‹ Les nocesChapitre 77 sur 110 · SCÈNE 6. RACHEL, LE POÈTE · texte numérisé non relu

SCÈNE 6. RACHEL, LE POÈTE

RACHEL

Ah, monsieur, quelle heure inoubliable, — pour moi, je vous suis toute acquise; mais que le temps passe donc vite, et vous êtes toujours aussi loin de moi, et moi, toujours aussi timide.

LE POETE

Vous voudriez rester là, et rester là, dans ce vent...

RACHEL

Ah, cette course; puis ces voix de plus en plus

basses, de plus en plus lointaines, — cette musique si

proche, ces apparitions dans le verger, car je les ai vues, moi, — mais que le temps passe donc vite; voilà que nous allons nous séparer, nous oublier mutuellement, ou plutôt vous m'oublierez, et quand Rachel reprendra sa raison, peut-être alors rêvera-t-elle et sera-t-elle triste.

Non, vous serez satisfaite

d'avoir la pensée si obstinément occupée

de tristesse, — la Tristesse, c'est de la Beauté.

RACHEL

Et si dans son cœur des cordes se brisent, si elle se met à jouer son pianto.

LE POETE

Alors vous prendrez votre châle, vous poserez pour la Polymnie

et vous penserez quelle coupe est à la

mode, comment s'habiller pour le bal ou pour le concert, et là, — nous nous rencontrerons encore.

RACHEL

Et que deviendra le pianto et le nuage sur mon front — ?

LE POÈTE

j'^t à quoi sert la littérature?

1 tout se tournera en art; I sous quelle forme, peu importe :

'sonnet, poème lyrique, roman, ou feuilleton,

Et la musique de mon cœur, — presque amoureux, presque sincère ?

LE POÈTE

Tout sera sincèrement rendu, jusqu'à la fin.

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