LA CONSEILLÈRE, LE JOURNALISTE
LA CONSEILLÈRE Comment, monsieur, avec votre travail
si absorbant, — la Noce vous a attiré?
Je suis content de m'arracher un instant à la sottise.
LA CONSEILLÈRE
Votre tâche est chose sérieuse et vous la biffez d'un seul trait; vous en parlez avec humeur, c'est chose sérieuse.
LE JOURNALISTE
Des choses sérieuses, il n'y en a pas ; tout est provisoire :
convictions, opinions, idées.
LA CONSEILLÈRE Pourtant, la Vérité — ?
LE JOURNALISTE
Pas même son ombre !
LA CONSEILLÈRE
Elle dépend tellement de chacun ; mais quoi, vous désertez vous-même votre poste ?
LE JOURNALISTE
Madame, ce n'est qu'un poste d'octroi, ma faction n'est que duperie, labeur inutile des Danaïdes.
LA CONSEILLERE Vous allez beaucoup dans le monde — ?
Par ennui.
On se laisse prendre dans l'engrenage, — oui, je vais beaucoup dans le monde; une partie de whist, un souper, des connaissances, des amis.
Les jours passent, les années, celui-là meurt, cet autre manque ; l'homme se leurre de rêves et de songes, et par ennui, endosse son frac, — je suis venu à la noce, et quoique tout ne m'ait pas plu, je suis cependant content d'être venu.