SCÈNE V
FLAMBARDIN, ELÉONORE.
ÉLÉONORE
Nous sommes seuls?... Parfait... Je vous préviens, mon frère, que j'ai assez de vos nièces ! J’en ai par dessus le chignon 1
. FLAMBARDIN.
Voyons, Éléonore, tu exagères.
ÉLÉONORE
Non, monsieur! non, et je ne veux pas passer plus longtemps pour une maîtresse de pension .
Une maîtresse de pension?
ÉLÉONORE
Oui, monsieur, pas plus tard qu’hier, un homme, des plus respectables, il est vrai, s’est approché de moi, en plein boulevard, et m’a dit en me désignant vos cinq nièces : — Pardon, madame, je désirerais connaître le prix de la pension ?
K LA MBA R l> IN, riant.
Ah ! ah ! ah ! Elle est bien bonne !
ELÉONORE
Vous riez?... Vous trouvez ça drôle, vous?
FLAMBARDIN.
Ne te lâche pas... voyons... après tout, tu sais bien qu’autant que toi, je désire me débarrasser de ces cinq diables en jupons.
ÉLÉONORE
A la bonne heure ! ' -,
FLAMBARDIN.
Mais pour s’en débarrasser, il faut les marier.
ÉLÉONORE
Eh bien, qui s’y oppose ?
FLAMBARDIN.
Qui s’y?... Toi, mon amie, toi !
ÉLÉONORE
Moi?... moi?
FLAMBARDIN.
Dernièrement je donne rendez-vous ici à monsieur Cabiac, un jeune homme charmant.
ÉLÉONORE, avec un soupir.
Ah !...
FLAMBARDIN.
Ce rendez-vous n’était qu’un prétexte... naturellement! Le jeune homme devait choisir parmi nos nièces celle qui lui plairait. Ensuite il la demanderait en mariage. Qu'as-tu fait? Tuas tout bonnement accaparé le jeune homme après avoir, au préalable, enfermé sous clé les jeunes filles... Voyons... est-ce vrai?
ELÉONORE
Eh bien, oui... Après tout, j’ai le droit d’aimer .. Ce jeune homme... m’ayant laissé comprendre... Il m’a prise pour une de vos nièces!
FLAMBARDIN, pouffant*
Allons donc...
ÉLÉONORE
Vous riez!
FLAMBARDIN.
Eh! oui, parbleu... c’est impossible...
ÉLÉONORE
Impossible?... Il me semble qu’à mon âge... j’ai trente- huit ans.
Ah ! non, permets... quarante-huit.