lioura diangea de manières. Se pendant mollement au cou de Molodun, et caressant de la main ses cheveux humides, elle sécha son visage sous des baisers brûlants.
Cependant elle ne soufUait pas une parole et le sagaroo arpentait la forêt avec la vélocité de Tantilope. Son cœur battait haut, sa respiration était haletante, ses membres frissonnaient et il allait toujours devant lui, sans dévier de sa route.
Nonobstant son jeûne prolongé, ses fatigues, le sang qu'il perdait par les coupures dont les jeunes filles ravaient labouré, il lit de k sorte quatre lieues sans broncher, sans reprendre haleine.
Il parvint à la porte d*uoe cabane construite avec des branchages, dans une clairière, Touvrit, déposa Lioura sur une couche de mousse et se laissa choir.
Molodun était épuisé. Mais s'il se fût arrêté avant d'atteindre la logo nuptiale, il eit perdu tous les avantages qu'il avait précédemment remportés, et sa fiancée aurait été libre de retourner chez ses parents.
En tombant, il s était évanoui. Quand il reprit connaissance, il vit Lioura agenouillée h côté de lui et pansant délicatement ses blessures avec des herbes aromatiques.
Le jour avait succédé à la nuit.
Molodun ne pouvait faire un mouvement. Ses membres étaient rigides. Il avait U téte lourde, les lèvres
entlamiuéespar une tièvre itUeiise. li demanda à boire.
La jeune sqimw loi servit une tasse d*eau de m sauvage coupée avec du sucre d'érable. 11 but délicieusement ce breuvage rafraîchissant et la remercia par un regard humide d amour.
— Mon maîlre est-il content de la Blanche-Nuée i demanda-t-elle.
— Molodun l'aime depuis deux hivers, il est heureux que la Blanche-Nuée soit devenue sa femme.
— 11 n'a jamais aimé qu'elle? interrogea Lioura eu fixant sur loi un regard scrutateur.
Le sagamo tressaillit, et sa femme poursuivit d'un ton qu'elle s'efforçait vainement de rendre calme :
— Molodun a aimé une autre femme. 11 l'aime peut-être encore. Lioura l'a appris la nuit dernière dans un songe. Elle a vu celte femme qui a le visage pâle, et qui commande les Clallomes depuis la mort de Ouaskèma. Et TEsprit du songe lui a dit que cette femme serait fatale à Molodun s'il ne l'amenait comme esclave à Lioura.
— L'Esprit du songe a dit vrai, répondit le chef. Molodun a aimé une squaw blanche. Mais elle l'a repoussé; il ne l'aime plus.
A cette imprudente déclaration, un éclair de courroux brilla sur le visage de Tlndienne.
— Si, dit-elle, Molodun ne l'aime plus, il cédera à
la prière de la Blanche-Nuée.
tl cumiuc il ne répliquait pas, die ajouta :
— Lioura aime son maître. Elle sait que celle fai e pâle lui sera funaste. Voilà pourquoi eU« la deiMiide au Kenard-Noir.
— Il la donnera à Lionra, repartit le sagamo en fermant les yeux.
II s'endormit sans remarquer l'expression féroce qui scella, un instant, la physionomie de Ja jeune femme dès qif il eut fait celte promesse, dont ses sens affaiblis ne lui permirent pas alors de bien comprendre l'importance.
An bout de quinze jours^ Molodun fut guéri. II rentra au village avec Lioura. Les Nez-Percés se préparaient il une grande expédition contre les Cliinouks qui les avaient fréquemment attaqués en les accnsant d'avoir ravagé leurs cantonuements. Deux cents guerriers entrèrent en campagne. Ils s'embarquèrent sur la Colombie dans leurs canots de troncs d'arbre et descendirent h toute vitesse vers T^mbouchurc du fleuve.
n$ étaient commandés par Moloihm.
Avant de partir, Lioura lui avait dit entre deux
baisers :
— Souvtens-toi , mon cher seigneur, que tu as juré de me ramener la squaw blanche !
— J'ai jure et je tiendrai ma parole, ô ma douce amie ! répondit le sagamo, tout entier sous Fempire
deTamour doniravait enivré la belle ludieuuc depuis leur maria £^c.
Le trajet des Nez-Percés s'etïectua sans incident digne d'être ra|)porlé, delà rivière Saaptim jusqu'au cap de la Roche-Rouge, h vingt milles environ de Testimire du rio Culunibia.
Mais, à cette place^ un canot qu'on avait dépéché en avant pour reconnaître la cote, vint annoncer qu'un gros navire, appartenant aux Visages-Pàles, élait amarré derrière une île voisine. Les éclaireurs déclarèrent, en outre, qu'il y avait fort peu de monde à bord du vaisseau. C'était une nouvelle agréable pour les Nez-Percés. Le bâtiment devait constituer une excellente prise. Ils résolurent de s'en emparer. Malheureusement, le hasard, qui favorise souvent les mauvais desseins aussi bien que les bons, servit les sauvages à souhait. Le navire était ce brick où Poîgnetd'Aciervoulaitembarquerles trésors qu'il avait recueillis dans les mines de la Caoulis. Se défiant des matelots, il avait ordonné qu on les grisât pour qu'ils n'assistassent pas au transport des sacs d'or sur le vaisseau. Les sauvages eurent donc bon marché de l'équipage, quoique le capitaine, son second et quelques trappeurs dévoués a Poignet-d* Acier se fussent défendus comme des lions.
Monté un des premiers h rabordage,le Renard-Noir entra dans une cabine pour la piller. Mais, après avoii*
eiifoiiréde sou genou rnhuslc la porte de celle cabine, il ne fut pas peu surpris d*y trouver la feuiine blanche à laquelle obéissaient les Clallomes.
— Merelluin ! s*éeria-t-il en se jetant sur elle.
La jeune iille tenta de le repousser. Efforts inutiles. Illui lia les pieds et les mains, la bâillonna, Tenveloppa dans une couverture, la prit entre ses bras couiuie un paquet, redescendit dans son canot en appelant à lui deux Indiens dont il se croyait sûr et fit force de rames vers Tile que ses gens et lui avaient quittée un quart d'heure auparavant.
Au moment où ils débarquèrent, le brick sauta avec un vacarme comparable k la décharge simultanée de vingt pièces d'artillerie.