‹ Les noels bourguignons de Bernard de La MonnoyeChapitre 53 sur 75 · I.e regardant de côté · texte numérisé non relu

I.e regardant de côté

Lui firent bien dévotement Tout aussitôt leurs beaux présents.

Et puis, en faisant salut de la tête Et i Marie et i Joseph,

Ils so mirent à chanter,

Comme aux Grandes Fêtes,

Chacun en français deux chansons Aussi fort qu’au Kyrie Eleison :

UiyllUôU Uy Cjoo^i 1

LES NOELS MAÇONNAIS

$• Sû l’ar : Le vin, charmante Iris.

c.ossepar. ( Gaspard.)

Seigneur, si votre amour vous amène ici-bas, Nous quittons nos heureux climats Pour venir adorer votre Grandeur suprême.

Tout Enfant qu'on vous voit, on ne s’y trompe pas , On découvre à vos traits que vous êtes Dieu même.

Daignez donc recevoir nos vœux et nos présents ,•

Si je vous offre de l’encens Comme au seul Dieu vivant dont vous êtes l’image, Sous ces traits empruntés de nos abaissements Votre Divinité demande cet hommage

MELQCtOR. ( Melchior.)

Du Ciel si vous venez, souverain Roi des rois PromiB au monde tant de fois,

Pour porter en tous lieux votre divin Empire,

Je viens i vos genoux me soumettre i vos lois. Animé de l’ardeur que votre amour m’inspire.

J’immole à votre honneur le superbe trésor Delà fortune et de cet or,'

Mon sceptre, mes sujets, ma gloire et ma conronae ; Heureux si votre main veut recevoir encor Le tribut de ces biens qu’ellc-même nous donne.

botazar. ( Balthazar.)

Sorti du sein de Dieu dans l’immortalité, ...

Vous prenez notre humanité Pour vous rendre mortel , vous qui donnez la vie.

O prodige divin ! qui l’eût jamais pensé Qu’nn Dieu dusse mourir? O tendresse infinie !

Rlessé des traits puissants d’un amour tout nouveau Vous commencez dans ce berceau A souffrir les langueurs d’un amoureux martyre ; Mais si pour nous sauver vous courez au tombeau,. Pour vous .ensevelir je vous offre la myrrhe.

ti

LHUILIER

( Qtiéque Bregi , qu’étian pcr-ique, émarvegli de hi sait, se betiron aritnai a chantai broveman, pandan que ce Monsieû fesian tiri de lieù guaimbardc lé -s-autre ptesati pre Marie é pre Jouzai:)

6« Su Par s Eh ! frou, frou, frou !

TIEÙ LÉ BREGI.

Yc, ma lion, ben le bon Di ( * ) Qu’é venieû dan çu pari :

E ! bon, bon, bon ! é U, li, li ! ( * ) J’an sain ben aise ;

No-s-irain an Paradi Tretù ben a nelr’aisc !

Car cé Ray si ben apri {* ) An di que çan è-t-ècri :

El bon, bon , eu:.....- * ,

De l’anssan il y an bailly (*) Queman on fai ü bon Di :

E! bon, bon, etc ...

Ouè pliais! n’a-t-i pé pri (•*) Quan de l’or il y an ôfri !

E : bon, bon, etc.,..

Ainsain i vou ben payi (*) Netré daile, Di maroi !

Ë! bon, bon, etc.... ,

I dion qu’i day mcri ; ( * )

Le Diable an a gran depi.

E ! bon , bon, etc....

( Quelques Bergers, gui étaient par -là , émerveillés de tout cela, se mirent de leur côté à chanter bravement, pendant que ces Messieurs faisaient tirer de leu rs voitures les autres présents pour Marie et pour Joseph : )

Quel plaisir n’a-t-il pas pris Quand de l’or ils lui ont offert !

Eh ! bon, bon, etc

Ainsi il veut bien payer Notre dette, Dieu merci !

Eh ! bon, bon, etc

Ils disent qu’il doit mourir;

Le Diable en a grand dépit.

Eh !. bon, bon, etc....

6« Sur l’air : Eh frou , frou , frou !

TOCS LES BERCERS.

C’est, ma foi, bien le bon Dieu Qui est venu dans ce pays :

Eh ! bon , bon , bon ! Eh ! li, li, Il !

Nous en pommes bien aises ;

Nous irons en Paradis Tous bien à notre aise !

Car ces Rois si bien appris Ont dit que c’est écril :

Eh! bon, bon, etc.....

De l’encens ils lui ont donné Comme on fait au bon Dieu :

Eh! bon, bon, etc

Ÿé pre çan qu’il-i-an vressi (*) * - De la mire su lé py. ..

El bon, bon, etc

'Se nô-s-ain sévan pechi , .( * )

Nô n’i lôrnerain rnézui. *

E! bon, bon, etc

C’est pour cela qu’ils lui ont versé De la myrrhe sur les pieds.

Eh ! bon, bon, etc....,

SI nous avons soavent péché,

Noué n’y retournerons plus jamais.

Eh ! bon, bon, etc

LES NOELS MAÇONNAIS

Lé faye, ne lé cabri (*)

Dé lou ne seran plieû pri.

E! bon, bon etc....

Nô n’arain plieû a poti , ( * )

Vegncron, ne laboûri.

E ! bon, bon etc. ..

Cbantain don lied san souci, (‘ ) Té qucman dé cliar béni :

E! bon, bon, etc....

(Celù que conte té chouse repran le premi ar, an ch an tan lé-sautre presan que lé Ray Jlron età a Marie é a Jousai, pré lé belay an mainnoge : )

Premi ar champêtre bressan.

THINE

Pandan que cé Itregi chanliron ( * ) Ainsain tretô gaillardeman.

Ya ben anco d’autre presan Que cé Ray fesiron A Marie é pi a Jousai...

J’aré prou painne d’i contai :

I bailliron un cofre an bosse ( *) Avû la-sarrûre a dou tûr,

E dé schliou d’or tôt a l’antôr, Queman é carosse ;

On di qu'i vaillay ben çan fran Tôt assc ben qu’un écu blian.

U dedan y avay de la lainne ( * ) Pre fare dé chosse a l’Anfan,

Avû tray-z-épairc de gan,

E pi dé mitainne,

E de quai faire un pelesson Pre teni ben cliau le Pûpon ;

Trante oune de layle d’OuIande, (*) Asse blianche que du satin,

Les brebis, ni les chevreaux Des loups ne seront plus pris.

Eh ! bon, bon, etc

Nous n’aurons plus à pâtir,

Vignerons, ni laboureurs,

Eli ! bon, bon, etc

Chantons donc tous sans souci.

Tout comme des clercs bénis :

Eh ! bon , bon, etc...

( Celui qui conte les choses reprend le premier air, en chantant les autres présents que les Rois firent aussi à Marie et à Joseph, pour les mettre en ménage .•)

Premier air champêtre bressan.

THINE

Pendant que ces Bergers chantèrent Ensemble tous gaillardement,

Il y a bien encore d’autres présents Que ces Rois firent A Marie et puis à Joseph....

J’aurai assez de peine de le raconter :

Ils donnèrent un coffre en bosse Avec la serrure i deux tours,

Et des clous d’or tout à l’entour.

Comme aux carrosses ;

On dit qu’il valait bien cent francs Tout aussi bien qu’un écu blanc.

Au dedans il y avait de la laine Pour faire des bas à l’Enfant,

Avec trois paires de gants,

Et puis des mitaines,

El de quoi faire une pelisse Pour tenir bien chaud le Poupon ;

Trente aunes de toile de Hollande,

Aussi blanche que du salin,

LIIU1LIKR

Pour les drapeaux, ei le béguin,

El puis, pour les bandes,

De grands rubans blancs et des noirs Larges comme les quatre doigts;

Pre lé pela, é le beguain,

E pi, pre 16 bande,

Dé gran ruban blieû é dé nay Large queman lé quatre day ;

Dé lanssiou cin ou si dizaine, ( * ) Avû autan de paunemain ;

Dé nappe, sarviete, té pliain,

E pre la marrainne,

Asse ben que pre le parrain,

Dé camisoule de fin lain.

Y-avay ancôr una corbelie ( * ) Pliainne de gremissiau de fi,

Dé fliote, é dé gran coûtai» ;

E pi tray conelie,

Je nesay comben de fusiau ,

Tray pôfile, quatre dayau.

Lè-z-épainglie élian anfroméye ( * ) Deda u quatre brove cbanon ;

Y- an avay ben çan carteron ;

E, pre l’épousaye,

Dé peignie de corne é de bui, Cboquion sarrai dans-en étui.

On n-y vaiaoy pi dé criarde, (*} Mai se fat ben dé cotelion Qu’avian tôt û tir dé galon ;

E je pri ben garde A quatre devant! de piau Pre Jousai , avd tray chapiau ;

E si-z-épaire de marnire (*) De piau pi jaune que dé coain ,

E dé garode ben a poain,

Avû lé jartire ;

I n’i manquay pi de soular,

Ne de casaque de dri var.

I m’agoye un pelion de faire (*) Le conte do ti cé presan ;

De draps cinq ou six douzaines.

Avec autant d’essuie-mains,

Des nappes, serviettes, tout plein.

Et pour la marraine,

Aussi bien que pour le parrain.

Des chemises de fin lin.

Il y avait encore une corbeille Pleine de pelotons de fil,

Des éeheveaux, et de grandes aiguillées ;

Et puis trois quenouilles.

Je ne sais combien de fuseaux ,

Trois attaches, quatre dés.

Les épingles étaient renfermées Dans quatre jolis étuis;

Il y en avait bien cent quarterons ;

Et, pour l’épousée,

Des peignes de corne et de buis,

Chacun serré dans son étui.

On n’y voyait pas de jupes ouvertes.

Mais si fait bien des jupons fermés Qui avaient tout autour des galons ;

Et je pris bien garde A quatre tabliers de peau Pouf Joseph, atec trois chapeaux ;

Et six paires de culottes

De peau plus jaune que des cuings.

Et des guêtres bien à point, ,

Avec les jarretières ;

Il n’y manquait pas de souliers.

Ni de casaques de drap vert.

Je me fatigue un peu de faire Le compte de tous ces présents;’

LES NOELS MAÇONNAIS

Y-an are cosi par un an....

Mai, afln dé pliaire E brove jan que m’écôton ,

J'y dere lû Un qu’ù cbavon.

On devresai ancèr dé cèfTre (*) Qu’élian pliain d’aiseman tè neû :

lin quemoschlic, un grapin de fed , E un far de gèfre.

Eé lepain, é dé choderon,

E, pre blianchi, ben du sovon.

Y-avav d’acoute un torne brèche, (*) Una Iroblie, é un gueraindon , Si-z-écoale, avû deû pèchon,

E una gran pèche ;

Un lie rège avû lé ridiau,

La pou-chaplieure, é la délrau ;

Je ne say comben de culllre, (*) De fèrchele, é pi de cètiau , Qu’élian dan dé gainne de piau , Avû dou aalire,

Una dilc, è un côquemar De rouzele é non pè do far ;

Tray paule, é pi una hachasse, (’) Una solide, è un caba ,

E ai dèzaine de rama,

Avû tray gran casse,

Deû chôdire, une ouïe, é un gri ,

E pre la buye un gran beri ;

Una cage pre la manjaillc, (*) Un lami ù fin bureliau ,

N’a tôrtire pre lé gètiau ,

E pre lé pèlallie.

Quan elle menon licû pelion ,

1 balliron un gran buidon ;

Ben dé sale, è pi ben dé chire, (') Una colelie, un panèlion ,

11 yen aurait presque pour un an....

Mais, afln de plaire Aux braves gens qui m’écoulent,

Je le dirai tout jusqu’à la fin.

On déchargea encore des coffres

Qui étaient pleins d’ustensiles tout neufs :

Une crémaillère, un grapin de feu,

Et un fer à gaufres,

Des pots à lait, et des chaudrons.

Et, pour blanchir, bien du savon.

Il y avait à côté un tournebroche,

Une table et un guéridon,

Six écuelles, avec deux pochons.

Et une grande poche ;

Un lit rouge avec les rideaux ,

La planche A hacher, et la hachette;

Je ne sais combien de cuillières,

De fourchettes, et puis de couteaux ,

Qui étaient dans des gaines de peau ,

Avec deux salières,

Une cruche, et un côquemar De rosette et non pas de fer ;

Trois pelles, et puis une maie,

Un seau, et un panier, >

Et six douzaines de balais,

Aveç trois grandes poêles,

Deui chaudières, une marmile, et un gril, Et pour la lessive un grand cuvier ;

Une cage pour le manger,

Un tamis aux fines mailles,

Une tourtière pour les gâteaux ,

Et pour les poules.

Quand elles mènent leurs poussins,

Us donnèrent une grande cage ; -

Bien des tabourets, et puis bien des chaises Une cruche à huile, un balai à foyer,

Dé lampe avù lieu lampairon , Ë ben de la cire, lin croision , é un côvre-feû , Un pani pre belay Ié-s-eil.

LI1UILIER .

Des lampes avec leurs porte-mèches.

Et bien de la cire^

Une petite lampe, et un couvre-feu , Un panier pour mettre les œufs.

Un garson que s’apelay Gliùde (*) Bailli , per amusai l’Anfan,

Un moniô prevai de tray-s-an ,

E cin ou si gode,

Dé gobeglie, é dé trebeliou Que frison tô queman on vou ,

E quatre ou cin baie angorgire (") Pre s’échandi dessu le glii ,

Dé paire seche, é dé cala...

I n’an cliau jà rire,

Trai Garde, un tôton , si vôlay,

Una baboule, é un sebliay.

Quân Jousai vayi que, san fainte, On lé-s-y baillay tô pre ran ,

Pre li, sa Fenne, é son Anfan ,

Se levi de poainte,

E , ben contan, lé-s-i dessi :

« A Di vô queman ! Gran marc! .' »

( Pandan que le Ray s'an retornion choquim chi say, lé Bregi.qu’étian deniouray per i 16 vay-, chanüron an dansan çit branle guay, que revire lôrjür: )

Un garçon qui s’appelait Claude Donna, pour amuser l’Enfant,

Un moineau privé de trois ans,

Et cinq ou six godes ( ? ),

Des gobilles, et des sabols

Qui bourdonnent tout comme on veut.

Et quatre ou cinq belles angorgères ( 7)

Pour s'échauffer sur la glace,

Des poires sèches, et des noix

Il n’en faut déjà rire,

Trois toupies, un tolon, six volants,

Une flgure en pâle, et un sifflet.

Quand Joseph vit que, sans feinte.

On leur donnait tout cela pour rien.

Pour lui, sa Femme, et son Enfant,

( Il ) se leva debout,

Et, bien content, leur dit :

« A Dieu je vous recommande ! Grand merci ! i ( Pendant que les Rois s’en retournaient chacun chez soi, les Bergers, qui étaient restés pour voir tout cela, chantèrent en dansant ce branle gai, qui tourne toujours : ) • ' \

7* ar. Su far : Tire lan, tire lay. 7* air. Sur l’air : Tire lan, tire lay. tieO lé rregi é lé brégire amsaim. tobs les bergers et les dergèhes essembli

E , mon Di , la bale chouse Que nù-s-ain vieil cela fay I Tirclan , tirelay,

Tirelan , tanlay,

Que nô-s-ain vieil cela fa y 4 •

On diray que y-é (é nôce Le nôce de netton Ray :

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